2017 c’est loin. Mais pour Nicolas Sarkozy, 2017 c’est demain. Alors le président des Républicains, non, pardon, le président du parti « Les Républicains » (je crois sincèrement que ce nom a été choisi parce que c’est ce qui lui permettait le plus de se rapprocher de sa fonction passée et tant désirée) aiguise d’ores et déjà ses arguments. Il commence à dessiner le tableau de la campagne présidentielle, et croyez-moi, il est parti pour nous faire une belle croûte. C’est un peu Bush Junior avant l’heure. Il n’a pas l’air de vouloir se soucier des « vrais problèmes » tels que l’emploi, l’éducation, le logement. Trop has been peut-être.
Oui parce qu’en politique aussi, il y a des modes, des courants. En ce moment l’immigration et l’Islam bien sûr, ont pas mal le vent en poupe. C’est pour ça qu’après son changement de nom, la première journée de travail du parti Les Républicains était consacrée à la place des religions et en particulier celle de l’Islam. Bon disons l’Islam quoi. Il n’y eut pas grand monde de surpris, après tout c’est un sujet comme un autre non ? Les unes sulfureuses de différents magazines sur le sujet ont bien fait le boulot. Mais apparemment ça ne suffisait pas, le parti n’était pas encore assez à droite et a rempilé dès cette rentrée avec une « grande consultation sur la politique de l’immigration ».
Sur les questions d’abord. Je mets fin au suspense maintenant, il ne s’agissait pas d’interrogations type « pourquoi le taux de chômage des descendants d’immigrés d’Afrique atteint 42 % en 2012 contre 22 % pour les descendants d’immigrés européens ou pour les natifs ? ». Il ne s’agissait pas non plus de proposer des solutions au fait que parmi les élèves issus de l’immigration entrés en 6ème en 2007, seuls 47 % n’ont pas redoublé au collège et ont été orientés vers une seconde générale ou technologique soit 11 points de pourcentage de moins que les élèves issus de familles non immigrées. Et ces chiffres ne sortent pas de mon cerveau prompt à la victimisation diront certains, mais d’un rapport de mars 2015 de l’organisme France Stratégie.
Non les questions posées par le parti « Les Républicains » et auxquelles 53 000 militants ont répondu c’était, entre autres, « estimez-vous nécessaire de créer des centres de rétention, à l’extérieur de l’Europe, pour empêcher les drames en Méditerranée et n’examiner que les demandes d’accueil provisoire des réfugiés de guerre ? » ou encore « pensez-vous que l’étranger qui demande à devenir Français doit faire la preuve de son intégration, mais aussi de son assimilation à la communauté nationale ? ».
S’intégrer, s’assimiler et donner des preuves
Bien sûr, créons des centres de rétention sur les territoires de pays souverains non européens, quel est le problème ? Ça se passe comment ? On demande un permis de construire et en avant ? Concédons tout de même la part d’humanisme du passage « pour empêcher les drames en Méditerranée », comme si, en cas de rejet de la demande d’accueil, les gens retourneront tranquillement se faire bombarder chez eux.
La question concernant la preuve de l’intégration et de l’assimilation m’a encore un peu plus déroutée. D’abord, parce que les notions d’intégration et d’assimilation sont distinctes et renvoient à des philosophies différentes. L’intégration n’oppose pas le maintien des différences et une adhésion aux valeurs de la société. Tandis que l’assimilation suppose une pleine adhésion aux normes de la société. Une subtilité que ne semble pas saisir Lydia Guirous pour qui « l’intégration réussie s’appelle l’assimilation. L’intégration ratée s’appelle le communautarisme ». Et pis voilà.
Cette grande consultation marque donc encore un cap à droite pour Nicolas Sarkozy qui en 2009 (ce n’est pas si loin) parlait encore d’intégration lorsqu’il défendait son grand débat sur l’identité nationale. Aujourd’hui, plein de choses ont changé, il faut s’intégrer, s’assimiler et donner des preuves. Prière donc de bien vouloir vous promener avec une perfusion de Côtes du Rhône et de badigeonner vos cheveux crépus de Saindoux, le karité ne sera bientôt plus compatible avec la République.
Concernant les résultats de cette consultation, ils sont staliniens et c’est cette question sur la preuve de l’assimilation et l’intégration qui a récolté le plus de oui (97,43 %). Comme si on entrait en France comme on entre dans un supermarché ; que les conditions de séjour et d’obtention de la nationalité n’étaient pas déjà extrêmement strictes ; que concernant les demandes d’asile, sur 52 053 décisions rendues par l’OFPRA en 2014, seules 8763 étaient positives. « Les Républicains », dans une logique purement politicienne, joue à faire peur, aguiche encore et toujours l’électorat du FN, sans que personne ne semble encore s’en offusquer. À part peut-être Marianne.
Latifa Oulkhouir

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