Parce que le mot « Politique » a un sens. Il y a quelques temps, pas si longtemps que ça en fait, pour moi, le mot « politique » ne signifiait pas grand-chose. C’était plutôt une expression obscurément péjorative que j’entendais principalement à la fin de longues tirades enflammées, souvent vindicatives, amères ou frustrée, qui se terminaient inévitablement par : « De toute façon, tout ça c’est de la faute des politiques ». Ou: «  De toute façon, les politiques sont tous corrompus ». Bref, pas vraiment quelque chose de passionnant. D’ailleurs, en tendant bien l’oreille, on peut se constituer un petit portrait-robot de l’Homme Politique : assoiffé de pouvoir, d’argent ou de prestige, particulièrement peu doué dans pas mal de domaines (en tous cas dans celui de satisfaire « le peuple » que généralement il n’écoute pas), mais très utile pour animer les longues soirées d’hiver et remplir des sketchs, des caricatures ou des journaux satiriques… L’homme politique n’a vraiment rien pour plaire et paradoxalement on ne parle que de lui (surtout en ce moment).

Pourtant, un jour quelque chose m’a fait changer d’avis. Un livre plutôt, celui d’une femme politique. J’ai lu ce livre d’une traite, sans pouvoir m’arrêter, sans parfois tout comprendre mais avec au cœur cette rage, cette passion qui était, qui est, celle de son auteur. Passion pour son peuple qui souffre d’une guerre sans fin et d’enlèvements à répétition, passion pour son pays ravagé par la corruption et le trafic de drogue, passion pour la politique qui aurait pu l’aider à tout changer.

J’ai découvert une femme qui se battait, seule ou presque, contre tous. Contre les dirigeants corrompus de son pays, contre la violence, contre la pauvreté, contre la drogue. Elle se battait pour son peuple tout en sachant qu’elle risquait sa vie. Jamais elle ne les a abandonnés, jamais elle n’a baissé les bras, ni quand elle fut trahie par des gens qu’elle croyait ses alliés, ni quand elle dut se résigner à voir ses enfants partir loin d’elle parce que son pays était devenu trop dangereux pour eux, ni même quand sa propre vie était menacée. C’est cette femme qui m’a fait aimer la politique, qui m’a appris que certaines personnes croient en ce pourquoi elles se battent, et pour qui les autres comptent parfois plus qu’eux mêmes.

Aujourd’hui cette femme est prisonnière, otage de gens qui crurent un jour en la liberté, mais qui ne sont maintenant plus qu’un immense groupe d’assassins, armés par l’argent de la drogue. Cela fait cinq ans qu’Ingrid Betancourt est aux mains des FARC, quatre ans que l’on n’a plus aucune nouvelle d’elle, aucune preuve de vie. Qu’ont fait les politiques de notre pays ? Ingrid est Française, c’est même l’otage français qui détient le triste record de toute l’histoire de France de la captivité la plus longue. Cinq ans, un quinquennat. Pourquoi n’avoir pas mis en place une cellule de crise ? Pourquoi ne pas avoir fait pression sur les Etats-Unis pour qu’ils fassent libérer Ingrid Betancourt grâce à leur statut particulier en Colombie ?

Aujourd’hui en France – comme Ingrid Betancourt il y a cinq ans en Colombie – des hommes et des femmes sont candidats à la présidence. Moi, je ne peux rien faire pour Ingrid, à part signer des pétitions et parler d’elle le plus possible. Mais eux le peuvent.

Mesdames et Messieurs les candidats à l’élection présidentielle, cinq ans de compassion n’ont pas fait libérer Ingrid Betancourt. C’est une politique, comme vous, mais aussi une fille, une mère, une épouse, une sœur, une amie pour bien des gens et un espoir pour la Colombie tout entière. Nous n’attendons pas de vous des paroles vaines mais des agissements, plus de « pensée pour Ingrid Betancourt et sa famille » mais des actes pour qu’elle soit enfin libre. Signer le manifeste pour la libération d’Ingrid Betancourt, et s’y tenir une fois élu. Exiger une preuve de vie de la part des FARC, mobiliser publiquement les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis, s’opposer à toute opération militaire de la part du gouvernement colombien qui la condamnerait de fait immédiatement à mort.

Marie Carmen Sanchez (Lycée Saint-Exupéry)

Marie Carmen Sanchez

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