Mercredi dernier s’est tenue une réunion spéciale à la mairie de Colombes (92). Son objet : l’expulsion de Mohamed Abourar, un lycéen marocain de 19 ans qui était comme le veut le terme administratif « en situation irrégulière ». Le garçon était inscrit au lycée professionnel Valmy depuis septembre 2009 en bac « hygiène et environnement ». Après un contrôle d’identité à Montparnasse, il est placé au centre de rétention de Vincennes le 17 janvier et expulsé le 23.

L’histoire de Mohamed Abourar est liée à cette immigration que connaît la France depuis des décennies, une immigration dans l’attente de lendemains radieux, pour soi-même et sa famille. Le père de Mohamed travaille en France depuis 1977. L’enfant obtenant de bons résultats scolaires au Maroc où il vit avec sa mère et le reste de sa famille, son père décide de le faire venir en France en 2004 dans l’espoir qu’il décroche quelque chose de mieux ici.

De fait, avec cette rage qu’ont ceux qui débarquent du bled, il « défonce » tout à l’école et décroche en 2008 son CAP en « maintenance des bâtiments de collectivité ». Constatant ses efforts, l’Aide sociale à l’enfance signe avec lui un contrat jeune majeur afin de l’accompagner dans son projet professionnel.

Pas besoin de dire que ce fut la stupeur au lycée professionnel Valmy quand élèves et professeurs ont appris la nouvelle de l’expulsion de Mohamed Abourar. « Je n’étais pas du tout au courant de sa situation. C’est quelqu’un qui était toujours souriant. Et je viens de corriger ses dernières copies, elles étaient très bonnes », nous dit un de ses professeurs qui l’a eu au téléphone au moment de son expulsion : « Il était 4 heures du matin. Je dormais et mon téléphone a sonné, c’était Mohamed. Il avait un ton anxieux et dépité. Voilà, il me disait qu’ils venaient le chercher pour l’expulser. » Mohamed est donc actuellement au Maroc, chez sa mère, où il doit se réhabituer à un mode de vie différent de celui qu’il avait depuis quelques années en France.

Chez les élèves, les esprits commencent à bouillonner dans le sens des aiguilles d’une montre. « Si on n’est pas entendu, on va aller plus loin. Faire le blocus du lycée et pourquoi pas organiser un mouvement dans les lycées du coin », annonce Fady, un lycéen qui connaissait Mohamed « juste de vue », mais qui a été choqué par la procédure, qu’il juge injuste. Tout comme Cédric : « On a pris ça comme une injustice, car il n’avait pas de casier, rien de tout ça ! C’est tombé sur lui comme ça, mais y’en a d’autre dans son cas. »

Une manifestation se déroulera dans les prochains jours et une délégation sera reçue au ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Tout le monde veut donc le retour de Mohamed Abourar. A l’image de son professeur : « On l’attend et on lui garde sa place ! »

Aladine Zaiane

Aladine Zaiane

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