A Mantes-la-Jolie (78), Pierre Bédier (UMP) fait son grand retour après sa condamnation pour corruption ayant entraîné, entre autres, son inéligibilité. S’il n’est pas parvenu à se faire élire dès le premier tour, sa victoire ne fait aucun doute puisque sa liste a obtenu 49,67% des voix, contre 14,22% pour la liste conduite par Rama Sall, la candidate socialiste.

Il est incontestable que les Mantais plébiscitent le « style Bédier », c’est-à-dire, une parole franche, honnête, démagogique. Quelques jours avant le premier tour, Pierre Bédier et le maire actuel Michel Vialay, assistaient à une réunion organisée chez un jeune Mantais dans un quartier pavillonnaire de la ville. A Mantes-la-Jolie, c’est Vialey qui se présente mais c’est Bédier qu’on élit et qui a tout orchestré, de la liste au programme. A l’aise, connaissant quasiment tous les jeunes présents ce jour-là, Pierre Bédier serre des mains, claque des nuques, complimente une jeune fille sur son tissage, demande à certains « ça va beau gosse ? » et se désaltère à grands renforts de « bissap ».

Tous ont grandi à Mantes mais Pierre Bédier rappelle ce qu’était Mantes avant, dans les années 80-90, ce qu’était Mantes avant son élection en 1995, « la ville dont on parlait partout, on avait l’impression que c’était une ville en insurrection permanente ». C’était, selon lui, « une ville mûre pour le Front National ». Et c’est ce qui fait la force de Pierre Bédier. Parce que vous avez remarqué ? Cela fait maintenant quelques années que l’on entend plus parler de Mantes-la-Jolie, le quartier chaud d’hier est presque devenu une ville lointaine de la paisible banlieue. Cela principalement en raison du renouvellement urbain initié par Pierre Bédier en centre-ville et dans le quartier du Val Fourré.

Et s’il revient, c’est pour terminer ce qu’il avait commencé comme maire et aussi comme président du conseil régional des Yvelines, puisqu’il espère aussi en récupérer la présidence. S’il se présente de nouveau, c’est pour terminer le travail qu’il a commencé car il précise qu’il s’agira pour lui de son dernier mandat « il faut savoir s’arrêter ».

Mais sur son prochain mandat, Pierre Bédier rappelle qu’il fera ce qu’il pourra « avec les moyens du bord » car Mantes-la-Jolie est « une ville pauvre, avec une population pauvre ». Reste qu’il a des ambitions pour sa ville, son fief, deux principaux objectifs, d’abord, « son combat de vingt ans », la rattacher à la banlieue parisienne en faisant venir le RER jusqu’à Mantes et « aller chercher de l’argent partout ou on en trouve ». Parce que lorsqu’on lui reproche de ne pas faire assez de social, ça n’est pas de sa faute ou celle de Michel Vialay, juste qu’il n’y a plus d’argent et que côté emploi, il a fait le maximum, il n’y a plus de postes à la mairie qui peuvent être pourvus « on a embauché en priorité ceux qui venaient du quartier à la mairie, parce que c’était là où il y avait le plus fort taux de chômage ».

Malgré ces arguments que l’on entend souvent dans la bouche de candidats, Pierre Bédier n’est pas un homme politique comme les autres. Il a su revenir sans que sa condamnation (pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux en 2006) ne lui fasse de l’ombre, parce qu’il s’est adapté à la population de Mantes, ayant un coup d’avance, à la tête d’une liste renouvelée aux deux tiers composée de personnalités locales, de jeunes et de moins jeunes issus de la diversité ou non. Parce qu’il est pragmatique et sait valoriser son électorat d’origine modeste « si les parents occupaient des fonctions d’exécution à la mairie, après on a offert des fonctions d’encadrement aux enfants qui ont fait les études ». Et à Mantes, beaucoup vous diront « Bédier ? On peut compter sur lui ».

En bon politicien, il a su diviser pour mieux régner, face à sa liste, six listes plus ou moins de gauche mais surtout « anti-Bédier ». L’union n’est pas d’actualité non plus au deuxième tour, c’est une triangulaire qui se profile avec la liste socialiste et une liste de la « gauche citoyenne ». De quoi faire perdre à la gauche encore un peu de sa crédibilité dans une ville où Pierre Bédier apparaît comme tout-puissant et a fait, avec les jeunes issus des quartiers et de l’immigration, ce que beaucoup attendaient du parti socialiste. Et là-dessus il est cash « dans certaines villes, on ne veut pas des noirs et des arabes, oui ce problème existe encore en France en 2014 » Et pour certains, cela importe plus que les affaires dans lesquels il fut impliqué.

A Mantes, Pierre Bédier, on l’aime, on le craint ou on le déteste, tandis que la gauche peine à se rassembler pour mettre fin au « système Bédier », clientéliste selon certains, il reprend tranquillement la route de la mairie, malgré sa réputation sulfureuse, comme Patrick Balkany à Levallois ou André Santini à Issy les Moulineaux. Les voies de l’électorat sont impénétrables.

Latifa Oulkhouir

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