L’élection législative a donné lieu à une insolente victoire du conservatisme de droite et de gauche. Jeu, set et match pour les vieux routards de la politique. Cette petite musique du renouvellement qui nous berce depuis le mois de janvier sonne faux. Des bons sentiments affichés pour tenter de masquer l’angoisse qui étouffe notre société. La campagne des législatives a permis l’émergence des candidats étiquetés diversité. On peut dire avec quelques précautions que George Pau-Langevin, candidate PS à Paris, est la seule rescapée du naufrage des représentants de cette question. Pour les autres, un trop-plein de frustrations, de déceptions et de colères se lisent dans leurs réactions. La politique n’est pas un sport de haut niveau où la sélection se fait naturellement, c’est un savant mélange entre le stand-up et l’ancienneté.

Moqués parfois au sein même de leur parti, ces militants épicés payent le prix fort de leur engagement. Les cadres des partis, plus aguerris, davantage rompus aux arrangements traditionnels entre deux motions, ne voient absolument pas d’un bon œil toute cette énergie qui bouscule les vielles pratiques et le droit coutumier. Pourtant, dans les meetings et sur les plateaux de télévision, le satisfécit est au rendez-vous. On exhibe sans modération son noir ou son arabe pour donner des signes de modernité. S’agissant des lieux de décisions, on reste entre gens de même cursus. 

Ainsi va l’exception culturelle française, on passe de la diversité au divertissement. Nous sommes loin d’une rupture avec un modèle que tout le monde encense, mais avec lequel personne ne veut rompre, malgré le bla-bla des promesses. Chaque nouvelle campagne marque un progrès vers l’élaboration d’une image désastreuse de la politique. La classe politique s’appuie sur des équipes de spécialistes qui fabriquent un kit de campagne. Cette année, le petit joujou s’appelait « diversité ». Une fois l’élection passée, on vaque aux occupations quotidiennes en attendant une autre trouvaille du service marketing pour préparer une prochaine échéance, une sortie impactante, une image maîtrisée. Les citoyens ne se révoltent pas. Simplement ils s’éloignent d’un système dépourvu de sens. Sans avenir.

Tout est à refaire donc ou à poursuivre. Reprendre le programme depuis le début, réinitialiser le processeur, bousculer les résistances. Comment faire admettre à la société française que cet engagement est à la fois une preuve d’amour et une envie féroce de participer activement à l’histoire et au développement du pays ? Comment aider la France à comprendre que Mouna, Salem, Lynda, Mendy, Samir et tant d’autres sont des enfants légitimes de la république ? Il faudra continuer le travail pour répondre à ces deux questions, malgré la gueule de bois, malgré le gigantesque chantier. C’est une étape indispensable pour passer du processus de nomination à celui du verdict des urnes.

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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