Rencontre avec Marie Thérèse Sanchez Schmid députée européenne depuis le 7 juin 2009 et membre du groupe du UMP/ PPE (Parti populaire européen). Elle a travaillé sur des nombreux projets, notamment dans le domaine de l’économie européenne et sur la question du maintien du fonds européen d’aide aux plus démunis. 

Bondy Blog : Que fait l’Europe pour lutter contre la pauvreté ?

Marie Thérèse Sanchez Schmid : Il faut d’abord mettre au point ce que peut faire l’Europe et ce qu’elle ne peut pas faire. La relation qu’elle peut avoir avec les états membres est fondée le principe de subsidiarité. Ce principe de subsidiarité veut dire que chacun fait ce qu’il peut faire mieux que l’autre. Mais, on le sait très bien, il y a des compétences que les états membres ne veulent pas transférer à l’Union européenne. C’est le cas de la politique sociale, mais aussi de l’éducation et de la justice, même s’il y a une justice au niveau européen.

La politique sociale reste la politique des états membres. Mais, il n’empêche que l’Europe aujourd’hui essaye d’accompagner à la fois les états pour qu’ils répondent à certains problèmes comme celui de la pauvreté. Ensuite, il existe des programmes qui peuvent aider à résorber la pauvreté. Comme « l’Europe 2020 ». Nous venons de démarrer un budget en 2014 qui se terminera en 2020. Ce programme a pour objectif une croissance intelligente, durable et inclusive, cela veut dire aider toutes les actions qui concernent la précarité quelle qu’elle soit : dans l’emploi, le logement et dans d’autres thématiques.

Le fonds social européen permet aussi aux régions de mettre en place des actions pour lutter contre le chômage à travers la formation. Il existe d’autres fonds qui aident les régions au développement économique pour la création de l’emploi. En dehors de cette politique régionale, nous avons le fonds de l’aide aux plus démunis. Il y a eu une très grosse polémique autour de ce sujet depuis 2011. Car ce fonds est parti du surplus de la politique agricole commune qui était distribuée dans les pays aux plus démunis et peu à peu ces surplus, quand je parle de surplus je parle physiquement de surplus alimentaire, se sont amoindris.

C’est pourquoi la PAC a compensé financièrement en donnant de l’argent. Nous étions sur la période 2007-2013 avec un budget de 3 milliards et demi. Un certain nombre d’états on dit que la vocation de l’Union européenne n’était pas d’aider les plus démunis et certainement pas par la politique agricole commune. Nous nous sommes battus pour que cela continue et avons réussi à maintenir cette aide, mais en la transférant à la politique sociale et non plus à la Pac.

Comment cet argent est distribué ?

Il est distribué aux états en fonction du nombre d’habitants. Vous imaginez bien que la France a une somme plus importante que l’Irlande qui ne compte que 4 millions et demi d’habitants. Et c’est aussi proportionnel au PIB, il y a donc une somme plus importante dans les pays où a pauvreté est plus importante.

En France, cela passe par des associations humanitaires comme les Restos du cœurs, le Secours populaire, la Banque alimentaire. A leur tour, ils le redistribue dans leurs sections départementales. L’an dernier, l’Union européenne a ainsi versé 70 millions d’euros à la France. En Europe, plus 120 millions de personnes sont menacées de pauvreté. Et l’objectif d’ici 2020 est de réduire ce chiffre de 20 millions, au moins.

Évidemment toutes ces associations ont accès aux fonds européens qui aident les plus démunis à la réinsertion, retour à l’emploi….Le Fonds européen de développement économique et régional, Feder, aide dans l’accès au logement des populations marginalisées. D’autres fonds existent et sont destinées à l’efficacité énergétique et à la restauration des logements insalubres.

Quels sont les pays européens les plus touchés par la pauvreté ?

Le programme européen d’aide aux plus démunis [crée à la demande de Jacques Delors en 1987] n’était pas implanté dans tous les pays. Ce sont d’ailleurs, les pays qui n’en bénéficiaient pas qui ont un peu protesté, comme les Pays-Bas ou l’Allemagne en disant que ce n’était pas le rôle de l’Europe de faire ce genre de chose. Aujourd’hui, ce programme est ouvert à tous les pays qui en font la demande. Pour certains,, cette demande ne fait pas partie des habitudes, rares sont les pays organisés comme la France avec son tissu associatif. Le réseau associatif français est très particulier en Europe.

La loi de 1901 qui régie les associations à but non lucratif n’existe pas ailleurs. Dans d’autres pays, il s’agit plutôt de fondations ou autres systèmes. Ce qui explique que certains pays ne veulent pas prendre la responsabilité, en tant qu’état, de mettre en place une aide aux plus démunis dû au manque de réseau associatif. Puisqu’il s’agit de quelque chose de lourd et que cela coûte de l’argent. 

Quel est le niveau du seuil de pauvreté en Europe ?

Le seuil de pauvreté est estimé à moins de 60 % du revenu moyen en Europe. Le salaire minimum en Bulgarie est de 123 euros (revenu moyen), mais ce n’est le salaire moyen du pays, alors quand en Irlande, il est de 146O euros. Selon les états, il y a des salaires minimum obligatoires et des salaires minimum constatés. En France si on a un salaire de 6oo euros, on est considéré comme pauvre.

Un rapport rédigé par des parlementaires européens dénonce l’action de la « Troïka » qui aurait plongé des pays européens dans la pauvreté. Qu’elle est votre avis sur la question ?

La Troïka est le père fouettard du déficit et c’est dans les pays comme la Grèce où elle est pratiquée car le pays se trouvait au bord de la faillite. Et, c’est l’Europe qui a imposé à certains pays (Espagne, Grèce, Irlande) des restrictions dans le cadre de l’austérité. C’est un grand sujet de conversation dans l’UE : est ce que l’austérité va assainir les finances  ou non ?

20110207PHT1325520110207PHT13255Cette question divise en Europe. L’intérêt de l’austérité est d’imposer une restriction budgétaire et cela semble indispensable aujourd’hui. On sait pourquoi la Grèce était en quasi faillite. Elle n’a pas su gérer ses finances publiques. Elle mentait sur son déficit. Peu de gens payaient leurs impôts (impôts sur le revenu et foncier) en Grèce, et ce qui engendré cette situation où i y avait plus de dépenses que de recettes. Et si vous n’avez pas de recettes, cela devient problématique. Même si on autorise un déficit, il est planifié normalement à 3 % du revenu de l’État, dans le cas de la Grèce, le déficit était trop important et il devenu un gouffre.

C’est contre ce genre de chose que la Troïka est allée intervenir pour mettre de l’ordre. L’Italie et l’Irlande, pays dans lesquels l’austérité a été mise en place, sont aujourd’hui en meilleur santé que la Grèce. Mais la Grèce est en bonne voie. Regardez l’Allemagne, elle est en bonne santé financière et cela est dû à un plan d’austérité mis en place il y a 15 ans par Gerhard Schröder. L’Espagne, après la Grèce, était au bord de la faillite et bien, il sont en train de remonter la pente alors que le plan d’austérité a été terrible.

Ils ont baissé les salaires des fonctionnaires et réduit les dépenses publiques ce qui veut dire que les prestations sociales, de santé, l’éducation, ainsi que les retraites ont aussi été baissées. Je pense que la restriction budgétaire est indispensable aujourd’hui et je ne pense pas que réinjecter de l’argent dans l’économie, en augmentant les dépenses, puissent relancer l’économie. En France, cela doit passer par une réduction de la dépense publique. Il est vrai que nous avons la meilleure protection sociale (chômage, allocation familiale etc) au monde, mais un moment donné, il faut aussi de la rigueur en terme de budget public.

Propos recueillis par Hana Ferroudj

De Bruxelles avec Jonathan Sollier et Balla Fofana

 

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