Mes chers compatriotes ! Des mauvais Français, voilà ce que vous êtes ! Vous n’êtes pas d’assez bons chrétiens ; résultat, nos banlieues sont devenues des « chevaux de Troie » des islamistes. Vous avez abandonné la bonne éducation de vos ancêtres qui a mené le monde entier vers la lumière ; résultat, les étrangers de plus en plus nombreux dans nos écoles imposent leur version de l’histoire. Vous ne faites pas assez d’enfants ; résultat, on se fait bouffer par les polygames. Nostalgie chrétienne et retour à l’histoire glorieuse, voici les deux axes du dernier discours de Jean-Marie Le Pen, prononcé samedi en fin d’après-midi. « C’était mieux avant » : on retiendra cela des deux heures du discours fleuve de celui qui ne sera plus demain que « président d’honneur » d’un parti qu’il a fondé en 1972.

Pendant ce temps, à l’extérieur du Palais des congrès, une manifestation a lieu, conduite notamment par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Europe Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste avec ce slogan : « Ensemble contre l’extrême droite ». « Le FN ne nous fait pas peur, on a juste la chance de pouvoir exprimer notre désaccord, donc on le fait », affirment deux jeunes filles d’origine kurde venues de la banlieue de Tours. David et Camille, étudiants du Mans sous les couleurs du NPA, ont fait la route pour « protester contre l’idéologie raciste du FN et défendre les valeurs laïques ».

Sur le côté de la manifestation, je repère rapidement des policiers en civil avec leurs oreillettes qui sortent du col de leur manteau et leur sac à dos pour faire genre touristes, mais pas du tout discret avec le rouge du sac qui flash. « Combien vous avez compté de manifestants ? », je demande. « Heu, je sais pas c’est pas moi qui compte… », répond un policier, étonné. « Pas mal votre sac à dos ! », j’ajoute. « Petit con, va ! » a-t-il dû penser. A vue d’œil, entre 3000 et 5000 personnes ont défilé cet après-midi pour « montrer qu’il y a une opposition à ce congrès ».

A proximité du Palais, un jeune homme discutant avec une jeune femme, me dit : « Je n’étais pas du tout au courant qu’il y avait le FN réuni à Tours. Mais en même temps je ne m’intéresse pas trop à la politique, le FN ou d’autres politiciens, c’est pareil pour moi. » Alors que les huées contre Jean-Marie Le Pen vont crescendo, d’autres huées contre les « masses d’étrangers », « l’histoire des africains » et celle des « musulmans » font trembler l’enceinte de l’amphi François 1er, rempli cette fois-ci à ras-bord, où sont prononcés les discours. Ce qui incarne l’envahisseur est repris et répété inlassablement : minaret, islamiste, halal…

Farid Smahi, membre du bureau politique du FN, représente le visage de cet envahisseur. Ce qui ne l’empêche pas de se sentir accepté par les autres membres du parti. « J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, mais tu la gardes pour toi, tu as été élu au comité central et même très bien élu », lui annonce un cadre du parti en avant première. Les résultats du comité central devant être dévoilés dimanche avec la proclamation officielle du nouveau président frontiste – fin du suspense, on a appris samedi déjà la nouvelle : Marine Le Pen est la nouvelle patronne du navire. « Merci beaucoup », dit Farid Smahi avec un ton reconnaissant, « je dois énormément à Jean-Marie Le Pen et à ce pays qu’est la France ».

Je lui pose la question : « Comment vous définissez-vous ? », il répond d’abord : « Je suis attaché à la culture arabo-islamique », puis : « J’aime la culture de ce pays (la France), je suis un patriote. Ce qui m’a plu dans ce parti, c’est d’une part le côté tiers-mondiste de Le Pen. On a été en Irak durant l’embargo. Et d’autre part, le combat qu’il mène contre la bi-nationalité. Je suis contre car il y a parmi les binationaux des islamistes que l’on ne peut maintenant plus expulser. »

Concernant les propos de Marine Le Pen sur « l’occupation » des rues par des musulmans durant des prières, Farid Smahi dit qu’il est « d’accord » avec elle. « Ce sont des intégristes, quand il n’y a plus de places dans la mosquée, on prie chez soi. » Des militants qui ont le faciès de Farid Smahi, on n’en voit pas des masses dans ce congrès. Il y a bien Isabella, la cantatrice officielle du FN à la peau « couleur café » qui est montée sur la scène à la fin du discours du « vieux » pour chanter a capella « Avec Jean-Marie », et Huguette Fatna, Martiniquaise, membre du bureau politique et conseillère régional d’Alsace, chargée de mission pour l’Outre-mer. Faut-il vraiment qu’il y en ait plus ?

Aladine Zaïane

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021