Hénin-Beaumont, une ville située entre Lens et Lille dans la région Nord-Pas-de-Calais. Cette localité de 26 000 âmes en a fait flipper pas mal lors d’une élection municipale partielle en 2009. Le Front national mené par Steeve Briois et sa colistière de l’époque, Marine Le Pen, aujourd’hui à la tête du parti frontiste, était arrivé en tête au premier tour avec 39,43% des suffrages. Mais au finale, patatras ! Le Front se fit battre par un autre, le « front républicain » qui regroupait en gros ceux arrivés derrière le FN, hormis l’UMP qui avait présenté un candidat  « issu de la diversité ». Du genre : « Ah ouais c’est comme ça ? Bah vas-y, on vous met un Bougnoule, qu’est ce qui y’a ? »

Au lieu de m’empiffrer de chiken au grec du coin pour tenter de me consoler la montée de Marine Le Pen dans les sondages, j’ai mis le cap au Nord, terres populaires, longtemps terres socialistes, terres sarkozystes en 2007. Terres frontistes en 2012 ? Arrivée à Henin-Beaumont. Personne dans la rue, les boutiques sont fermées. Normal, c’est dimanche. Il est 13h30. Deux bistrots sont ouverts, je m’aventure dans l’un d’eux. Jacques, le débiteur de boissons, la barbe couleur châtain et le bide bien rond me souhaite la bienvenue avec cet accent typique de la région. On discute autour d’un café.

Pour cet homme qui vote « uniquement au premier tour », l’agitation faite dans le sillage du parti à la flamme ne sert qu’à appeurer les foules, « c’est n’importe quoi ». « Il est encore trop tôt. Et pis, ce sondage, qui on a sondé pour obtenir ce résultat ? », demande-t-il, dubitatif. L’échéance de 2012 est encore trop floue pour lui, dont le premier souci est de faire marcher sa baraque. Il ne voit pas de candidat se démarquant pour le moment. « Ecoutez, qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ? Que ce soit Marine ou le PS, vous pensez vraiment que ma vie va changer ? Il faudra toujours bosser pour gagner sa vie et c’est tout ! »

Nous en venons alors au cas d’Hénin-Beaumont, label 2009 : « Si les gens ont voté pour le FN, c’est uniquement parce qu’ils se sont sentis trahis par le maire de l’époque en qui ils avaient confiance. C’est tout. » L’ancien maire socialiste, Gérard Dalongeville, avait été mis en examen pour détournements de fonds et mis en cause pour la gestion financière de la ville depuis 2001, qui accuse un lourd déficit de 4 millions d’euros.

« Lorsque j’écoute mes clients, je sens qu’ils sont déçus. Ils aimaient beaucoup leur maire donc ils ont voté FN pour exprimer leur déception, je pense », raconte Jocelyne, une boulangère de la ville. « Mais je ne pense pas qu’ils vont aller jusqu’à l’extrême pour les élections (présidentielles de 2012). En tous les cas, lorsqu’ils parlent avec moi, ce n’est pas ce que je ressens. »

Le rejet du « système » et l’affectif, deux facteurs sur lesquels le FN mise pour les prochaines cantonales. « Contre la mafia socialiste », tel est le slogan tamponné sur l’affiche du candidat Briois. Je me suis rendu à la permanence du parti, mais on a refusé de répondre à mes questions. Face aux frontistes, l’UMP rejoue la carte de la diversité en proposant aux côtés du candidat Sagnier, Rachida Khelidj.

Je ne vais pas quitter Hénin-Beaumont sans faire un détour par un des quartiers « chauds » ou « populaires », c’est selon, de la ville. La ZAC : des petits immeubles de couleurs vives traversés par des terrains gazonnés. Ici, comme dans beaucoup de villes de la région, les quartiers pauvres sont composés de Blancs et d’Arabes. Tous à la même enseigne. « La pauvreté n’a pas de couleurs. Il y a ici les populations les plus pauvres de la ville. Il y a des Blancs, des Arabes. Mais c’est inquiétant tout de même, la tournure des évènements », dit Bernard en promenant son chien sur l’herbe de la cité, Hénin-Beaumonttois depuis l’âge de 14 ans.

En bas d’un immeuble, Abdel, père de famille, résident du quartier depuis trente ans, est dépité : « La situation s’est vraiment dégradée dans ce quartier. Je vous déconseille de vous installer ici. La justice ne s’applique plus ici. Quand on appelle la police, soit ils viennent pas, soit ils nous font comprendre qu’on les a fait venir pour rien. Forcément quand on laisse faire et qu’on intervient plus, les choses se dégradent. »

Un pourrissement de l’intérieur, les habitants règlent leurs problèmes entre eux, alors que le discours politique se veut intransigeant envers les délinquants, pour, soi-disant, faire disparaître les « zones de non droit ». Au final, cela peut accréditer l’idée que les gens qui vivent là sont imprégnés de violence et que la solution réside dans le vote extrême…

Aladine Zaïane

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