Dès la couverture, les élus tentent de convaincre. Les titres de leurs ouvrages s’apparentent à des slogans électoraux. Alain Juppé choisit « Pour un État fort » après avoir publié « Mes chemins pour l’école » avant la rentrée des classes. De plus en plus, le candidat à la primaire des Républicains tente de faire figure d’homme présidentiable et les sondages prouvent sa réussite : 56 % des Français souhaitent qu’il se présente aux élections présidentielles de 2017 selon un sondage Odoxa.
Les feux restent au rouge pour François Fillon qui rencontre pourtant un succès en librairie depuis septembre. En effet, après avoir été ministre puis Premier ministre, l’homme propose à présent de « Faire ». 87 000 acheteurs ont pu lire ses différentes propositions. Si pour François Fillon et Alain Juppé, l’exercice de l’écriture est une manière de prouver leur légitimité et de proposer différentes réformes, pour d’autres, c’est une façon de revenir sur le devant de la scène.
Jean-François Copé est de retour, sans fanfare et sans pain au chocolat. Son « come-back » nous rappelle que nous l’avions oublié. Avec « Le sursaut Français », le président déchu de l’ex-UMP tente de reprendre sa place ou plutôt d’en trouver une. Trop tard diront ceux qui sont en campagne depuis plusieurs mois. De plus, à en croire des extraits de son ouvrage, « le Copé nouveau » n’aura pas lieu, l’homme ne remettant que partiellement en cause ses actes manqués.
Ecrire a une vocation divergente en fonction de son auteur. « La France pour la vie » de Nicolas Sarkozy semble être le livre de la dernière chance. En 270 pages, l’ancien président de la République reconnaît 27 erreurs. Tout est parfaitement calculé, tous les médias en parlent… Même si les hommes politiques expliquent que leur volonté première est de s’adresser sans prisme au lecteur, les deux ne sont pas dupes. L’impact médiatique est bien plus important que le nombre d’achats. La maison d’édition Plon espère entre 200 000 et 250 000 ventes de « La France pour la vie », ce qui en ferait un succès littéraire.
Pourtant, ce chiffre est bien inférieur au nombre de citoyens électeurs. Au final, relativement peu de gens le liront dans sa globalité, mais tout le monde en connaîtra les meilleurs extraits parus dans la presse. « Il fut une époque où l’on écrivait des livres politiques pour être lu. Maintenant, c’est pour être vu » tweetait Jack Dion, journaliste à Marianne. Le désamour de l’opinion publique pour Nicolas Sarkozy est tel que le pari s’avère risqué. En effet, des sondages diffusés en masse ne cessent de discréditer l’auteur avant la parution d’une œuvre pourtant censée redorer son blason. « La France pour la vie » n’est qu’une étape pour reconquérir le pouvoir ou le perdre définitivement.
Les livres politiques sont des échecs commerciaux, mais des victoires médiatiques. Ils mettent en lumière ceux qui souhaitent acquérir ou conserver le pouvoir et l’adhésion du peuple. Manuel Valls, pour conforter son image, va jusqu’à dédicacer son livre « L’exigence », composé de ces discours à la suite des attentats de janvier et de novembre, dans sa ville d’Évry.
Ces ouvrages réconforteront peut-être les déçus prêts à payer pour y croire encore, mais n’aideront pas les abstentionnistes. Ceux qui attendent des actes au lieu d’écrits qui ne restent pas. Ceux qui se désintéressent totalement du débat politique depuis qu’on leur a menti et ceux qui s’en fichent depuis toujours. Peu de Français paieront ces coûteux écrits, car la confiance n’est plus et personne ne semble détenir la solution. Pour preuve, les best-sellers des livres politiques sont rédigés par des « retraités » ou par des spécialistes ne briguant aucun mandat, en d’autres termes par des personnes qui n’ont plus rien à perdre. L’ouvrage de Philippe de Villiers s’est vendu à 180 000 exemplaires en quelques mois. « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » résume en un titre ce que souhaitent les Français : la vérité ou rien.
Oumar Diawara

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