Il y a des villes comme ça, elles font peur et intriguent. Si on vous dit « Meaux », vous répondez quoi ? Eh bien, nous, la première fois, on imaginait la ville lointaine, paumée en pleine nature, entourée de champs et saupoudrée de cités. Nous ne nous sommes pas trompés. Meaux, en Seine-et-Marne, c’est un peu la ville de province à quelques minutes de train. Trente-huit minutes exactement ! Quand tu débarques sur le quai, tu comprends rapidement. Apres avoir traversé les champs en fusée Transilien, tu atterris sur une planète oubliée, expulsée du système solaire parisien. Là-bas, on a : une majorité de jeunes, des bâtiments détruits, des chantiers en cours et un député-maire, Jean-François Copé (UMP), déjà candidat pour les présidentielles de 2017. Intriguant, dites-vous ?

Il y a à peine sept mois, c’était le remue-ménage, à Meaux. Les voitures de police jaillissaient de partout avec gyrophares en position « on ». Les tireurs d’élite étaient déployés sur tous les toits. Copé, tel un baron, recevait le premier ministre François Fillon et sa secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, Fadela Amara. C’était le premier Comité interministériel des villes (CIV) de l’ère Sarkozy. Et c’était ici, à Meaux, chez Copé ! Ce jour-là, les journalistes et les pékins s’étaient déplacés pour voir le défilé des ministres. Bachelot, Borloo, Morano, du beau monde ! Amara et Fillon avaient même pensé à inviter des membres d’association. Quant aux ministres, ils avaient préparé « un budget à présenter et consacré aux banlieues ». Depuis ?

Saïd Rezeg (photo) est président de l’association « Esprit Sportif , créée en 2001. Elle propose des cours d’arts martiaux (boxe anglaise et karaté). Parallèlement, l’assoce aide les Meldois dans leurs recherches d’emploi. Lors du CIV de juin dernier, Rezeg était l’un des invités de Fadela Amara et François Fillon. Il avait eu, à cette occasion, le privilège d’échanger quelques mots avec les membres du gouvernement. A la sortie de la rencontre, il avait le sourire, il était plutôt satisfait. Mais là, janvier 2009, les espoirs ont disparu, chez lui comme chez d’autres. Volatilisés. « Au départ, la structure était plutôt positive mais on ne va pas assez loin. Depuis un an, personne ne voit rien venir, à croire que c’est du pareil au même », dit-il.

Lorsque que l’on évoque « les 3600 contrats autonomies déjà signés » d’après Amara, il a cette réaction : « Je vois pas comment on peut se glorifier de 3600 contrats autonomie face à 200 000 contrats aidés rien qu’en Ile-de-France », s’amuse-t-il. Et d’ajouter : « A Meaux, par exemple, il y a eu une réunion technique la semaine dernière seulement, par rapport au contrat autonomie. » Ici, le volet « emploi » du plan Espoirs banlieue semble mettre du temps à s’ouvrir. C’est du moins l’impression que l’on retire des propos de Saïd Rezeg, qui porte aussi la casquette de consultant ANPE au civil. C’est comme si quelqu’un avait appuyé sur la touche « ralenti » de la télécommande.

« Pour l’association, nous n’avons plus reçu de subventions depuis trois ans de la part de la mairie de Meaux», constate, dépité, le président d’« Esprit Sportif ». Voudrait-il dire que la mairie a sa part de responsabilité dans ce ralentissement flagrant ? Le député-maire Jean-François Copé (président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, ex-ministre dans les gouvernements Raffarin et Villepin) ne semble pas très impliqué dans ce que Fadela Amara appelle « la dynamique Espoir banlieues ».

« Autre raté, poursuit Saïd Rezeg : le busing. Copé n’en a pas voulu. » C’était une des annonces phare du plan Espoir Banlieues. Amara avait promis que 50 communes disposeraient de transferts d’élèves en bus, amenés des quartiers populaires vers des « établissements socialement plus hétérogènes ». A ce jour, sept communes seulement se sont lancées dans l’opération. Pas Meaux !

Sur la place de la mairie, un arbre de Noël. Les guirlandes et les boules resplendissent. On est le 19 janvier et les décorations n’ont pas encore été rangées dans les placards de la municipalité. Meaux vit à un rythme différent, un peu corse…

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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