Il avait promis la castagne, elle a commencé. Jean-Luc Mélenchon était à Blanc-Mesnil. Pour la troisième fois en trois jours, il s’est exprimé devant plusieurs milliers de personnes. Pour la deuxième fois en un mois, il est en Seine-Saint Denis, ancienne terre conquise qui lui faut maintenant contester. Dans la salle les militants sont confiants : « Jean-Luc, la castagne ça le connait ».  Le gymnase est maintenant comble, les militants sont en ébullition, les bannières volent haut  les lumières peuvent s’éteindre. L’orateur-boxeur pénètre dans l’arène.

Comme à Villeurbanne Mardi dernier, à Montpellier le lendemain, et précédemment à Metz, à Nantes et à Lyon, le candidat du Front de Gauche s’est assigné une double leçon : désenfumer, selon lui, les contre-vérités distillées par ses adversaires et donner des clés pour permettre à tout un chacun de comprendre et d’argumenter son prochain. « Parce que le Front de Gauche ce n’est pas une meute autour d’un candidat ou d’un parti. Mais une assemblée, qui délibère, qui prend le temps. Le candidat en somme importe peu face à la dynamique du peuple ». Et pourtant, Mireille, la soixantaine, vétérane communiste,  est catégorique : le meilleur atout du Front de Gauche s’appelle Jean-Luc Mélenchon.

Et pour cause. Pendant 1h30, l’ancien socialiste fait feu de toute sa verve rhétorique. Jaurès, De Gaulle et Castro ont fusionné et enfanté un monstre de tribune. Le ton, le rythme, le regard, l’attitude, les formules, tout y est. Tout feu, tout flamme, Jean-Luc Mélenchon s’adresse au peuple. S’excusant presque de rentrer dans les détails, il explique en longueur les différentes mesures proposées par le président Sarkozy : TVA social, mécanisme européen, référendum sur l’immigration et le chômage.

Lorsque l’auditoire commence à faiblir, il n’hésite pas à dégainer humour et formule choc. Il se dit prêt à répondre aux demandes des « quatre daltons de l’austérité, du petit énervé à  la grande abruti, sans parler des deux autres». « Ils veulent des sacrifices ? Mais les sacrifices ils vont les faire les riches, pour peu qu’ils me tombent sous la main, ne vous inquiétez pas ». La salle est conquise, les militants, hilares, répliquent : « les régimes, ça marche pas ». L’ancien socialiste entend relancer la croissance en réinvestissant massivement dans le secteur public : car « chaque petit salaire de fonctionnaire est autant de consommation qui fera à son tour tourner les usines, augmenter la production, et ainsi renflouer les caisses de l’Etat ».

Mais ce soir, Jean-Luc Mélenchon poursuit une castagne bien particulière Front contre Front. La plupart de ses remarques sont dirigées vers sa meilleure ennemie, Marine Le Pen. Quel que soit le thème abordé, le candidat a toujours une phrase pour la candidate du Front National. « Marine Le Pen n’est pas laïque… elle déteste les musulmans, c’est différent ! […] La France est le pays où il y a le plus de mariages mixtes, et nous en sommes fier. D’Alger, de Tanger et d’Angers, la France nous l’aimons comme elle est, Liberté, Egalité, Fraternité !!!». A Blanc-Mesnil, le message du candidat est passé. A la sortie, un jeune étudiant en commerce se décide à franchir le pas : « J’adhère au parti. J’avais vu Mélenchon à Metz, là ce soir il m’a convaincu. C’est cette campagne qu’il faut gagner, sinon ce sera trop tard ».

Rémi Hattinguais

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