Entretien de Fayçal Douhane et Amirouche Laïdi. Ces deux militants, l’un politique et l’autre associatif, nous expliquent comment ils comptent faire évoluer la question de la diversité en France.

Quelles sont vos activités professionnelles ou politiques ?

Amirouche Laïdi : Je travaille dans une agence de relation publique spécialisée dans les nouvelles technologies. En outre, Je suis membre du conseil municipal de Suresnes (ville UMP) mais je ne suis affilié à aucun parti. Je milite également au sein du club Averroès que j’ai fondé avec une quinzaine de journalistes en 1997. Son but : la promotion d’une meilleure visibilité de la diversité dans les médias français. C’est sur mon expérience personnelle et sur celles de plusieurs autres qu’on a fait le constat de cette absence de minorité dans les rédactions.

Fayçal Douhane : Je suis membre du conseil national du parti socialiste, je milite au P.S depuis plus de vingt ans. Je fais régulièrement des propositions auprès du parti pour ce qui est de la lutte contre les discriminations à l’emploi. Je travaille actuellement sur les prochaines échéances électorales afin qu’il y ait des députés issus des minorités visibles aux législatives.

Fayçal Douhane est militant depuis plus de 20 ans et membre du Conseil National du PS mais pas de mandat, et vous M Laïdi, vous n’avez pas de famille politique et vous êtes élu. Quand on milite dans un parti avec un prénom exotique c’est handicapant pour être sur une liste ?

Amirouche Laïdi: Je suis élu sur un mandat local. Quand un maire compose sa liste c’est pour avoir une représentation socioprofessionnelle et géographique de sa ville qui colle à la réalité. Il va essayer d’avoir des gens qui sont implantés, militer dans un parti c’est différent.

Faycal Douhane : J’ai fait mes classes au sein du P.S. J’étais membre du bureau fédéral des jeunes socialistes j’ai progressé dans le parti. Je n’ai pas été élu parce qu’un il y a une dizaine d’années un plafond de verre existait pour les Français de toutes couleurs. Une ségrégation très forte, un discours implicite qui disait « le Front National monte très fort, si on vous met en avant cela va attiser encore ce danger ». Toutes les études ont montré la bêtise de cette façon de penser. Cela ne dérange absolument pas les Français qu’il y ait des gens qui représentent dans le collège des élus la diversité. Les Français ne sont pas les élites. Ces derniers se sont accaparés le pouvoir, cumulent les mandats ne veulent pas partager les responsabilités. Ils préfèrent stigmatiser les Français issus de l’immigration en disant « vous êtes un danger pour la République car il y a Le Pen. Si on vous montre Le Pen progresse, on préfère vous protéger on représente vos valeurs vous devez être suffisamment content comme cela ». Le P.S était persuadé que l’électorat des banlieues était un électorat capté, mais cela a changé.

Amirouche Laïdi, votre engagement auprès d’une mairie UMP à Suresnes vous pose-t-il des problèmes dans votre entourage ?

Amirouche Laïdi : Non. Il y a bien des jeunes qui s’imaginent que c’est hyper bien payé, que tu es élu sur leur gueule parce tu es rebeu et originaire de Suresnes. Des jeunes ont eut une conversation assez drôle avec le maire et lui ont dit : « Amirouche c’est un mec du haut de Suresnes, il fait rien pour le bas. Puis d’autres ont dit, Amirouche c’est un Kabyle il ne fait rien pour les Arabes ». Puis il a rencontré un autre type de grande Kabylie qui lui a dit « Amirouche il n’aime pas les mecs de Tizi Ouzou, il est de petite Kabylie » (rire). C’est toujours le « rebeu » de la mairie qu’ils vont voir quelque soit le problème, alors que moi j’ai un champ d’action bien précis.

Avez-vous l’inttention d’être candidat aux élections de ces prochains mois ?

Amirouhe Laïdi : Non. Sauf peut être la reconduite de mon mandat municipal. Très franchement, ça me prend du temps, de l’énergie je le fais uniquement pour être utile localement. Tu as grandis avec des gens qui n’ont pas eu la même réussite que toi, tu es un peu leur relais avec la municipalité. Les partis politiques aujourd’hui ne sont pas intéressants, ils n’ont pas de projet, ça ne donne pas envie.

Faycal Douhane : Je souhaite être élu député mais la méthodologie visant à geler et à parachuter ne m’a pas permis d’être candidat où je voulais. Je suis persuadé que je ferais un très bon élu. La République perd beaucoup en ne me le permettant pas (rires). Un sondage affirme que 70 % des Français sont pour une meilleure représentation de la diversité en politique. Les élites sont en contradiction avec les Français, c’est pour ca que je me bats pour le mandat unique. Un homme = une femme = un mandat. On ne peut être que maire ou que député. Deux tiers des députés ont un autre mandat. Un mandat unique égal plus de partage. Une augmentation plus équitable des postes d’élus s’accompagnera d‘une meilleure diversité.

Amirouche Laïdi, vous avez rendu en novembre dernier un rapport assez précis sur la diversité dans les médias, comment les chaînes l’ont-elles reçu ?
Cela a crée des polémiques avec certaines chaînes qui ne sont pas d’accord avec l’analyse que j’avais. Mais je leur dis « démontrez-moi que ce que j’affirme est faux ». Je juge plus sur les moyens que sur les objectifs. C’est vrai que ce n’est pas facile de faire de la diversité du jour au lendemain. Tout le monde doit se sentir concerné mais il y a des gens qui bloquent. Depuis les émeutes, le secteur des medias n’a pas assez évolué. Rien de vraiment marquant n’a été fait.

Propos recueillis par Mohamed Hamidi

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