Les minorités visibles : combien de divisions ? Chez les socialistes aussi, cette question continue d’échauffer les esprits. Après les discussions habituelles, le 10 de la rue de Solférino, siège du PS, a rendu ses décisions : les candidats de la « diversité » (Arabes, Noirs d’Afrique sub-saharienne ou originaires des DOM-TOM, éventuellement des Asiatiques) aux législatives de 2007, seront une vingtaine. « Probablement 23 », indique le secrétaire national du PS aux élections, Bruno Leroux. C’est mieux qu’à l’UMP, qui n’en a investi qu’une douzaine, dont un seul en Seine-Saint-Denis : Kamel Hamza, de La Courneuve, assistant parlementaire du député-maire du Raincy, Eric Raoult.

Officiellement, les candidats socialistes sont en ordre de marche. Officieusement, l’affaire est loin d’être réglée. Ça gronde par endroits. Comme à Trappes, où Djamal Yalaoui, destitué le 6 octobre de sa fonction de maire-adjoint en guise de représailles, refuse d’abdiquer : il entend « plus que jamais » se présenter face aux électeurs contre la candidate investie. Son nom : Safia Otokoré, secrétaire nationale aux sports et conseillère régionale de Bourgogne, parachutée par le pouvoir socialiste dans cette ville des Yvelines à forte population immigrée, berceau d’un autre Jamel (Debbouze). « Nous envisageons désormais l’exclusion de Djamal Yalaoui du parti », informe Bruno Leroux. La procédure serait engagée.

Un vide démocratique a accompagné la désignation par le PS des candidats de la diversité. Aucun vote des militants n’a été organisé dans la vingtaine de sections correspondant aux circonscriptions réservées aux minorités visibles, alors que des scrutins ont eu lieu dans les 550 autres. Y compris dans celles où le parti a décidé de présenter une femme au motif de la parité. Les adhérents ont alors départagé des candidates uniquement. Mais c’était une question de genre, non de communauté ethnique.

Le Parti socialiste, notamment pour ne pas prêter le flanc aux accusations de communautarisme, n’a pas souhaité de batailles opposant des Arabes ou des Noirs entre eux. Dajmal Yalaoui le regrette : « Lorsque, dans les sections, les votes des militants départagent des Blancs, et seulement des Blancs, parle-t-on de communautarisme blanc ? », s’étonne-t-il.

La version officielle veut ensuite que les circonscriptions dédiées à la diversité l’ont été indépendamment de l’origine des électeurs. Malek Boutih investi en Charente-Maritime, cela ne ressemble pas à une opération de séduction auprès de l’électorat issu dses minorités. Mais ailleurs, à Marseille, à Trappes, dans le 20e arrondissement de Paris, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne ou dans le Val-d’Oise, les désignations ont obéi à une logique de proximité communautaire de l’électorat.

Réaction d’un socialiste d’origine maghrébine : « Oui, il fallait jouer la carte des minorités visibles. Mais, dans les circonscriptions réservées à la diversité et gagnables pour le PS, il fallait surtout investir des militants locaux de ces minorités et non pas parachuter des proches de François Hollande ou de Ségolène Royal, fussent-ils arabes ou noirs. Il n’est pas normal qu’il n’y ait pas eu là de scrutins comme dans le reste des sections. La direction du parti a imposé des personnes dociles en prévision de la future Assemblée qui sortira des urnes. Elle craint de ne pouvoir contrôler les militants enracinés dans la vie locale. »

D’où, selon cet interlocuteur, l’éviction de la course de Djamal Yalaoui au profit de Safia Otokoré à Trappes ; d’où encore, à Argenteuil, le choix de Faouzi Lamdaoui, délégué national à l’égalité des chances, au détriment d’Ali Romdhane, « présent sur le terrain depuis 14 ans ». A propos de Trappes, Bruno Leroux clame sa bonne foi : « Si des élus et des militants locaux m’avaient dit : Bruno, tu fais une erreur en investissant Safia, parce qu’à sa place, nous avons un bon type pour représenter les minorités visibles, j’aurais reconsidéré la question ». Djamal Yalaoui n’était pas ce « bon type ».

Pour tenter de calmer le jeu, le secrétaire national aux élections fait une promesse : « En cas de victoire socialiste aux présidentielles, je prends l’engagement qu’il y aura 12 à 15 candidats de la diversité élus directement à l’Assemblée nationale », assure-t-il. Auxquels s’ajouterait un nombre encore indéterminé de suppléants récupérant le siège de députés nommés ministres.

Antoine Menusier

Antoine Menusier

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021