Conseiller municipal EELV en dissidence avec la majorité municipale de Bondy, Nadir Kitatni a été convoqué au commissariat puis placé en garde à vue le 26 mars à la suite de plaintes déposée par trois élus de la municipalité PS et PC pour menaces de mort. Cette mise en détention est intervenue le jour où François Hollande était en visite à Bondy. Pour sa part, Nadir Kitatni se dit victime d’une cabale politique visant son exclusion de la majorité municipale.

Pouvez-vous nous rappeler l’affaire ainsi que les faits reprochés à Nadir Kitatni ?

Maître Slimane Gachi : Nadir Kitatni est conseiller municipal à Bondy. Lors du Conseil municipal du 22 mars, cet homme politique passionné interroge certains membres du conseil quant à certaines problématiques municipales. Le débat est traditionnellement assez vif au sein de ce conseil municipal. Des élus font alors état de menaces de morts proférées par Nadir Kitatni qui aurait, en outre, fait référence aux événements tragiques du 27 mars 2002 à Nanterre. Monsieur Kitatni est placé en garde à vue à compter du lundi 26 mars en milieu de journée. Sa garde à vue fait l’objet d’une prolongation. Il a été déféré à l’issue de sa garde à vue. Son affaire sera évoquée le 24 mai devant la 16ème chambre correctionnelle de Bobigny. Dans cette attente, il est placé sous contrôle judiciaire.

Les menaces qu’aurait proférées votre client ont-elles été prononcées dans l’enceinte de la mairie, lors du Conseil municipal du 22 mars ou à l’extérieur ?

Les menaces prétendues auraient été proférées dans l’enceinte de la mairie.

Qui sont les 3 personnes qui ont porté plainte la semaine dernière ?

Trois conseillers municipaux ont porté plainte, des élus proches du maire.

Une personne parmi les trois a retiré sa plainte. Que prouve ce revirement ?

Plusieurs protagonistes seraient revenus sur leur déclaration initiale. Ces revirements tendent à démontrer qu’une grande incertitude plane quant aux propos réellement tenus ce 22 mars. Par ailleurs, il ressort de ces rétractations que certains protagonistes ont sans doute eux-mêmes été « dépassés » par l’ampleur disproportionnée donnée à ces accusations. Il faut en outre indiquer que de très nombreux élus présents disent n’avoir rien entendu ce jour qui pourrait ressembler à des menaces de morts.

La mise en garde à vue de Nadir Kitatni est intervenue le jour de la venue de François Hollande à Bondy. Y voyez-vous un quelconque calcul ou règlement de compte de la municipalité, et de la maire de Bondy en particulier ?

Le placement en garde à vue de Nadir Kitatni le jour même de la venue de François Hollande à Bondy peut interroger. On pourrait y voir une volonté de mettre Nadir Kitatni à l’écart le temps de cette visite importante ; ce dernier étant connu pour son caractère engagé et son franc-parler. Néanmoins, il faut rappeler que la décision de placer une personne en garde à vue ne ressort pas, en principe, de la compétence des élus mais revient exclusivement aux autorités policières et judiciaires. Il serait particulièrement inacceptable de constater que le placement en garde à vue puisse être utilisé comme arme politique.

Votre client accuse le coup et parle de manipulation politique…

Nadir Kitatni est un homme politique engagé mais il est avant tout un père de famille sans histoire. Ce placement en garde à vue prolongée l’a profondément affecté. La manipulation politique pourrait résider dans la volonté d’instrumentaliser la police et/ou la justice pour écarter un élu que l’on juge indésirable ou trop subversif. Il faut rappeler que ces accusations ont été faites à un moment qui n’est en rien anodin. On se situe alors en pleine affaire « Merah ». On ne peut pas affirmer que l’ampleur considérable donnée à ces accusations soit totalement étrangère à ce « hasard » du calendrier. Ainsi, l’entourage s’est vu interroger  sur la pratique religieuse de cet élu…

Hanane Kaddour

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