« Ça, on n’a plus envie de le revivre, plus de matchs contre l’Algérie, contre le Maroc, contre la Tunisie au Stade de France. (…) N’organisons plus ce genre de match, comme ça, ce public sera privé de son équipe. » La phrase de Bernard Laporte après les sifflets accompagnant la Marseillaise en ouverture du match France-Tunisie, mardi 14 octobre, a fait sensation. Le secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports, en tenant de tels propos, a choqué. Certains y ont vu du racisme.

Alors, comme pour se rattraper, Laporte visite des clubs de banlieue et dialogue avec des jeunes. Comme ce mercredi à Saint-Ouen. Le ministre à l’allure élancée et au sourire éclatant est venu « rencontrer des jeunes du Red Star, âgés de 10 à 19 ans », lit-on dans le communiqué de presse. Pour appâter les journalistes, on promet des annonces. Des annonces sur fond de polémique. En voiture !

13 heures. Bernard Laporte est au rendez-vous. La police veille au grain. Caméras, micros, photos. Première déclaration du ministre : « Je n’étais jamais venu dans ce stade, à Saint Ouen. » Laporte sert des mains, pénètre dans l’enceinte du stade, suivie d’une meute médiatique. Toujours avec son sourire, il salue les jeunes venus débattre avec lui. La dizaine de « gars » présents (dont trois filles, fausse parité oblige !) portent le même survêt. Celui du club. « Vous, vous avez sifflé la Marseillaise ? », questionne Bernard Laporte. Réponse évidemment négative. Une morale s’impose : « Surtout, encourage le ministre, dites à vos copains de ne pas le faire, ce n’est pas les valeurs du sport. » Les jeunes face à lui acquiescent.

Mais un autre, plus âgé, attrape le ballon en plein vol : « Bah, vous proposez quoi, vous alors ? » Et Laporte de répondre : « Je suis contre le fait que tous les matchs se jouent à Paris. Ou sinon, je pense qu’il faut annuler le match si l’hymne est sifflé. » Le ministre a manifestement changé de disque dans l’intervalle d’une semaine. Les termes « Maghreb », « Algérie », « Tunisie », « Maroc » ont disparu. Volatilisés.

Les jeunes font marcher la boîte à idées. Chacun d’eux y va de sa proposition. L’un veut « supprimer les hymnes », l’autre préfère « supprimer les paroles et laisser les instruments ». Le ministre n’est pas d’accord : « Pourquoi supprimer les paroles ? Ce ne sont pas des paroles choquantes. » Et d’ajouter : « Moi, j’aime bien la Marseillaise ». Le débat est clos, le temps de Bernard Laporte est chronométré. Le communiqué l’avait précisé, « rencontre avec les jeunes : 15 minutes ». Juste le temps d’un « clic-clac, c’est dans la boite » avec le président du club.

Direction le terrain. L’ancien sélectionneur du Quinze de France retrouve la pelouse fraîche des stades. Avec ses chaussures et son costard de ministre, il se saisit du ballon. Un gamin est dans les cages. Le ministre sourit. Il tire. Buuuuuut ! Il sourit à nouveau.

Voici venu le moment le plus attendu de la visite : le point presse. Il durera plus longtemps que la rencontre avec les jeunes. Laporte déverse sur l’herbe ses tonnes de reformes à venir. « Je vais travailler avec Fadela Amara, pour son plan Espoir Banlieue. Je vais donner 30 millions d’euros aux associations, je… » On ne l’arrête plus. Les chiffres paraissent faramineux, mais ne sont en réalité qu’une miette de pain : 30 millions d’euros investis dans les infrastructures et les pratiques sportives, destinés à l’ensemble des banlieues françaises

Dernière question avant de lever le camp : « Monsieur Laporte, pour le Bondy Blog, est-ce que vous regrettez vos propos sur la délocalisation en province des matchs joués par la France contre les pays du Maghreb ? » Le ministre, éternellement souriant : « Je ne les regrette pas. Il y a déjà 8 matchs internationaux sur 10 de joués à Paris. Et puis, je n’ai pas parlé du Maghreb mais plutôt de matchs à risque. Que ce soit avec le Maroc, la Tunisie ou l’Algérie. » Puisqu’il le dit.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah (avec Widad Kefti)

« T’as pas sifflé la Marseillaise, hein ? Autrement on n’est pas copains »


Bernard Laporte au Red Star 93
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Chou Sin

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