Dans cette commune des Hauts-de-Seine, la mairie a décidé de baisser d’un tiers la subvention dédiée à la MJC de Colombes. Révoltés, des parents se sont déplacés au conseil municipal pour exprimer leur désaccord.
« C’est en période de crise qu’il faut doubler le budget de la culture » peut-on lire sur une pancarte portée par une mère de famille devant la mairie de Colombes (92).
Cette citation de Victor Hugo illustre bien l’état d’esprit des Colombiens présents vendredi 10 avril. À partir de 18h30, près de 200 d’entre eux se sont rassemblés devant la mairie de Colombes (92) avant le début du conseil municipal, pour marquer leur désaccord contre la réduction d’un tiers de la subvention publique allouée à la MJC de Colombes. De 965 000 euros annuel, celle-ci va être abaissée à 650 000 soit 315 000 euros de moins. Déjà, la semaine dernière, une pétition a été lancée et recueille pour l’instant 2380 signatures.
Daniel Robert, président de la MJC est inquiet. « Avec 315 000 euros en moins, ca va être extrêmement compliqué de maintenir les emplois et les activités telles qu’on les connaît aujourd’hui ». De plus, une telle décision était inattendue, et ne laisse pas le temps d’envisager une stratégie d’autofinancement. « Le problème c’est que ça a été annoncé de façon abrupte, alors qu’on a toujours été ouverts au dialogue ». Valérie Mestre, présidente de la structure abonde dans ce sens « on a un budget à peine équilibré, donc forcément, il va y avoir des coupes ».
Même son de cloche chez les bénéficiaires. Rosette, 70 ans est adhérente de la MJC de Colombes depuis sa construction en 1966 et en a été la présidente. Cette structure est familiale et profondément ancrée dans la vie des Colombiens « Mes enfants ont fait les activités de la MJC, et aujourd’hui j’y emmène mes petits enfants. Cela fait partie de notre ville, et c’est un établissement essentiel sur le plan culturel ». Pour elle, une telle amputation budgétaire témoigne de la volonté de mettre à mort l’association. « Une baisse dans le contexte actuel, on peut comprendre, mais dans de telles proportions c’est impossible ».
De son côté, Sophie Marron, habitante de Colombes depuis 39 ans, a toujours profité des services de la MJC. Elle défend « des activités variées à un prix abordable ». Enseignante élevant seule ses deux enfants, elle craint une augmentation du coût des cotisations. Elle vit dans un quartier résidentiel, et travaille dans un établissement « socialement mixte ». Pour elle, cette mixité est importante : « Colombes est une ville très hétérogène. La MJC est un endroit où les populations se rencontrent, contrairement aux associations de quartier ».
La lutte est plus large, et c’est la politique de Nicole Goueta, maire UMP de la commune, concernant la vie associative qui est mise en cause. La présidente de « la lumière de Colombes », structure située aux fossés Jean prend le micro « On a subi une réduction des deux tiers de nos subventions. On ferme fin juin. C’est un choix très grave d’éteindre la lumière ».
La foule est compacte et déterminée, et à l’heure du conseil municipal, les élus sont forcés de jouer des coudes pour atteindre l’hôtel de ville et siéger. Les manifestants décident alors d’entrer. Les agents de police municipale sont obligés de fouiller un par un les sacs. La salle du conseil est bien trop petite pour accueillir tout le monde, et les places assises sont rapidement occupées. Debout, les manifestants ne se privent pas pour commenter les interventions des élus. L’un d’entre eux, chiffre à l’appui, annonce une baisse importante de la dette de la ville. Quelques applaudissements se font entendre, ainsi que des remarques ironiques « oooh c’est bien, vous méritez une médaille en chocolat ».
Lorsqu’est abordée la question du réarmement de la police municipale, la foule devient plus bruyante. Les conseillers municipaux sont hués. « Vous avez raison, c’est plus important que la culture », lance une femme. L’un des conseillers rappelle et cite l’article 18 du règlement intérieur qui stipule que « le public doit observer et se taire ». Il se voit rétorquer « c’est la maison du peuple ici ».
La maire de Colombes reste de marbre et préside la séance comme si de rien n’était. Elle ne semble pas vouloir revenir sur la décision qui provoque la mobilisation. Les désaccords entre cette dernière et la MJC ne datent par ailleurs, pas d’hier. En 2005, lors de son premier mandat, elle voulait transformer l’espace de restauration du théâtre pour en faire une cantine municipale, ce qui avait provoqué une mobilisation de 2000 personnes.
Contactée par la rédaction, Nicole Goueta a indiqué que son agenda ne lui pemettait pas de nous recevoir dans les prochains jours. Elle nous renvoie donc à une lettre ouverte aux Colombiens, adressée avant le conseil municipal, où elle parle de « mesure de justice sociale » déclarant que malgré cette baisse d’un tiers des subventions, « elle reste de loin la MJC la plus subventionnée de France« . Elle y ajoute que cette dernière touchait jusqu’ici près d’un quart des 4 millions d’euros versés aux associations par la municipalité chaque année.
 
Mathieu Blard

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