En tant que « jeune » rencontré par Bernard Laporte lors de son passage au Bondy Blog le soir du match France-Tunisie, j’ai été invité, par son cabinet, à le suivre lors d’un déplacement à l’étranger. C’était il y a dix jours, en l’occurrence au Québec, à l’occasion du sommet de la Francophonie. A peine sorti des sifflets du Stade de France, le secrétaire d’Etat à la jeunesse et aux sports allait prendre l’air de la Belle Province, avec une mission bien précise : pêcher les bonnes idées des Canadiens en matière d’autonomie des jeunes, notamment dans le domaine de la mobilité internationale.

Qu’est ce qu’on découvre au Québec ? Moi, rien. J’y suis déjà allé l’année dernière, cinq mois. Souvenez-vous, Müvmédia, Télé Québec, mes reportages… Nostalgie du temps des cerises… Les jeunes Français rencontrés sont toujours les mêmes : super heureux d’être partis. Pas forcément parce que le plateau des 360 fromages les débecte, mais essentiellement parce que loin de la France, les opportunités sont plus grandes, enfin c’est ce qu’il leur semble.

Lors d’un petit déjeuner à la maison du consul de France à Québec – assez sympa, avec plein de plateaux de crêpes Suzette, qu’aucun de mes voisins n’a pu gouter, un des membres du cabinet s’en plaindra d’ailleurs au ministre – des jeunes étudiants français ou en formation ne se sont pas gênés pour le faire savoir : « J’ai un bac+5, en France je n’étais rien. Ici, dans mon travail, j’effectue des tâches qu’on ne m’aurait jamais laissées approcher au pays », clame un compatriote qui travaille dans une soufflerie de verre.

« Ici, on fait moins de stage photocopie ou machine à café », témoigne une autre. « Histoire de l’art, ça fait sourire les recruteurs en France, or aux Amériques, avec un cursus en histoire de l’art, on peut être recruté dans des secteurs comme la finance, enfin peut-être pas en ce moment, s’agissant de la finance… » Pour sûr, un tout jeune sorti de l’école sans diplômes a plus de chance de s’en tirer au Québec, qui a un taux d’insertion professionnelle de 48%, bien supérieur à celui de la France. Pourquoi ? Au Québec il y a du boulot, déjà. La crise financière n’y change rien, l’emploi a jusqu’ici résisté au choc, et certains secteurs ont toujours autant faim de bras ou de cerveaux.

Le président de l’Office Franco-Québécois de la Jeunesse (OFQJ) donne une autre explication : « Ce n’est pas une critique mais il semblerait qu’en France, il y ait une organisation et une hiérarchisation du travail beaucoup moins favorable aux jeunes, contrairement ce qui prévaut au Québec. » Désolé d’être juge et partie, mais je confirme : au Québec – où je suis une star d’ailleurs, on m’a reconnu deux fois, peut-être parce que l’OFQJ avait des billes dans l’aventure Müvmedia, on m’a mis une caméra dans les mains pour faire des reportages avec pour seule expérience vidéo le goûter d’anniversaire de ma petite sœur. Et le secrétaire d’Etat, il en pense quoi ? « Il faut faciliter l’installation des Français à l’étranger bien qu’en même temps, on doive agir en France pour que plus personne ne se sente obligé de partir. »

En marge du sommet de la Francophonie qui s’est tenu cette année à Québec (la ville fête ses 400 ans), des accords entre les gouvernements français et québécois ont été signés pour reconnaître certaines équivalences dans différents corps de métiers. En attendant qu’ils soient effectifs, ne vous imaginez pas débarquer au Québec avec votre diplôme d’assistante sociale et exercer tout de suite une profession. Quand on est immigré, il y a toujours un petit temps d’adaptation chez McDo…

Idir Hocini

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