« J’espère que ça ne va pas être comme la dernière fois », me lâche une quinquagénaire tout sourire. J’attends patiemment le début du premier conseil municipal à Montreuil, au pied d’une de ces statues qui m’a toujours fait penser à celle de l’ouvrier modèle russe. « La dernière fois », c’était le 22 mars, le soir de la passation de pouvoir entre le maire sortant Jean-Pierre Brard et Dominique Voynet.

Ce jour-là, l’ancien maire qui s’attendait à effectuer son cinquième mandat, aurait réuni ses partisans dans la salle du conseil, troublant la nomination de la nouvelle maire. Les premiers visés à leur entrée furent les élus PS s’étant ralliés à la liste de Dominique Voynet. L’un d’eux, sans amertume, m’affirme s’être « fait virer du parti, mais maintenant que nous sommes élus, ils sont bien contents de nous avoir ».

Je me prépare donc à un premier conseil municipal dynamique, pour ne pas dire mouvementé. La salle, d’un charme désuet et dénudée, commence à se remplir peu avant le début de la séance, à 20 heures. Jean-Pierre Brard, siégeant dorénavant en simple conseiller arrive quelques minutes avant. Pris d’assaut par une journaliste, il lui demandera quelques secondes le temps de poser ses affaires et « d’essayer de trouver sa place ». Je me risque à une photo du conseil dans son ensemble, mais définitivement il manque quelqu’un. Cette personne est en fait derrière moi et attends que je termine. « Bonsoir », me dit Dominique Voynet.

Le conseil peut commencer. Une centaine de personne sont venues y assister. Difficile de dissocier les habitués de ceux venus voir le choc des titans. Tandis que mon voisin de gauche entonne l’Internationale, celui de droite affirme : « Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de monde. Cela ne durera pas, on en reparlera dans six mois. »

La salle du conseil s’orne des bijoux républicains. Marianne entourée de trois drapeaux domine la situation sur une scène aux côtés d’un grand écran d’où sont retransmises les images. Les 53 conseillers municipaux sont disposés sur un plan carré, comme pour un banquet. On attend le spectacle au milieu, mais en vain.

Les premiers ordres du jour sont votés. La liste est longue, ils sont au nombre de quarante. Le conseil doit statuer principalement sur la désignation de délégués, la fixation des indemnités du maire et des adjoints, la création d’emplois et l’attribution de subvention. Quand l’opposition ne s’abstient pas en bloc, la majorité des ordres du jour sont votés à l’unanimité.

Le député Jean Pierre Brard siège en bout de table, sur la même rangée que les onze conseillers (y voir une symbolique religieuse serait malvenu) issus de la liste Montreuil en plein élan. S’ils incarnent l’opposition, chaque fois que l’un d’eux s’exprime, le grand écran nous précise, comme pour mieux enfoncer le clou, qu’il est issu du parti de la minorité.

Il faut attendre une demi-heure avant que l’ancien maire se décide à prendre la parole. Il revient alors sur les observations de la chambre régionale des comptes faites sur le budget de la commune lors de ses précédents mandats. Les accusations de la contrôleuse des finances sont lourdes : « écriture comptables hasardeuses », « avancement de fonds hasardeux », « violation du principe du budget public ». Le conseil serait-il en train de se transformer en tribunal ?

« Merci Madame la sénatrice maire », commence Jean-Pierre Brard. Le budget de la ville a été redressé ces dernières années, à ce propos « je voudrais m’en féliciter ». Et s’adressant au rapporteur du dossier : « Mais ceci vous ne l’avez pas précisé Monsieur Gaillard [en cherchant son nom au dos de sa feuille], certainement pour ne pas être trop long dans vos propos. » La salle rit. Définitivement l’éloquence des parlementaires n’est plus à prouver. Nous attendons la suite comme un extrait du Zapping de Canal Plus.

La suite fut bien triste en ce sens. Hormis quelques petites pointes de Jean-Pierre Brard rapidement remis en place par la nouvelle maire qui lui reprocha, à la suite d’une attaque personnelle, « ce genre de comportement grandiose », pas grand-chose à se mettre sous la dent. D’autant plus que le conseil a voté un règlement intérieur, comme à l’école. Le maire pourra désormais couper la parole à un conseiller qui se montre trop violent ou hors sujet. Voilà de quoi faire taire les plus bavards.

Il est 23h30, le conseil se termine enfin. Je commençais à additionner l’article R 212-26 avec le L 2121-10 pour m’occuper. Je repars avec une déclaration de l’ancien maire qui m’affirme ne pas vouloir se lancer dans une opposition farouche, mais plutôt dans une optique constructive. Me voilà rassuré pour l’avenir de Montreuil. Mais au moment de descendre, un vieux monsieur, qui s’est amusé à me faire deviner ses 87 ans, m’invite à méditer ces paroles : « En politique, il faut attendre et puis voir se qui se passe. » Alors, espérons que ce ne soit pas comme « la dernière fois ».

Adrien Chauvin

Adrien Chauvin

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