MUNICIPALES 2014. Jeudi 30 janvier, Patrice Bessac, candidat du Front de Gauche, et Manon Laporte, candidate UMP-UDI-Modem, se sont réunis dans une école du Haut Montreuil pour un débat dans le cadre des prochaines municipales. Reportage.

Les deux candidats ont décidé de se rencontrer, presqu’à l’abri des regards. En effet, seuls leurs sympathisants et proches sont invités à la soirée. Si les outsiders ont besoin de se faire connaître, pourquoi ne avoir pas diffusé l’information plus largement et ainsi dépasser la petite centaine de partisans réunis dans une école de 19h à 21h un jeudi soir ? « C’est un souhait de l’équipe de Manon Laporte » m’indique un proche de Patrice Bessac, occupé à l’organisation. Ça aurait été peu élégant pour elle et son parti de se retrouver dans une salle acquise à la gauche, selon lui. Pourtant, les applaudissements, ce soir là, sont plus nourris après les propos de la candidate de droite.Une petite centaine de personnes a fait le déplacement et s’est gentiment placée dans la salle en fonction de ses convictions. Même nombre de participants à droite et à gauche.

La première heure est consacrée aux enjeux nationaux. Deux soutiens des candidats s’étripent politiquement sur la théorie du genre et les manifestations – « ce sont des questions de journalistes » bougonne mon voisin de gauche -, la dépénalisation du cannabis – « rien à voir avec les municipales, on est à Montreuil là ! » commente-t-il. Partisan d’aucun des deux candidats, Christian, 66 ans explique : « Je suis venu ici pour me faire une idée, mais je n’ai pas encore choisi. J’aurais voulu comprendre pourquoi il y a deux candidats du Front de Gauche. » Je l’entends plusieurs fois trépigner sur les réponses des candidats. Le sexagénaire s’en va dès la fin du débat, pas très convaincu. Mais c’est promis, il va continuer à se renseigner sur les programmes des uns et autres.
A gauche aussi, les participants commentent le manque d’ancrage local du discours des candidats, quand Manon Laporte évoque la question de la sécurité, qui serait la priorité des Parisiens, selon un sondage.  « Non, à Montreuil, c’est l’emploi et le logement » précise une femme, à ma gauche.

La seconde heure est dédiée aux questions locales, celles qui feront la différence, même s’il semble que la majorité des futurs électeurs a fait le choix de son bulletin de vote. A ma grande surprise, un certain consensus se lit dans les positions des candidats. Ce débat aurait dû être le lieu de l’affirmation des propositions de chacun. Et qui mieux que son supposé opposé peut mieux les mettre en exergue ?

Place à la réalité du terrain donc, qui semble être plutôt celle de la droite : sécurité d’abord. L’équipe de Manon Laporte aurait-elle mieux réussi à imposer l’agenda de la rencontre ? Sur ce thème,  les deux candidats promettent d’augmenter les effectifs de la police municipale. Manon Laporte occupe le terrain : elle dispose d’un devis sur la pose de caméras de surveillance (200 000 euros pour douze caméras) et surtout promet qu’elle sera elle-même en charge de la question de la sécurité. A l’en croire, la sécurité de se délègue pas.

Patrice Bessac se dit, lui, favorable à une expérimentation, pour ensuite se positionner, arguant que ce type d’équipements présente deux inconvénients : un coût élevé et peu de résultats. Sa mesure concrète : un rendez-vous hebdomadaire entre le commissaire de Montreuil et l’élu en charge de la sécurité, parce qu’il ne faut pas attendre que les choses s’enveniment sur le terrain.

Sur la fiscalité, les deux candidats font le même constat : elle est trop élevée. En effet Montreuil affiche un des plus hauts montants de taxes d’habitation en France (1200 euros en moyenne en 2013). Evidemment, aucun ne propose de les augmenter. Patrice Bessac, « soucieux de la gestion des deniers publics », s’engage à faire comme Sarkozy : proposer à un élu issu de la minorité municipale de présider la commission des finances.

Autre sujet abordé : le développement économique. Là encore, les deux candidats se rejoignent sur plusieurs propositions : comme celle de créer un « business club » côté Front de Gauche et un « forum ville entreprise » côté UMP-UDI-Modem ou de poursuivre (sans le nommer) le travail de l’équipe de Dominique Voynet sur la création de la marque Made in Montreuil, destinée à aider le développement de l’artisanat sur la commune.

Sur la question des associations, 470 pour les 103 000 habitants dans la deuxième ville de Seine-Saint-Denis, Manon Laporte avance cachée. Dans une même intervention, elle se questionne sur l’utilisation de 7 millions d’euros finançant les associations et se demande où trouver 4 à 6 millions pour « doper l’économie ». L’un peut-il remplacer l’autre ?
Enfin, la jeunesse aura été abordé sous deux angles : le chômage et la délinquance. Pas très positif pour un cinquième de la population montreuilloise ! Certes, le candidat du Front de Gauche donne l’exemple d’une Académie de Montreuil, où les jeunes pourraient apprendre les codes, s’affranchir des barrières mentales et sociales pour accéder à certains postes ou établissements universitaires études, qui leur sont aujourd’hui fermés.

En plus de taper de concert sur la politique du gouvernement actuel, Manon Laporte et Patrice Bessac se rejoignent sur plusieurs propositions et le choix des sujets abordés. Un coup d’essai, dont on ne sait pas s’il se reproduira. En tous cas, les quelques participants, non encartés à droite comme à gauche, en redemandait, comme cette maman de 35 ans pour qui la sécurité, les jeunes, l’éducation et les rythmes scolaires sont des enjeux importants.

Bouchra Zeroual

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