« Nous, amis, proches et membres de la famille de Djamel Kelfaoui, tenons à vous interpeller personnellement, afin que toute la lumière soit faite sur la dramatique affaire ayant causé la mort d’un innocent. » C’est par ces mots que débute cette lettre datée du 13 novembre. Son destinataire : le président algérien Abdelaziz Bouteflika. Trois jours plus tard, le procès tentant de faire la lumière sur la responsabilité d’un officier supérieur de l’armée dans la mort de Djamel Kelfaoui s’ouvre au tribunal militaire de Béchar. À la barre, Soufiane Ben Amar comparaît pour un acte fatal qui a prématurément achevé la vie d’un homme le 22 mai dernier à Laghouat.

Djamel Kelfaoui, Bondynois originaire de Blida, se trouvait à 430 kilomètres au sud d’Alger pour y tourner la seconde partie d’un documentaire consacré au chanteur de raï Cheb Hasni, abattu en 1994 à Oran, dans des circonstances que personne n’a jamais vraiment cherché à élucider.

Ce n’est que le 10 novembre dernier, soit six jours avant l’ouverture du procès, que la famille de Djamel, qui était résidant en France, reçoit la convocation du tribunal de Béchar. Le père du défunt se rend précipitamment sur place. Immobilisée pour cause de santé, la mère de Djamel se résigne à suivre le procès à distance, depuis son lit d’hôpital.

Cinq mois se sont écoulés depuis la disparition de Djamel Kelfaoui. Le jugement qui fera éclater la vérité sur cette affaire, les proches de Djamel l’ont attendu avec impatience. L’audience s’ouvre le 16 novembre et dure une journée. Depuis Bondy, les amis de Djamel passent des coups de fil en Algérie pour en suivre l’avancée. À la fin de l’audience M. Kelfaoui père ainsi que l’un des cousins de Djamel, témoin ayant assisté à la scène d’altercation, estiment avoir été écoutés « avec considération et respect par le juge ». Le tribunal leur donne rendez-vous le 7 décembre, pour le verdict.

Un verdict dur à entendre pour la partie civile. Le tribunal militaire de Béchar condamne Soufiane Ben Amar à dix-huit mois de prison avec sursis. Griefs retenus : simples menaces verbales. La violence physique dont a fait preuve le miliaire le jour de l’altercation ayant entraîné la mort de Djamel Kelfaoui a été balayée d’un revers de main par le juge. Le coup asséné par Soufiane Ben Amar au thorax de la victime n’est donc pas reconnu, malgré les témoignages directs de deux personnes.

La famille Kelfaoui et les avocats attendent la notification par écrit d’un jugement très en dessous des attentes, avant d’envisager d’éventuels recours devant la justice. De son côté, le Collectif de Djamel réclame la révocation de l’officier de l’armée. Il envisage des rassemblements publics de protestation à Paris si des manœuvres dilatoires continuent à entraver l’accès au dossier et d’obstruer l’établissement de la vérité sur ce qui s’est passé.

Hanane Kaddour et Mogniss H. Abdallah

Photo : Djamel Kelfaoui, au centre, à la rédaction du Bondy Blog, en décembre 2008, lors de la projection de la première partie de son documentaire consacré à Cheb Hasni.

 

Hanane Kaddour

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