Adjointe au maire déléguée à la Jeunesse, conseillère régionale et enseignante universitaire, Nadia Azoug, 49 ans, n’entend plus composer avec la majorité. Un pas de côté, pour un « Pantin en avant ». Rencontre.

Militante associative très engagée, Nadia Azoug n’entre dans la politique que récemment. Il y a six ans en fait, sur la liste du maire sortant Bertrand Kern. Mais n’allez pas croire que cette fille de membre de la 7e wilaya est socialiste ou adhèrente au PS, quiLe représente majoritairement cette liste. Non, Nadia Azoug a choisi les Verts pour son entrée en politique, le parti dont elle se sent le plus proche, notamment dans sa « proximité avec les habitants ».

En 2008, à Pantin, c’est une gauche unie qui se présente derrière Bertrand Kern. La tête de liste socialiste est d’ailleurs élue et les Verts obtiennent 8 places au Conseil municipal, dont Nadia Azoug, chargée de la jeunesse. C’est donc une jeune femme politique que je rencontre ce lundi, dans un café qui fait face à la mairie de Pantin, la quarantaine triomphante, le sourire aux lèvres et un original manteau vert pétant, qu’elle me jure avoir « acheté avant la campagne ! ».

Le premier contact est bon, la candidate est combattive et offensive et expose les raisons de formation de cette liste Europe Écologie les Verts, en plus de la liste PS, du maire sortant. Sa candidature est d’abord le fruit d’ « énormes réflexions avec les copains du groupe local sur la base d’un mandat positif ». De plus, Nadia Azoug revient sur le bon accueil des Pantinois face à sa liste et insiste sur le manque de reconnaissance des écolos, sur le « travail d’hommes et de femmes de l’ombre », malgré des mesures ambitieuses mises en place sous leur impulsion depuis des années.

C’est une vision neuve de la politique qu’expose Nadia Azoug, loin de la théorie du tous pourris, en vogue actuellement dont elle souhaite d’ailleurs se détacher et qui porte son engagement. Consciente que Pantin a longtemps été « un laboratoire de la collaboration entre PS et Verts », Nadia Azoug critique la réaction de la majorité en place à l’annonce de sa candidature. « On a l’impression de leur fait de la peine ! Les Verts n’existent pas que selon l’image du PS, on a une identité propre à défendre. On s’est dit qu’à Pantin, il n’y avait pas de risques que la droite passe et on voulait donner l’opportunité aux Pantinois de redonner place au politique, que la démocratie vive ». Tout un programme. Agir plutôt que subir une élection. « On veut donner une voix à toutes les formes de gauche pour ce premier tour, on prend peut être le risque de donner une tribune plus importante au Front de gauche, mais je suis prête à prendre le risque ».

« Pourquoi je changerais maintenant que je suis élue ? »

Au fil de notre entretien, je sens une femme déçue du rapport aux habitants des socialistes en place à Pantin depuis de longues années. C’est une idée claire de la démocratie qui a formé la pensée de celle qui a travaillé des années dans les camps de réfugiés de pays en guerre, une idée historique de la cité et de l’agora. « Pour nous, la démocratie n’est pas seulement de consulter la population de temps en temps sur la couleur de tel ou tel bâtiment. Le savoir c’est le pouvoir ». En effet, Nadia Azoug critique également l’opacité de l’action politique de manière générale, alors qu’elle n’a plus lieu d’être dans la politique 2.0. Nadia Azoug est également une des fondatrices du festival Y’a de la banlieue dans l’air et de Génération Banlieues et poursuit en me demandant « Pourquoi je changerais maintenant que je suis élue ? ».

Ce besoin d’agir, cette envie d’agir sont palpables. L’ambition est claire pour dimanche, la phase de prise de conscience est terminée et Nadia Azoug s’enflamme avec un « Pourquoi pas nous ! ». L’écologie des solutions, l’écologie urbaine sont définies, loin du cliché de l’idée même d’écologie. L’humanité est au centre de l’engagement de l’écologiste, qui cite Amin Maalouf, et son humanisme du divers.

Sur la situation générale d’EELV, au niveau national, Nadia Azoug croit à une période charnière dans les années à venir, dont les « élections municipales pourraient être le levier ». Elle revient sur les consignes nationales d’EELV qui avait demandé de « présenter des listes citoyennes dans toutes les villes de plus de 45000 habitants ». Quand je lui demande son avis sur les alliances dès le premier tour Verts-PS, elle me dit simplement « Nous on a fait le travail ». Les maîtres mots du mandat de maire de Nadia Azoug seraient communication, concertation, discussion et coopération avec sa population. À la fin de notre rencontre, j’apprends que je fais face à une marcheuse de 1983 et son avis est clair, « les pouvoirs publics de l’époque n’avaient pas intérêt à nous filer la parole ».

Une dernière attaque au PS est lancée, un parti qui a une « capacité réelle de récupérer à la fin tout ce qui a été fait par les autres » avec l’exemple du Relai restaurant, ouvert à Pantin, projet porté par l’actuelle sénatrice écolo Aline Archimbaud mais dans l’inauguration fut réalisée par le maire actuel. Concernant l’abstention, qui pourrait être de nouveau le premier parti de France ce dimanche, Nadia Azoug dit vouloir faire avec et parlent des « méthodes utilisées qui génèrent de l’abstention », elle préconise de faire avec le dégout de la politique et de le prendre en compte pour le combattre avec des idées neuves.

« Je n’ai rien à perdre et je suis joueuse. Ils perdent tout eux ! ». Par eux, comprenez les professionnels de la politique, que Nadia Azoug semble tant apprécier. En tout cas, la conseillère municipale a le mérite d’être claire dans une ville qui est dirigée par le même homme depuis 2001.

Jonathan Sollier

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