Alors que 2012 sera une année électorale décisive pour l’avenir du pays, la campagne du gouvernement pour inciter à s’inscrire sur les listes a été minimaliste. Comment l’expliquez-vous ?
Jusqu’à présent, l’usage républicain voulait que le gouvernement sortant, quelle que soit sa couleur politique, organise des campagnes importantes d’incitation à s’inscrire sur les listes électorales pour qu’un maximum de Français puisse voter à l’approche d’une échéance importante comme l’est l’élection présidentielle de mai prochain. Mais, cette année, à deux jours de la clôture des inscriptions sur les listes électorales, on n’a vu aucune campagne digne de ce nom. Ça ce remarque une campagne d’ampleur. Normalement, vous voyez des affichages, des spots télé, vous entendez des spots audio. Rien de tout cela n’a été fait. On s’est contenté d’envoyer des dépliants aux mairies.  C’est ce qu’on appelle le service minimum. C’est un véritable problème car les non-inscrits sont nombreux aujourd’hui dans la société française.  Il y a notamment beaucoup de jeunes pour qui le vote est quelque chose d’assez nouveau. Tout ce travail d’incitation et de pédagogie n’a pas été fait. Et comme il nous semble que le gouvernement fait rarement les choses par hasard, on peut penser qu’il a une idée précise derrière la tête…

Le gouvernement mise-t-il délibérément sur l’abstention ?
Disons que faire vivre la démocratie n’est manifestement pas la première préoccupation du gouvernement. Faire que tout le monde puisse s’exprimer en mai prochain ne semble pas être sa priorité. Pourtant, habituellement, le gouvernement et le Président de la République ne lésinent pas sur les dépenses de communication, parfois d’ailleurs pour mettre en lumière des sujets d’un intérêt très relatif. À tel point que la Cour des comptes a dénoncé certaines dérives, notamment concernant le budget communication de l’Elysée. Pour donner un autre exemple précis, le gouvernement a dépensé plus de 4 millions d’euros pour communiquer autour de sa réforme des retraites alors que celle-ci était déjà adoptée. 4 millions d’euros pour cela contre seulement 180 000 euros pour promouvoir la citoyenneté. Il y a deux poids, deux mesures. Est-ce une stratégie délibérée ? Comme par hasard, les Français qui ne sont pas encore inscrits sur les listes électorales sont souvent issus des classes populaires. Ce sont les plus touchés par la crise, ceux qui ont d’autres préoccupations que de s’inscrire spontanément sur les listes électorales. Les plus jeunes également. Bref, tout ceux qui ont de bonnes raisons d’en vouloir au gouvernement et de remettre en cause la politique de Nicolas Sarkozy. Et s’ils accédaient aux urnes, ce serait très probablement pour sanctionner la politique du Président.

Le PS n’a-t-il pas trop tardé à sonner le signal d’alarme ?
Mon communiqué date seulement du 26 décembre. Mais mon communiqué n’est qu’une alerte parmi d’autres, comme en témoigne les propos de François Hollande à Mantes-la-Jolie, il y a quinze jours, où il a justement effectué un déplacement pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales. Certaines associations comme ACLeFeu ont également tiré la sonnette d’alarme. Le problème, c’est que nous vivons dans un monde de l’actualité immédiate. Et c’est vrai qu’on prend mieux conscience des choses lorsqu’on est à deux jours de la clôture des inscriptions qu’avant.

Le PS n’a-t-il pas aussi une part de responsabilité dans l’abstention, notamment celle des classes populaires ?
Je crains, en effet, une abstention forte des classes populaires. Je crains aussi des votes en faveur de partis moins républicains que le nôtre. La vérité c’est que les classes populaires ont, à l’égard de la droite comme de la gauche, une forme de désespérance. Dans les quartiers, lors des élections intermédiaires, j’ai souvent entendu cette remarque : « La droite, la gauche, c’est la même chose ! Ils ont tout essayé. Rien ne marche ». Au fond, il y a le sentiment que la politique est devenue impuissante. Mais ce sentiment c’est surtout Nicolas Sarkozy qui l’a installé ces cinq dernières années. De fait, il a été impuissant : impuissant face aux marchés, impuissant face à l’Europe, impuissant face aux banques. Et les gens ont un peu tendance à mettre la gauche et la droite dans le même panier.

Les politiques semblent tout de même avoir de moins en moins de prise sur le cours des choses. Sont-ils toujours au-dessus des forces financières ?
À  gauche, je crois qu’on ne pourra pas nous faire ce procès de l’impuissance car nous avons un projet extrêmement concret : pour relancer la croissance, pour réindustrialiser la France, pour recréer des emplois… Nous sommes très concrets sur ces questions. On n’est pas du tout dans cette espèce de fatalisme qui gouverne aujourd’hui la droite, où, en gros, c’est le marché qui décide et où les politiques se contentent de faire des cures d’austérité. A gauche, on a, au contraire, un vrai programme de relance de la croissance. Simplement, on ne le fait peut-être pas assez connaître auprès des classes populaires précarisées qui doutent. Notre défi c’est d’aller leur parler et de nous faire entendre par elles.

Justement, Ségolène Royal, dont vous êtes très proche, avait su nouer un lien particulier avec l’électorat populaire, notamment les jeunes des quartiers. Pensez-vous que François Hollande sera capable d’en faire autant ?
Oui, car François Hollande ne fait que les promesses qu’il sait pouvoir tenir. Et lorsqu’il va s’adresser aux ouvriers dans les usines et qu’il leur dit que nous  allons réindustrialiser la France, recréer des emplois, c’est parce qu’il sait comment nous allons faire pour y arriver. Pour les jeunes des quartiers populaires, c’est exactement la même chose que pour  les ouvriers dans leurs usines. Il faut arrêter de les infantiliser, de les considérer comme des cibles électorales plus bêtes que d’autres, à qui il faudrait faire des promesses toujours plus belles pour remporter leurs votes.  Les habitants des banlieues sont particulièrement lucides sur la situation économique et sociale de la France et sont demandeurs d’un discours crédible, d’un discours tenable. Ils veulent entendre des engagements dont ils sentent qu’ils seront tenus. Ce qui caractérise François Hollande depuis le début, et c’est sur cet angle là qu’il a remporté la primaire, c’est  l’équilibre entre la nécessité de donner de l’espoir et en même temps de ne promettre que ce que l’on pourra tenir. Dans les banlieues, comme ailleurs, on veut entendre ce discours de vérité.

Alexandre Devecchio

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