MUNICIPALES 2014. Si Jean-Marc Ayrault brille au gouvernement par son impopularité, dans son fief nantais, il est presque vénéré. La cité des ducs se prépare pourtant à faire sans celui qui a été maire à quatre reprises. Ambiance.

La place Royale n’est pas vide ce soir-là. Les terrasses sont encore pleines des Nantais venus siffler leurs derniers verres, ou leur troisième bouteille. La devanture du bar principal, dont les lettres en néon font danser les ombres des clients, projettent leurs silhouettent sombres sur le sol. Au milieu de cette frénésie, un jeune couple semble seul au monde. Allongés à même le sol, la fontaine qui leur fait dos ne jaillit plus. Ce soir-là, rien ne semble entacher la douce euphorie qui s’est emparée des Nantais.

Il fait bon vivre dans la ville d’Ayrault. C’est en tout cas ce que me confie Christophe, dont le père se présente sur une liste Front de gauche : « Je ne me verrais vivre nulle part ailleurs. Ayrault est une figure pour nous, il a contribué à l’émergence de cette ville, il lui a donné son identité. Je voterai à gauche bien sûr, et mes amis aussi. C’est important pour nous que notre ville ne bascule pas à droite. »

Dire que Jean-Marc Ayrault a contribué à l’émergence de la ville n’est pas vraiment le terme exact. La ville suinte le Premier ministre. Le tramway, qui relie le centre-ville aux quartiers comme Bellevue, Les Lauriers où encore Malakoff, c’est lui. Moins de quinze minutes de distance, mieux que Saint-Denis/Paris. Le label Capitale verte, ce prix qui récompense les actions environnementales de la ville,  a été décerné à Nantes, une première pour une ville française.

Transport collectif en masse, soit 15% des déplacements effectués en transport en commun. C’est encore lui. L’émergence de la culture, à travers la mise en place d’espaces culturels comme La Fabrique, boosté par la création de festivals et le regain du tourisme ? Monsieur Ayrault.

Un doux tableau. Quelques peu nuancé par la propriétaire du salon de thé qui me tend une brochure de la candidate Laurence Garnier, tête de liste de l’union de la droite et du centre : « En  termes d’insécurité, je ne suis pas vraiment rassurée, vous savez. Ah oui, oui, vraiment pas. Donc bon, elle est pas mal, cette jeune femme, elle en parle un peu dans son programme … Je pense à mes filles, là elles sont jeunes mais elles grandissent vite et si les socialistes sont encore là dans dix ans… Je vous raconte pas ! » Son rire est nerveux, un peu étouffé. « Parce que ça fait vingt-cinq ans qu’ils sont là, quand même, ça commence à faire beaucoup ! »

Il ne pleut pas encore sur Nantes mais son ciel rend quelques cœurs chagrins. Ou pas.

Hadjila Moualek

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