Elle est sympa NKM, comme on l’appelle. Déjà, c’est une femme plutôt jeune ce qui est non négligeable en politique. À 42 printemps, elle est loin des 70 balais d’un Juppé. Elle a un côté Rock n’Roll. D’ailleurs, sur le zinc du Murat, elle se laisse aller à un galopin. Hors antenne, elle blague avec les blogueurs et se lance dans un passionnant débat sur les merguez. L’édito d’Idir Hocini la compare à Joey Starr, à cause de l’acronyme NTM proche du sien. Et puis, elle a un côté globe-trotter. La traditionnelle photo diffusée sur le plateau la montre à 20 ans, en Asie (en Birmanie peut-être, mais elle n’est plus très sûre), sans casque sur un scooter. Elle a pas mal voyagé pendant ses études. Elle a fait de l’humanitaire, plus précisément « vétérinaire sans frontières ». Comme Joey, elle n’a pas peur de monter au clash. Sarkozy en a fait les frais. La seule différence, au final, c’est qu’elle fait du rap de droite.
« Il n’y a pas de désamour de la politique, il y a un désamour des politiques »
Sujet cher au Bondy Blog, le désengagement des Français de la politique arrive vite sur le tapis. Pour NKM, il faut préciser. Même si dans certains départements de France, l’abstention est à 70 %, elle pense que les Français aiment cette thématique, et affirme : « il n’y a pas de désamour de la politique, il y a un désamour des politiques », et d’ajouter « quand vous lancez des sujets politiques il y a de la passion ». Elle a certainement raison, mais cela ne remplit pas les urnes les dimanches d’élection. Interrogée sur sa fronde, qui montre aussi les points de frictions internes des organisations de gouvernement, appelées à rassembler dans un but souvent électoral, elle botte en touche : « j’essaie d’être dans une famille politique et de la faire évoluer ». On lui reconnaîtra qu’il fallait du courage pour faire face au président de Les Républicains. Elle ne se sent pas esseulée, et note que « la base du parti est beaucoup plus diverse que ses ténors ».
« J’ai voté l’état d’urgence »
Concernant le contexte national, elle affirme « j’ai voté l’état d’urgence », avant de rappeler « Il ne peut pas être permanent et il faut savoir ce que l’on fait dans la durée ». C’est l’occasion pour tacler le président de la République. « Vous reprenez le discours de Versailles (…) il y a relativement peu de contenu sur ce qui doit être fait dans la durée ». De l’état d’urgence à la prison, il n’y a qu’un pas, rapidement franchi, dans les débats du moins. La position de l’ancienne ministre est claire sur la question. Face à une situation intenable de surpopulation carcérale, « il faut construire des places de prison ». Elle y voit aussi un lieu de radicalisation. Pourtant, selon le parquet antiterroriste « 80 % des djihadistes ne sont passés ni par la mosquée ni par la prison ». Par ailleurs, le terrorisme est, selon NKM, « le fruit de la rencontre entre un nihilisme qui existe et des manipulateurs ».
Déchéance de nationalité : NKM favorable à « l’indignité nationale »
La mesure polémique annoncée par le gouvernement concernant la déchéance de nationalité pour les Français binationaux condamnés pour terrorisme n’est pas une priorité pour la députée. Elle n’est « pas d’accord pour qu’on amuse les Français avec ces sujets ». Force est pourtant de constater que cette proposition n’avait fait rire personne. La mesure est symbolique, certes, mais il y a des symboles qui passent mal. Elle accepte tout de même de prendre position : « Je ne veux pas que ce soit une occasion de pointer les Français binationaux » et se déclare favorable à « l’indignité nationale », à savoir la déchéance de citoyenneté pour tout Français condamné pour terrorisme. Mais très vite, elle revient aux vrais sujets. Comme Jacque Attali, elle voit arriver de loin « la fin annoncée du salariat », ainsi que « l’indépendance » comme nouveau pilier. Hélas, certainement, comme souvent, c’est le droit du travail qui risque d’en prendre un coup.
Mathieu Blard
Diffusion : sur LCP le samedi 23 janvier à 10h10 et sur France Ô à 18h40

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