[#PRÉSIDENTIELLE2017] Une centaine de personnes, principalement des lycéens, se sont rassemblées vendredi 28 avril sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris pour s’opposer à Marine Le Pen et à Emmanuel Macron. Entre lassitude et colère, ils contestent le système politique actuel, espérant l’émergence d’un nouveau modèle de gouvernance. Reportage.

Sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, des drapeaux bleus, blancs, rouges, ornent les murs. Comme pour indiquer que ces symboles n’appartiennent à personne et à tout le monde en même temps. Ce vendredi en fin de journée, une centaine de lycéens et de militants plus âgés se sont donnés rendez-vous ici. Déçus par les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, ils défendent le « ni-ni », ni Macron, ni Le Pen pour le choix du second tour. Quelques militants de l’Alliance des jeunes révolutionnaires distribuent des tracts appelant à la « Résistance », quand d’autres s’affichent avec des badges « non à la soumission ».

« Je suis contre ce choix entre un enfoiré et une enfoirée à la solde d’une élite qui nous fait crever »

Les militants refusent de « choisir entre la peste et le choléra », Parvis de l’Hôtel de Ville, Paris.

Révoltés, ces militants refusent ce qu’ils qualifient de « choix entre la peste et le choléra ». « Nous ne sommes pas d’accord avec le projet de Monsieur Macron et encore moins avec celui de Marine Le Pen », résume Alice*. À 16 ans, cette lycéenne qui s’ »intéresse de plus en plus à la politique » estime que « la candidate du Front national est raciste, antisémite et homophobe » mais voit en Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Économie, « le roi du libéralisme sauvage ». Celui qui se présente pourtant devant les Français comme le garant d’une nouvelle offre politique débarassée des vieux clivages, ne trouve pas grâce à ses yeux.

Comme elle, beaucoup de personnes venues protester renvoient dos à dos les deux candidats. En colère, Laëtitia Lallemand, 46 ans, se présente comme « un être humain qui en a marre ». Marre, dit-elle de voter utile, marre de ne choisir que le moins pire, marre de devoir faire barrage à un parti ou à un candidat. Arborant des pancartes en carton sur lesquelles sont écrits les slogans « La Honte, La France » ou « Boycott Election », cette employée administrative refuse cette alternative entre « un enfoiré et une enfoirée, tous deux à la solde d’une élite dirigeante qui nous fait crever ».

« Une fumisterie générale »

Laëtitia Lallemand, 46 ans, « en a marre de voter utile », Parvis de l’Hôtel de Ville, Paris.

Car au-delà de l’élection présidentielle, c’est le système politique tout entier que dénoncent ces militants. « On est dans une fumisterie générale. Nos représentants aident leurs potes à progresser, dénonce Laëtitia avec virulence. Ils se connaissent tous, ont fait les mêmes écoles et sont tous à la solde des grands patrons ». Quant aux petits candidats, comme Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, trouvent-ils alors gŕâce à ses yeux ? « Ce sont de pauvres petits candidats qui ne passeront jamais ».

Assis sur un banc avec trois amis, un tract à la main, Gautier*, militant engagé de 28 ans, insiste sur les 22% d’abstentionnistes du premier tour. « Une grande partie de la population ne se sent plus représentée. C’est pour cela que l’on doit venir exprimer notre désaccord ». S’il critique les représentants politiques, il ne mâche pas non plus ses mots à l’égard des médias « qui influencent la population ».

Loin d’être isolée, cette critique de la presse revient dans le discours de nombreux manifestants. « Pour beaucoup ici, vous êtes l’ennemi, ceux qui ont permis aux candidats d’accéder au pouvoir. En un sens, vous faites partie du système que nous dénonçons », analyse Laura*, lycéenne de 17 ans venue protester « dans le calme » avec deux amies. Passionnée de littérature, la jeune femme défend « une information libre, indépendante ». Elle en est convaincue, « les médias se sont acharnés sur Jean-Luc Mélenchon, seul candidat hors-système pouvant figurer au second tour ».

Reprendre le pouvoir par la rue

Pour contrer ce système qu’ils vilipendent, ces manifestants souhaitent réinvestir l’espace public. « Regardez autour de vous, il existe un vrai mouvement de contestation », poursuit Gautier* avec agacement, en observant le rassemblement, pourtant clairsemé. Étudiant en licence de sciences sociales à Nanterre, Julien* partage cet avis. « Nous n’attendons plus rien du gouvernement. Ce dont on rêve, c’est d’une politique représentative, qui émanerait du bas et qui donnerait le pouvoir au peuple ».

« Aujourd’hui, il faut prendre la rue. Si demain, 300, 400, 500 000 manifestants se soulèvent, le changement sera possible ». Intéressée par son discours, Christine, une jeune journaliste l’interpelle. « Prendre la rue, d’accord. Mais ensuite, que ferez-vous ? ». La réponse de Laëtitia fuse, hésitante mais sincère. « Je ne sais pas, mais au moins on pourra espérer un changement ». Symbole de ce rêve citoyen, la jeune femme porte des chaussures sur lesquelles sont fixées de petites ailes. Une manière de signifier que, bientôt, ses idées s’éleveront peut-être.

Maéva LAHMI

*Ils ont refusé de révéler leur nom de famille

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