Ce jeune homme, actuellement au lycée à Gennevilliers a fait de la vie politique son passe temps. Tout a commencé pour lui un 18 mars 2012, à la Bastille, à l’occasion d’un discours de Mélenchon. Portrait.

« Il n’y a pas d’enjeux pour les municipales. C’est une tradition ici, le maire est élu à 70% au premier tour ». Nils est lycéen à Gennevilliers en classe de seconde, à Galilée. ll aurait pu faire comme tous les camarades de son âge ce mercredi soir : pratiquer un sport, jouer d’un instrument, finir devant la console d’un de ses copains à jouer à FIFA. Mais non. Ce soir, le jeune homme se rend au conseil municipal de la ville. « Le dernier ! », rappelle-t-il un sourire au coin, les yeux dans le vague. « Ça va être spécial ».

Nils, ce qu’il aime, c’est la politique. « C’est une passion, ça me prend vraiment ». Cette phrase, il la répète à plusieurs reprises, très sincèrement, pendant qu’il entre dans le bar. Installé à une des tables du modeste Café de la Place, situé dans le Village, quartier de Gennevilliers, il revient sur son dada, son passe-temps : la politique. Au bar, la gérante sert deux hommes qui jouent aux dés sur le comptoir. Le duo se charge du fond sonore. Quant à Nils, tranquille, il commande timidement un verre d’eau.

Le garçon a quelque chose de juvénile, une spontanéité qui le rend authentique, sans pour autant être naïf ou enfantin. Sa carrure ne le permettrait pas ceci dit. Cheveux courts bien peignés, col de chemise bleu impeccable sous son pull gris clair, grand et fin, il a davantage l’allure d’un prof d’histoire que d’un élève de seconde. Il a également cette voix grave, surprenante au premier abord lorsqu’on connaît son âge. Car ses quatorze ans, il ne les fait pas. « On me le répète souvent, j’ai l’habitude », lance-t-il de ce ton détendu mais poli qui semble le caractériser. Ce ton prend une ampleur toute autre lorsqu’on aborde les sujets polémiques. « Jour de colère », Manif pour tous, Dieudonné, il a un avis sur tout.

« Je ne pense pas que ces événements révèlent quoi que ce soit sur la société française. Comme à chaque crise économique, les extrémistes et le nationalisme se réveillent ». Derrière, un des deux hommes hurle au scandale. Le second vient apparemment de tricher au jeu de dés. Nils n’entend rien. Il prend une gorgée d’eau et poursuit : « les gens ont peur de ce qu’il ne connaissent pas ». Et ça ne sont pas les politiciens, les plus connus, qui vont pouvoir rassurer les foules. Il est conscient des petites guerres d’égo au sein des partis. S’il les regrette, il les trouve également amusantes. « C’est marrant a observer aussi ». Son avis n’est pas toujours tranché, souvent compréhensif, mais surtout réaliste.

NilsNilsUne maturité gagnée depuis qu’il a « commencé la politique il y a deux ans ». Et cette passion, il ne la tient pas forcement de ses parents. « Ma mère travaille à la mairie, mais rien à voir avec le côté politique. Et mon père est ingénieur d’affaires. Ils ne sont ni syndiqués, ni encartés. » Ces derniers ne semblent toutefois pas si loin du milieu politique. Ce sont eux qui ont emmené Nils sur la place de la Bastille le 18 mars 2012. Lorsqu’il en parle, ses yeux pétillent. « C’était pour le discours de Jean-Luc Mélenchon. Son premier grand meeting pour le lancement de la campagne présidentielle. » Un moment qui l’a marqué. Son engouement pour le monde politique est venu « du jour au lendemain », comme il l’explique, mais surtout au lendemain de ce meeting. « Mes parents m’ont transmis un certain nombre de valeurs et de principes, dont la solidarité et la générosité. C’est pour ça que ‘L’humain d’abord’ est un slogan qui m’a marqué. Parce qu’il m’a parlé, je m’y suis retrouvé ! »

Le jeune homme s’est alors pris de passion pour la campagne présidentielle 2012. « Cela m’a totalement pris ! » Aujourd’hui, il est engagé dans sa commune plutôt que sur la scène nationale. Après s’être essayé aux deux, il peut maintenant l’affirmer : « le local c’est du concret ». Il enchaîne les réunions de quartier, ne loupe pas un seul conseil municipal et tracte de temps à autre. « C’est un temps de loisir, ça m’intéresse, ça me passionne. » Son ton s’anime lorsqu’il parle de Gennevilliers, n’hésitant pas à faire le parallèle avec d’autres villes alentours. « C’est pas parce qu’on a 63% de logements sociaux, qu’il y 63% de cas sociaux ! », s’insurge-t-il sans pour autant s’emporter et taper du poing sur la table. La force tranquille.

Nils est un peu l’enfant dans la cour des grands. Il passe de bureau d’élu en bureau d’élu, aisément. « Je ne surprends plus personne aujourd’hui, les gens me connaissent. » Au départ, ce sont des proches qui lui ont pris la main et qui l’ont présenté. Aujourd’hui, il est comme un poisson dans l’eau. « Je ne sais pas combien de temps ça me prend par semaine », souffle-t-il tout en se grattant la tête, un sourire gêné sur le bout des lèvres. « Cela me prend beaucoup de temps », tranche-t-il.

« Mais heureusement je ne fais pas que ça ! » Au lycée par exemple, il sait « parler de sujets communs ». Il se rend bien compte qu’il n’a pas les mêmes passe-temps que le reste de ses camarades. « Mais je ne veux pas être le mec sérieux, à part. Je fais ce qu’il faut pour m’intégrer ». Mission sûrement accomplie puisqu’il a été élu délégué de sa classe en début d’année. « On n’a pas beaucoup de pouvoir en tant que délégué, intervient-il apparemment déçu. En même temps, on n’a pas grand chose à réclamer dans notre lycée, on est bien loti. Et même si on voulait changer la couleur des murs, le lycée ne pourrait rien y faire, puisque qu’on dépend du Conseil général. »

Nils est surprenant, autant par sa lucidité précoce que par son manque d’intérêt pour les problématiques qui le concernent. « La jeunesse … », il fait la moue et regarde en arrière. Deux nouvelles personnes entrent dans le café et commandent au comptoir. « Pas le sujet qui me plaît le plus. Je préfère parler de l’écologie, de la santé, de l’emploi, ou de l’éducation… En plus ça ne veut pas dire grand chose la jeunesse toute seule. » Quant au droit de vote à 16 ans, il semble partagé. « Moi je serais sûrement prêt à voter, mais les autres… Les gens de mon âge que je connais ne sont pas trop intéressés par ce genre de choses. » Autant laisser le temps au temps. Une philosophie qu’il s’applique à lui-même. Intéressé, engagé à l’échelle locale, Nils n’est ni encarté, ni syndiqué. Et puis il préfère prendre du recul avec son engagement. « J’ai été profondément choqué par l’affaire Clément Meric. Mes parents l’ont été aussi. Je ne veux pas tremper dans ce genre d’histoire », explique-t-il avant de conclure : « J’ai le temps ».

Du temps, par contre, il n’en a plus tant que ça avant le conseil municipal de ce soir. « Faut que je passe chercher ma mère avant ! ». Il est temps de quitter le Café de la Place. Il pousse son verre d’eau terminé depuis longtemps, enfile son manteau, salue les hommes du comptoir et la gérante, puis sort sous la pluie, prêt pour une petite trotte à pied. « J’aime bien marcher », affirme-t-il poliment. Lorsqu’on lui parle de l’avenir, il ne sait pas. « Journaliste peut-être ». Passer derrière le bureau du maire ? Un grand sourire lui traverse le visage. Il hausse les épaules. « Je ne sais pas, on verra ». Il a du mal à faire disparaître le sourire.

Inès Belgacem

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