BB : Comment est née l’idée de cette pétition ?

Aly Diouara : On a aujourd’hui une situation dramatique dans nos quartiers. De nombreuses personnes ont des difficultés financières, beaucoup ont perdu leur emploi à cause du confinement. La question du paiement des loyers commence à se poser sérieusement. La baisse des APL et des prestations sociales avait déjà mis les gens dans la difficulté et le confinement s’y est ajouté. Sans compter tous les foyers qui cumulent des dettes de loyers ou de charges locatives.

Vous avez eu des remontées de locataires pour qui le loyer peut être un obstacle sérieux ?

Beaucoup voient leurs revenus diminuer voire disparaître en ce moment. Et, dans le même temps, les charges sont là. Et elles augmentent, même. Certains avaient la cantine gratuite ou à faible coût et se retrouvent à devoir payer et préparer tous les repas de la journée. Les charges d’eau augmentent aussi. Mariama, une mère au foyer, m’a dit : « Je pensais que le plus dur ce serait la fermeture des écoles mais au final, ça va être le loyer. J’espère qu’ils vont nous aider. »

Face à cela, vous avez donc souhaité interpeller les bailleurs sociaux…

L’idée, c’était d’interpeller les pouvoirs publics et les bailleurs, notamment ceux de l’office public de l’habitat puisqu’ils sont administrés par des élus, comme Plaine Commune Habitat et Seine-Saint-Denis Habitat. Nous voulons que les locataires les plus précaires soient exonérés de leurs loyers. Je pense qu’économiquement, les bailleurs sociaux publics ont la possibilité de faire ce geste. Seine-Saint-Denis Habitat, par exemple, a un compte de résultat qui est positif avec des bénéfices. A un moment donné, est-ce qu’on ne peut pas avoir cette souplesse pendant deux ou trois mois en direction des locataires les plus fragilisés ? C’est le sens de la démarche que nous avons initiée, rejoints par le collectif Plus sans ascenseur et le collectif Francs-Moisins.

Les bailleurs sociaux, notamment ceux que vous citez, ont déjà mis en place un accompagnement à destination des locataires. Vous estimez qu’il est insuffisant ?

Ils parlent d’accompagnement social mais il s’agit plutôt de présence sociale. Il ne suffit pas d’appeler les gens pour leur dire « Est-ce que tout va bien ? ». Ces gens-là sont dans une extrême anxiété. Oui, il y a eu un recul de la trêve hivernale. Oui, il y a eu un assouplissement avec Seine-Saint-Denis Habitat qui a proposé un report du paiement des loyers. Mais le report du loyer va être pire. Les gens ne vont peut-être pas retrouver d’activité. Ils vont devoir payer des loyers pour des mois où ils n’avaient pas d’argent. Et donc ils vont échelonner ça pendant 12 mois, et celui qui est censé avoir un loyer à 700€ va se retrouver avec un loyer à 800€. Cela risque d’être contre-productif.

Financièrement, on imagine que cela représente un effort important pour les collectivités. Est-ce que vous connaissez des bailleurs ou des territoires où cette mesure a été mise en place ?

Si une ville comme Lisbonne au Portugal le fait, je pense qu’on peut le faire. A Lisbonne, tous les loyers sont annulés. Il n’y aucun loyer à payer à partir du moment où on habite dans un HLM. Donc c’est généralisé et non destiné seulement aux personnes fragilisées. Car on estime que si on vit dans un HLM, c’est qu’on n’est pas riches. C’est ce qu’a dit le maire de Lisbonne.

Où en est votre pétition aujourd’hui et comment comptez-vous porter votre proposition ?

Je m’étais donné un objectif de 1000 signatures, on les a atteints ce (jeudi) soir. Et ça va encore prendre de l’ampleur. Avec le confinement, on n’a pas pu faire de porte-à-porte donc beaucoup de personnes concernées n’ont pas pu avoir accès à la pétition. Mais Le Parisien va relayer notre initiative, on va continuer le bouche-à-oreille… Avec ce palier de 1000 personnes, les pouvoirs publics ne pourront pas faire comme s’il n’y avait pas une expression populaire sur un sujet hautement préoccupant. C’est le peuple qui va porter la proposition et je vais interpeller les élus sur la base de témoignages de locataires. Il suffirait qu’un seul bailleur le fasse pour que tous les autres le fassent.

Comment fonctionnerait l’accompagnement social que vous appelez de vos vœux ?

L’idée, c’est, en plus d’un accompagnement social renforcé, que chaque bailleur s’accorde à mettre en place une plateforme numérique de saisine de report ou d’exonération des loyers durant la période de crise sanitaire. Nous souhaitons la mise en place d’un questionnaire allégé et la génération d’un récapitulatif de la demande du locataire qui de facto engage la suspension des loyers en question sur la période. Enfin, il faudrait que les services des bailleurs n’aient plus recours aux SMS destinés aux locataires, que nous estimons être des vecteurs de pression sociale superflue, outre la possible violation du règlement général de protection des données.

Propos recueillis par Chahira BAKHTAOUI

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