François Hollande avait promis un gouvernement paritaire et tenant compte de « la diversité » de la  société française. Il a tenu parole. La parité a été respectée jusque dans le protocole et avec sept personnalités issues  des « minorités visibles », son gouvernement est aux couleurs de la France.

Au-delà de leur indéniable talent, Najat Vallaud-Belkacem, née dans la campagne marocaine et diplômée de Sciences-Po Paris, et Aurélie Filippetti, fille de mineur de fond et petite-fille d’immigré italien « sauvée par la littérature », représentent des symboles forts de la méritocratie républicaine. Mais les symboles ne sont pas toujours gage d’une politique juste.

Souvenez-vous en 2007, Nicolas Sarkozy avait ouvert la voix en nommant Rachida Dati, Rama Yade et  Fadela Amara dans son gouvernement. Dans les médias, ces dernières étaient intronisées « icônes de la diversité ». Depuis, faute de légitimité politique, elles ont explosé en plein vol : Dati mise sur la touche à Paris et exilée à Bruxelles, Yade bannie du gouvernement et de l’UMP, Amara disparue de la circulation.

Plus grave, derrière l’affichage « diversité », la politique menée a souvent été synonyme d’inégalité : bouclier fiscal pour les plus riches, destruction du modèle social français, immigrés transformés en boucs émissaires, promotion du prince Jean à la tête de l’EPAD, tandis que les écoles de campagne et de banlieue étaient délaissées.

En terme de casting, le gouvernement de François Hollande, comme celui de Nicolas Sarkozy il y a cinq ans, est une réussite. Sur le plan politique, on peine encore à distinguer une ligne cohérente.

Comment le « démondialisateur » Arnaud Montebourg va-t-il pouvoir opérer « le redressement productif » de la France  sans tenir les cordons de la bourse jalousement gardés par le strauss-kahnien et très libéral Pierre Moscovici ? Cécile Duflot doit-elle son poste de ministre de l’Égalité des territoires et du Logement à ses seules compétences ou au souci de François Hollande de ménager les écologistes ? De même, Christiane Taubira était-elle réellement plus légitime sur les questions de justice qu’Eva Joly ou Arnaud Montebourg, qui ont consacré une grande partie de leur carrière à lutter contre la corruption ?

En maître incontestable de la synthèse, François Hollande a cherché à donner des gages à tous les courants du Parti socialiste, sans éviter les contradictions. Dans un contexte de crise, son gouvernement  pourra-t-il et voudra-t-il corriger les inégalités qui se creusent ?   Aura-t-il le courage  de s’attaquer aux ravages de la mondialisation et au fameux « monde de la finance »?

« La véritable égalité, ce n’est pas de constater des égaux, c’est d’en faire », disait Léon Gambetta. « Gageons que le Parti socialiste saura faire sienne cette maxime républicaine d’une brûlante actualité », concluaient Najat Vallaud-Belkacem dans son livre Pluralité visible et égalité des opportunités, co-écrit avec le  sociologue Eric Keslassy. La jeune ministre du Droit des femmes n’a plus qu’à se mettre au travail.

Alexandre Devecchio

Photo : AFP/L. Bonaventure

Articles liés

  • Primaire populaire : un scrutin hors-sol pour les quartiers ?

    Les votes pour la primaire populaire s'ouvrent aujourd’hui et jusqu’au 30 janvier, dans l’idée d’investir un·e candidat·e unique d'une gauche de plus en plus fracturée. Dans les quartiers populaires, et notamment en Seine-Saint-Denis, militants et habitants ont pour le moment du mal à croire au rassemblement. Témoignages.

    Par Florian Dacheux
    Le 27/01/2022
  • Le PS et les quartiers populaires : vingt ans de trahison

    Le Parti socialiste poursuit sa lente dislocation dans les quartiers populaires. En Île-de-France, à Évry-Courcouronnes et Aulnay-sous-Bois, les désillusions des militants et adhérants traduisent le sentiment de trahison. Analyse et témoignages. En partenariat avec Mediapart.

    Par Hervé Hinopay
    Le 24/01/2022
  • Prison : le bilan en trompe l’œil de Macron face à la surpopulation

    Arrivé à la tête d'un pays dont la politique carcérale est décriée depuis des années, Emmanuel Macron a lancé depuis 2017 plusieurs chantiers pour tenter d'endiguer le fléau de la surpopulation en prison. Le président avait prévu de créer des milliers de places de prison. Paradoxalement, sa réforme de la justice risque d’aggraver le taux d’occupation des prisons. Décryptage.