L’Hôtel-de-Ville de Paris était américain hier soir. A défaut de ne pas être à Washington comme sa très chère camarade Ségolène Royal qui se targue d’être le maître à pensée du nouveau président des Etats-Unis, le maire Bertrand Delanoë avait fait venir l’Amérique à lui, sous les ors municipaux. Quelles belles salles ! Que de magnificence ! Il se devait de marquer le coup le jour de l’investiture de Barack Hussein Obama. Mais son ex-rivale à une investiture moins grandiose – la tête du PS – lui aura toutefois ravi la vedette, même placée « à 200 mètres » du successeur de Bush. Le maître de cérémonie avait fait les choses en grand pour ses hôtes : trois écrans géants retransmettant la cérémonie du Capitole, champagne, petits fours et Golden Gate Quartet en smoking blanc – évocation d’un parcours terrible et magistral : des champs de coton à la Maison Blanche.

Les salles d’honneur de la maire étaient bondées. En majorité des Américains résidant. Des VIP. L’ambassadeur d’Israël à Paris. Et beaucoup d’anonymes, comme on dit quand on n’est pas capable de mettre un nom sur chaque faciès. Ambiance surchauffée : des cris et des pleurs à l’apparition d’Obama à l’écran. On vivait là un événement historique. Extase et dévotion face à ce beau gourou. Un « saint homme », selon Judith, une femme noire, franco-américaine : « Obama, c’est notre nouveau prophète, c’est le messie, c’est Jésus, il va sauver l’Amérique, notre pays va guider le monde entier, il va faire des miracles, je suis sûre que dans la Bible, on doit parler de lui… »

Dans cette atmosphère sucrée-sacrée, on frise l’hystérie. L’osmose est parfaite. C’est à celui qui glorifiera le plus Obama. « Sous Bush, ma vie était triste, j’avais honte de dire que j’étais américaine, confesse une femme blanche, franco-américaine. Aujourd’hui, je revis, I’m american. » Dans cette assemblée aussi dévouée, aucune critique, bien évidemment. Les plus jeunes sont obnubilés par leur nouvelle idole : « Obama, il est sexy et beau, on l’adore », crient en cœur un groupe de jeunes étudiantes américaines.

Les Français de la soirée ? Idem. Adoration totale pour Obama. Jean, un homme d’un certain âge : « Pour moi, le président des USA est l’avenir du monde et notre sauveur, vous allez voir que grâce à lui, la crise financière va se régler, les arabes et les juifs vont faire la paix, il va donner naissance à une nouvelle époque. Je ne crois pas habituellement aux miracles, mais avec lui, j’y crois. »

Ce n’est plus une salle municipale, mais un temple, rempli des fidèles conquis par ce nouvel évangéliste. Frères et des sœurs, ils l’écoutent pieusement. La soirée spéciale « Obama » de la maire de Paris se termine en musique : l’hymne américaine retentit, silence et recueillement des invités. Certains pleurent, d’autre méditent, d’autres encore affichent un sourire apaisé. Ils son bénis.

Chaker Nouri
(Paru le 20 janvier 2009)

Chaker Nouri

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