Papa, comment fait-on pour devenir rabbin, prêtre ou imam ? Mon enfant, cela dépendra de la religion dans laquelle tu voudras exercer ! Si tu veux travailler dans le judaïsme, il te faudra, après le bac, aller à l’école rabbinique pendant cinq ans, puis tu feras un stage d’un an dans des synagogues en province. Mais tu peux aussi te rendre à l’Ecole Talmudique (trois  ans avant le bac) ou aller à l’étranger car il y aura des communautés juives en France qui t’accepteront sans le diplôme de l’école (en province souvent).

C’est aussi le cas chez les catholiques. Quand tu penseras avoir un « appel de Dieu » pour cette vocation, tu devras étudier six ans dans un séminaire. Pour ta première année, l’année propédeutique, on vérifiera ta spiritualité, afin de voir si tu es apte à exercer ce métier. Tu pourras aller à la faculté Catholique obtenir ton diplôme, mais cela n’est pas obligatoire. Dans les deux cas, il est conseillé d’aller étudier à l’Université pour obtenir un bagage intellectuel qui te sera utile lorsque tu exerceras ce genre de métier.

Et si tu veux devenir imam, en France, là tu n’auras pas besoin de suivre des études, mais tu n’auras pas le statut de « salarié » comme dans les deux autres religions. En effet, ceux qui ont eu une véritable formation coranique viennent des contrées musulmanes et sont payés par leur Etat d’origine, ce qui n’est pas le cas des imams français (loi 1905).

Comment on me choisira, papa ?

Cela dépendra de tes fonctions. Tu ne seras pas toujours jugé selon tes connaissances. En effet, les croyants n’ont pas besoin « d’un âne qui porte des livres sur lui » (proverbe juif désignant une personne qui a des connaissances et qui ne sait pas les utiliser). Il faut savoir ramener les « brebis égarées », rendre la viande halal et pouvoir rassembler différentes sensibilités religieuses.

Il faudra que tu aies le sens du contact, la capacité de réunir les membres de la paroisse, et bien sûr une maîtrise des textes sains, le respect des traditions, connaître dans quel contexte vivaient les croyants lors de la venue des différents prophètes (Moise, Jésus et Mohamed) et parler couramment le français évidemment.

Et je pourrai monter en grade, comme toi ?

Eh bien, chez les musulmans non, car chaque association étant indépendante, il n’y a pas d’autorité centrale. Chez les juifs, par contre, tu en as. Il y a tout en haut de la pyramide le Grand Rabbin de France, puis les Rabbins de Région, ceux des Villes, les officiants et enfin les enseignants. Si un poste est vacant, tous les rabbins se présenteront devant le Conseil Représentatif des Juifs de France (collège électoral de 400 personnes dont 30 rabbins et 370 présidents de communautés ou délégués) ou sinon le Grand Rabbin de France se chargera de proposer trois noms aux communautés.

Et pour les catholiques, on se réfère au sacrement des trois ordres. Il y a d’abord les diacres (tu pourras célébrer des baptêmes, te marier et avoir une activité professionnelle), puis 1 an plus tard, automatiquement, tu deviendras prêtre (tu pourras faire la messe par exemple) et enfin évêque. Pour obtenir le statut d’évêque, ton diocèse (portion de territoire où tu exerces) proposera ton nom (sans que tu ne l’aies demandé) et les délégués Français du pape te choisiront, ou non. Normalement, ce sont les seuls ordres. Le pape est lui-même un évêque, celui de Rome.

Mais papa, si je fais une bêtise, je serai puni ?

Pour les musulmans français pas vraiment. Il te suffira de te présenter à une autre mosquée qui pourra t’accepter (chaque mosquée étant indépendante). Tandis que chez les chrétiens, tu auras des sanctions canoniques venant de l’évêque qui te puniras selon le degré de ta faute. Cela peut aller jusqu’à l’excommunion (séparation du fidèle du reste de l’Eglise). Et pour les juifs, c’est le conseil d’administration des communautés (composé de personnes laïques) qui pourront te renvoyer, mais tu pourras faire appel devant la Commission nationale paritaire rabbinale du Consistoire pour trancher la décision.

Et Martine, ma sœur, elle pourra être prêtre, rabbin ou imam, comme moi ?

Là mon fils, cela se corse. Tous, ou presque, te diront que ce sera impossible pour elle, car certains préféreront éviter « légèreté d’esprit » pendant les offices (tu comprendras quand tu seras grand), et d’autres font référence aux apôtres exclusivement masculins de Jésus. Mais cela ne l’empêchera pas d’avoir un rôle au sein de la communauté religieuse. Elle pourra faire des fatwas pour les musulmans, diriger des séminaires pour les filles juives ou devenir une infirmière religieuse chez les chrétiens et plein d’autres choses encore.

Papa…

Oui mon fils ?

Comment on fait pour devenir astronaute ?

Sofia Azzedine (Lyon Bondy Blog)

Je tiens à remercier le Grand Rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag ; le prêtre de l’église de Saint Bruno des Chartreux, le Père de Natte ; et l’imam de la Mosquée Othman et Président du Conseil Régional du Culte Musulman Rhône-Alpes, Azzedine Gaci pour toutes leurs réponses.

Sofia Azzedine

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021