MUNICIPALES 2014. Du « stand-up » pour faire gagner Hidalgo. Voilà la nouvelle méthode des têtes de liste PS de la capitale, notamment Eric Lejoindre, candidat à la mairie du 18e arrondissement. Ambiance devant la barre HLM de la rue Raymond Queneau.

Pendant une campagne, un candidat et ses colistiers à l’élection municipale ne doivent pas seulement tracter sur les marchés, frapper de porte en porte ou assister à des réunions d’appartement… Ils sont aussi tenus de participer à des stand-up ou dit en français, faire le pied de grue à un endroit stratégique muni d’outils promotionnels, le but étant d’engager le dialogue avec les électeurs, voire convaincre les citoyens de se rendre aux urnes à défaut de voter pour eux.

Photo1Photo1Ce vendredi de février en début de soirée, c’est l’équipe d’Éric Lejoindre, candidat à la succession du socialiste Daniel Vaillant à la Mairie du 18e arrondissement qui « se tient debout », plaquettes en mains avec une partie de son équipe, devant une résidence HLM de la rue Raymond Queneau dans le quartier populaire de la Porte de la Chapelle à Paris.

Des habitantes de l’immeuble qu’on devine sympathisantes et acquises à la cause de l’équipe Hidalgo sont descendues pour discuter avec le futur maire potentiel et les candidats à l’élection qui l’accompagnent comme Myriam El Khomri, l’actuelle adjointe au maire du 18e chargée à la prévention et la sécurité. Linda 40 ans, est émue de retrouver cette ex-élue à la petite enfance. Elle la présente à Marietou, 18 ans, dont elle s’occupe en tant que famille d’accueil et raconte à la jeune fille les souvenirs qu’elles ont en commun.

Photo2Le stand-up provoque une petite animation de rue : entre les retrouvailles, les rares curieux qui s’arrêtent ou un colistier qui défend point par point le bilan de l’équipe sortante quand un habitant l’interpelle sur la différence entre le quartier Jules Joffrin et celui-ci qu’il juge moins privilégié. Un autre passant, animateur dans le quartier, critique l’attribution de créneaux pour faire du sport avec les jeunes dont il s’occupe puis repart vaquer à ses occupations… Marie-Claire, 71 ans, bibliothécaire à la retraite, est elle aussi à la tête d’une famille d’accueil. Elle observe tout ce va-et-vient et sourit quand la jeune fille dont elle s’occupe claque la bise à Marietou, visiblement heureuse de retrouver sa voisine. Elles prennent les dernières nouvelles, celles des études en cours. Marie-Claire dit participer à ce stand-up pour les jeunes justement. « Je vois la jeunesse de ce quartier en perdition et ça fait mal. Du temps de mes propres enfants devenus grands, il n’y avait pas le désenchantement que je vois aujourd’hui. Il n’y a pas de travail. Je n’ai pas beaucoup d’espoir mais j’espère que le nouveau maire va faire quelque chose pour ces jeunes… » Marie-claire qui n’est pas militante et avoue avoir voté Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle explique surtout sa présence « pour le coup de cœur personnel pour Anne Hidalgo, » qu’elle a ressenti à l’occasion d’une réunion des assistantes familiales à Pigalle où elle a pu rencontrer la candidate à la succession de Bertrand Delanoë.

Photo3Et si Marie-Claire imagine bien Éric Lejoindre dans le fauteuil de maire, lui discute « jardinière » avec d’autres riveraines. Actuel premier adjoint de Daniel Vaillant, ce père de deux enfants, âgé de 34 ans, qui avait soutenu François Hollande à la primaire du Parti socialiste pour la présidentielle, habite le quartier de la Chapelle justement. Son programme papier comporte vingt pages et des fiches quartier par quartier dont celle sur Chapelle-Max Dormoy qui compte dix-sept projets ou propositions. Mais elles, il tente de les convaincre de participer à une initiative particulière autour de la propreté : « Je propose aux habitants de participer à des balades pour repérer des coins sales, des recoins où sont abandonnés les encombrants. Ils pourraient ensuite travailler avec les services de la ville pour les revégétaliser avec des jardinières par exemple et que le suivi au quotidien soit assuré par eux ou des associations intéressées ». Son objectif affiché : « réinvestir l’espace public positivement pour retrouver un esprit village. » Du local, voire de l’ultra-local dans l’argumentaire du jeune élu. Éric Lejoindre n’aborde pas la politique nationale, « mais les gens ne m’en parlent pas » affirme-t-il.

Ouahida, 58 ans, assistante maternelle, et militante associative, qui se dit apolitique, soutient Myriam El Khomri « car je suis pour les gens qui bossent ! » argumente-elle. Ouahida profite du stand-up pour évoquer la nostalgie de son quartier d’antan et le manque de vivre-ensemble et de mixité sociale de la population qu’elle observe désormais. « Ça fait dix ans que j’ai vu le quartier changer… Maintenant, ce sont surtout des familles africaines qui vivent ici. Ce manque de mixité fait qu’une crainte mutuelle de l’autre se ressent et de l’indifférence entre « les anciens » et cette nouvelle population s’est installée… » Selon Ouahida, il manque aussi des liens intergénérationnels et des occasions de moments conviviaux où adultes et jeunes, anciens et nouveaux, pourraient apprendre à se connaître et surtout échanger. Bref, se rencontrer. Mais à son niveau, elle dit vouloir faire bouger les choses à sa manière. « C’est moi qui tient la porte aux jeunes… Cette génération n’est plus la jeunesse que l’on a connue. Moi je préfère m’adapter à eux que de râler seule dans mon coin contre eux…» Ouahida explique agir ainsi pour instaurer un dialogue qui semble manquer cruellement entre les habitants de cette barre d’immeubles.

Le stand-up s’achève, et avec lui, la petite animation de rue. Si le quartier de la Chapelle-Max Dormoy a bénéficié d’une transformation urbaine avec les aménagements de la ZAC Pajol par exemple, les défis qui attendent le prochain maire du 18e arrondissement sont de taille. Certains, comme le chômage des jeunes ou le vivre-ensemble, ont été pointés du doigt par Marie-Claire ou Ouahida et la rénovation urbaine seule n’y pourra pas tout.

Sandrine Dionys

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