Quand le Bondy Blog m’a engagé pour être son candidat officiel à la présidence de la République, en 2007, je savais que je ne pouvais pas miser sur mon charisme. Bien sûr, ce n’est pas grave, le principal est d’en imposer par son intelligence, et le charisme n’est finalement qu’une façon polie de dire qu’on impressionne les cons. Les grenouilles ont besoin d’un général et les insoumis d’une bonne taloche. Mais les démocrates ?

On est là, posé sur un piédestal par la presse, la télé, la radio, et tout le monde a la bouche ouverte et se dit, en lisant le journal du matin, « si tout le monde a la bouche ouverte sûrement moi aussi j’ai bien fait de l’ouvrir ». C’est ce qui se passe avec Sarkozy ou Bama. Rien n’est trop beau avec le charisme, on ne sait plus si c’est l’œuf qui fait la poule, ou la poule qui fait l’œuf. Si c’est pour lui que les journalistes sont là ou pour les journalistes qu’il est là. Ça devient douteux pour l’argumentaire, on frise le meurtre collectif, le phénomène de masse.

Le charisme, ça vous rend les gens divins, solaires, comme François Mitterrand. Ça marche très bien dans la pure tradition gaulliste. Parce que pour faire du pouvoir, chez les humains d’hier et d’aujourd’hui, il faut faire du prestige, du yacht sur la Méditerranée, des repas chez la reine d’Angleterre et chez le prince du Yucatan. Tout le monde le sait. On peut rajouter une touche de mafia, lunette Hollywood, voiture Voldemort, cigare de Cuba, ça ne gâche rien. Résultat garanti : Nadia est sortie à cinq heures, tout le monde s’en fout. Carla à la même heure, c’est un scoop.

Les Français sont des cons, alors ? Ils ont été nombreux au Bondy Blog à me pousser dans le sens du charisme, à me lustrer l’idole intérieure, à m’astiquer le je-ne-sais-quoi qui les fait tous craquer. Tel me suggérait délicatement de mettre une veste à la place de ce pull que je porte depuis le début de mon chômage, il y a déjà de cela bien des années. Tel proposait en réunion de me financer un coach, en toussant d’un air gêné, une vraie équipe de campagne. J’avais bien conscience que m’appesantir sur ma solitude, mon chômage et l’état misérable de mon ménage était une catastrophe.

C’est vrai, j’ai tenté de me tailler la tignasse en brosse, j’ai raconté que j’avais causé avec Le Pen dans sa loge et Rachida Dati dans un moulin à vent. C’était des efforts louables et désespérés. Alors je ne me ferai pas mousser en disant que je n’ai pas voulu être, moi aussi, le candidat des cons. Que je n’ai pas mis toutes mes billes dans le projet avant de comprendre que non, ce n’est pas mon truc. Je suis sensible au charisme. J’aime la gloire, le succès, les yeux brillants de désir des Bondy blogueuses. Je ne ferai pas comme le renard de la fable qui, ne pouvant s’emparer des grappes inaccessibles, prétend qu’il n’aime pas le raisin.

J’ai donc été contraint, sociologiquement contraint, de tout miser sur l’intelligence des électeurs, et par voie de conséquence, celle des journalistes parisiens, et d’axer ma campagne sur l’idée que j’étais un homme ordinaire, avec ma femme, mon petit chat et mon budget précaire, moyen ou peu s’en faut, le client idéal pour les masses media, qui a tout pour ne pas les intéresser. Il me fallait du courage, et tenir bon ce cap. L’échec s’annonçait, cuisant, et pour compenser, je me suis autoproclamé président. Pour ne pas faire d’ombre à Monsieur Sarkozy, qui est président de la cinquième, j’ai créé la sixième.

On le voit, un échec au plan électoral, mais politiquement, moralement, un succès. Le succès du Bondy Blog, auquel je veux rendre hommage ici. Soutenir un candidat, ouvertement, sans fausse prétention à la neutralité, il fallait le faire. C’est grâce à lui qu’on pourra dire un jour que le président est un homme ordinaire, grâce à lui que j’ai pu raconter mon histoire à nos lecteurs fidèles, ma vie d’homme inconnu, professionnel, petit, amoureux, ignoré, doux, oublié, jaloux, joyeux, méprisé, exalté, aimé, frustré, désespéré, inspiré, mimétique en diable. Le vrai Français de base.

Et Nicolas Sarkozy n’est-il pas lui aussi un Français de base? Evidemment qu’oui, tout le monde le sait grâce à You Tube.

Dilgo

Dilgo

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