MUNICIPALES 2014. Pierre-Yves Bournazel, 36 ans, est candidat (UMP) à la mairie du 18e arrondissement de Paris. Qualifié au premier tour, il s’opposera dimanche prochain au maire sortant Eric Lejoindre (PS). Il est allé convaincre les habitants lors d’une réunion organisée dans une école de l’arrondissement.

Pierre-Yves Bournazel, candidat UMP à la mairie du 18e arrondissement, vient de passer au second tour avec 25,24% des voix. Il affrontera le candidat PS et maire sortant, Eric Lejoindre, qui reste en tête du suffrage avec 39,86%. Comparé aux élections de 2008, ce score marque une progression de 7% pour l’UMP. Pour être élu, M. Bournazel compte sur son expérience d’homme de terrain. Il a souhaité réaffirmer cette image lors d’une série de rencontres avec les habitants, avant le premier tour.

Jeudi 20, il s’est rendu dans une école, rue de Championnet. Une centaine de résidents, 50 à 60 ans en moyenne, est venue s’asseoir sur les petits bancs. Entre les murs de la grande salle, décorés de couleurs vives par les enfants du quartier, il a défendu son programme en compagnie de quelques colistiers, dont la vice-présidente du Modem Fadila Mehal. « Si je me porte candidat, c’est parce que je suis prêt. » Avant de laisser les habitants exprimer « leur sujet de préoccupation majeur », Pierre-Yves Bournazel a ouvert la séance : « Au bout de vingt ans, l’alternance, elle est saine. Maints sujets méritent un changement profond. »

Il a dit s’adresser à « tous les citoyens, au-delà de leur condition sociale et de leurs origines ».  En rappelant qu’il n’était « pas issu du sérail politique », il a déclaré son intention : « Je veux être demain un maire de rassemblement. » Il a rappelé sa présence sur le terrain et sa bonne connaissance du 18e arrondissement : « Je serai un maire de proximité. Même mes adversaires le reconnaissent : je suis un homme de terrain et je ne suis pas  un homme sectaire. »  Le candidat a enfin promis de consacrer tout son temps à son mandat : « Je ne serai que maire du 18e ».

« Il a fait beaucoup de travail, mais il n’a pas les manettes »

Pierre-Yves Bournazel a ensuite laissé la parole à Fadila Mehal, deuxième candidate sur la liste. Tout en rappelant son parcours politique, la présidente fondatrice des Marianne de la diversité, a dit vouloir mettre ses « compétences » et ses « convictions » au service de l’arrondissement : « on fait de la politique non pas pour se servir des habitants, mais pour les servir. » Elle a réaffirmé la valeur de l’unité et de l’égalité face au chômage, dans l‘éducation, contre le favoritisme. « Egalité, égalité, c’est pour ça que je suis avec vous ce soir et que je me battrai jusqu’au bout. »

Les autres colistiers ont loué le travail de leur candidat comme élu d’opposition, sa présence auprès des habitants et sa bonne connaissance du terrain. « Il va partout dans le 18e, contrairement à tous les autres élus. Il a fait beaucoup de travail, mais il n’a pas les manettes. Il faut les lui donner », affirme Madeleine Nguekam Bebey, une paroissienne du quartier. Marie-Claude Martin, mère au foyer, a décrit la tête de liste comme « un bosseur », et comme un élu « à l’écoute » des habitants. Pour Pierre Liscia, membre d’un conseil de quartier, « c’est une vraie chance d’avoir un candidat comme lui, présent dans tous les quartiers du 18e, et que nous envient d’autres arrondissements. »

M’hamed Benkherouf, 49 ans, est un habitant de longue date. « Avec le temps, j’ai vu les choses se dégrader. Il faut faire quelque chose, redonner à cet arrondissement une bonne image. » M. Benkherouf a rappelé le rôle des citoyens eux-mêmes. « Nous aussi, citoyens, nous avons notre part de responsabilité. On n’attend pas que les autres viennent pour régler nos problèmes, mais il faut aller les chercher. »

« Je tâcherai d’inverser les tendances. »

Les candidats ont ensuite laissé la parole au public. Des questions ont été posées, concernant la culture, les sports, les transports, les travaux en cours dans l’arrondissement. Une enseignante a critiqué la réforme des rythmes scolaires : M. Bournazel a approuvé sa remarque. Une personne a demandé à ce que la mairie améliore l’accueil des habitants. Une femme a demandé comment il comptait résoudre le « vrai problème » des toxicomanes sur la voie publique, qui « font peur » aux résidents.  Un homme a fait des propositions concernant la sécurité. « Les gens ont peur, c’est un problème primordial. Il faut créer une police municipale, de quartier. Il faut installer plus de vidéo-surveillance. »

Pierre-Yves Bournazel a répondu aux remarques en prévenant : « Il serait hypocrite de promettre que tout ira mieux dans six ans. L’ampleur du travail est énorme, comme pour améliorer la propreté. Pour ma part, je tâcherai d’inverser les tendances. » Sur la sécurité, il a dit : « je considère que les élus locaux doivent être des coproducteurs de sécurité. » Il a dit vouloir mettre en place une police de quartier, délimiter les compétences de la police nationale et installer des caméras de surveillance. Il a également proposé de développer les travaux d’intérêt général.

Dans l’assistance, une femme a déploré la profanation récente des lieux de culte catholiques. « Nos concitoyens musulmans ou juifs défendent, et ils ont raison. Nous, on laisse tout faire. » Sur cette question, comme sur la sécurité, le public a manifesté massivement son approbation. En réponse, le colistier M’hamed Benkherouf  a réaffirmé la valeur du vivre-ensemble et a répondu : « Il y a un observatoire français contre l’islamophobie. Je prendrai contact avec lui, et il condamnera ces actes. » A son tour, Pierre-Yves Bournazel a condamné ces actes en déclarant : « La république ne reconnaît aucun culte, et n’en nie aucun. »

« Les clés de la mairie vous sont confiées, mais ne vous appartiennent pas »

Parmi les remarques du public, aucune contestation n’a été formulée à l’encontre du programme de M. Bournazel. Seul un intervenant est revenu, avec ironie, sur l’analyse d’un colistier qui avait décrit le boulevard Barbès comme une « frontière physique béante », une « fracture » dans le 18e. « Vous nous avez dit qu’il y avait un côté du boulevard Barbès qui était meilleur que l’autre. Comment ferez-vous pour éviter que le quartier “moins bon” se développe dans le quartier ”meilleur” ? Vous restera-t-il du temps et de l’énergie pour vous occuper du “bon” quartier ? »

En réponse, M. Bournazel a proposé d’améliorer le réseau de bus, les conditions des personnes âgées. De développer le soutien scolaire et d’enseigner le français aux parents non francophones… Il a remis en cause la politique de subventions de la mairie et critiqué le fonctionnement actuel de la fiscalité. Il a exposé son projet de construire des établissements culturels aux portes de Paris. « On parle toujours de la répression et de la sanction, mais il y a aussi la promotion des quartiers, leur valorisation. Il n’y a pas de citoyens de seconde zone. Je crois à l’égalité des droits ; faut-il encore leur amener des projets à vocation économique et culturelle. Un maire du XXIe siècle doit être un maire manager. Il doit aller chercher celles et ceux qui savent créer de l’emploi.  »

Pierre-Yves Bournazel a conclu en s’adressant à la majorité : « Les clés de la mairie vous sont confiées, mais ne vous appartiennent pas. » Il a appelé à la mobilisation pour « rendre possible l’alternative », en interpelant l’assistance : « Si vous êtes un peu convaincus, je vous demande d’aller convaincre autour de vous. »

Louis Gohin

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