MUNICIPALES 2014. Comme une évidence, Martine Aubry emportera sans doute encore la métropole lilloise. Pourtant, celle qui brigue un troisième mandat à la mairie brille par son absence sur le terrain. Prise de température.

Dimanche matin, la station de métro Gambetta s’improvise terminus de la ligne 1. Les gens se bousculent pour sortir au plus vite et faire des emplettes. Tous les ingrédients sont réunis pour que la matinée soit douce : le soleil s’invite sur la métropole lilloise. Le marché de Wazemmes est jovial et fidèle à sa réputation de marché le plus fréquenté du Nord-Pas-de-Calais. Il reçoit les clients les bras ouverts dans une ambiance décontractée. Les tracteurs comptent bien profiter de cette aubaine. Ils sont tous réunis : FN, EELV, UMP-UDI et PS.

Peu nombreux, les militants écologistes essaient de se rattraper en donnant de la voix, les socialistes brillent par leur nombre, l’alliance UMP-UDI n’est pas en reste tandis que les militants frontistes accusent le coup. On leur fait sentir qu’ils ne sont pas les bienvenus. Chez les passants, les réactions sont différentes : peu s’arrêtent pour discuter, beaucoup prennent les tracts sans dire un mot. D’autres au contraire affichent un ras-le-bol qui désarçonne les militants. Une dame s’indigne : « Tracter en 2014 relève de l’archaïsme ».

En plein cœur du marché, Sonia* donne de la voix, elle n’hésite pas à apostropher la foule. La blague facile, elle sait faire pour attirer l’attention des clients potentiels. Pour elle, les élections sont courues d’avance. «  On sait que Aubry sera élue. J’aimerai bien voir autre chose où qu’elle se bouge plus pour les quartiers défavorisés. Mais je suis coincée !  Je vais sans doute utiliser le joker du vote utile… », déclare-t-elle un brin dépitée.

A quelques pas de l’allée principale, un couple qui vient d’emménager disserte sur Lille. Pour la demoiselle, la commune garde des traces stigmatisantes de son passé, qu’elle n’a pas su effacer entièrement. « C’est une ville dans laquelle il y a quand même pas mal de misère ». Elle aborde les friches industrielles qui symbolisent des plaies que l’on n’a pas réussi à soigner. Son compagnon estime que « la ville aurait besoin d’un bon urbaniste pour remettre de l’ordre. Je donnerai clairement la priorité à l’urbanisme » renchérit-il. Au moment d’aborder le vote, il estime ne pas être assez informé sur le programme des candidats.

La rue du marché mène à la rue d’Iéna qui conduit au Boulevard Montebello, lequel atterrit sur un rond-point à proximité du métro Porte des Postes. Sur le boulevard de Metz, l’euphorie du marché retombe, le bâtiment de la CAF  se noie dans la mélancolie des briques des grands ensembles qui l’entourent. Mehdi* fait part de son « blues pré-électoral ». « Bien sûr  que j’irai voter ! » lâche-t-il, préoccupé par la situation du quartier. Lui fait de l’emploi sa priorité. Même son de cloche pour ce quarantenaire qui n’est pas totalement convaincu du bilan de Martine Aubry : « Pour le prochain mandat, il faut qu’elle soit un peu plus présente sur le terrain ». Il estime qu’elle doit revenir à la base : la démocratie de proximité.

En fin d’après-midi, dans le centre-ville, l’heure est aux confidences entre copines autour de hamburgers dégustés sur le pouce. Trois étudiantes confieront leurs espoirs à l’isoloir pour la première fois le 23 mars 2014. Pour elles, le vote est un acte « sacré », et l’abstention « un sacrilège ». Encore mineures en 2012, elles comptent bien se libérer de la frustration d’être restées muettes démocratiquement lors de la dernière présidentielle.

Le soleil finit sa course majestueuse sur la commune, s’en va rejoindre les bras de Morphée et donne rendez-vous dans quelques dimanches aux administrés pour le premier tour. La campagne ne passionne pas grand monde. Les jeux sont déjà faits : rien ne va plus. A Lille la municipale est un combat à la fin duquel Martine sort toujours gagnante.

Balla Fofana et Tom Lanneau

*Prénoms modifiés

 

httpv://www.youtube.com/watch?v=sD2x5h08mhI

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