La ministre des Droits des femmes était vendredi dernier dans les locaux du Bondy Blog pour un porte-parolat décentralisé. Lors de ce débat numérique portant sur la génération de l’égalité entre les  hommes et les femmes, elle a répondu en direct à des questions d’internautes, de twittos et de blogueurs. Tour d’horizon.

Comment comptez-vous mettre en œuvre la parité salariale entre hommes et femmes à poste et diplôme égal sachant que l’écart de salaire est aujourd’hui est de 27 % ?

Oui l’écart de rémunération entre hommes et femmes est celui-là et pire cet écart de rémunération avait tendance à se résorber depuis quelques années et il ne se résorbe plus tant que ça, il y a des difficultés en matière d’égalité professionnelle, de vrais blocages. Des blocages qu’on retrouve quand on se rend compte que cela fait 30 ans qu’on a des lois sur l’obligation faite aux entreprises de donner à travail égal, salaire égal et de promouvoir autant les femmes que les hommes. Or cette loi sur l’égalité professionnelle n’est pas respectée. Il faut la rendre applicable. Nous avons instaurés des procédures de contrôle avec des inspecteurs du travail qui vérifient ce que font les entreprises. Les entreprises sont obligées de nous rendre des plans d’action sur l’égalité professionnelle. Et quand elles ne le font pas ou que leurs plans d’action sont insuffisants, nous faisons tomber les sanctions. Depuis quelques mois il y’ a 400 entreprises qui ont été mises en demeure et quatre ont été sanctionnées.

Comment faire pour éviter le syndrome Loi SRU qui oblige les municipalités à construire des logements sociaux et plusieurs d’entre elles préfèrent payer des amendes plutôt que de s’y conformer. Comment contraindre les entreprises, autrement que par la sanction financière, pour certains ce n’est pas un frein ?

L’amende peut aller jusqu’à 1% de la masse salariale en fonction de la taille de l’entreprise. Ça peut être très sévère pour une PME de 150 personnes de payer 7000 euros tous les mois jusqu’à mise en conformité. L’effet dissuasif depuis que nous avons mis en place ces contrôles est important. La preuve depuis janvier 2013 il y a 2700 plans égalité professionnelle déposés par les entreprises, ça veut dire que ça a déclenché quelque chose. Cela étant, cela ne suffit pas dans la loi que je présenterai j’ai introduit une mesure visant les entreprises qui ne respectent pas l’égalité professionnelle. Elles ne pourront plus candidater aux marchés publics. C’est incitatif et dissuasif.

Les carrières morcelées, les temps partiels subis ou choisis, les régimes demi-pensionnées, sont autant de paramètres auxquels les femmes sont confrontés, le système de décote mis en place par les gouvernements précédents pénalise les femmes. Quelles sont les leviers que vous comptez proposer pour mettre en œuvre pour l’égalité à ce niveau-là ? (Par Martine Vivia)

On est en train d’adopter la réforme des retraites et s’il y ‘a une inégalité qui est visible et particulièrement insupportable c’est celle des pensions de retraite on estime qu’il y entre 35 et 40% d’écart entre les pensions des hommes et des femmes. Nous avons donc mis au cœur de notre réflexion cette donnée. Ça n’a jamais été mis en œuvre. Nous voulons compenser les différences de carrière entre les femmes et les hommes.

Actuellement, elles sont victimes de la double peine, elles arrêtent par exemple leur carrière pour élever leurs enfants donc elles travaillent moins, cotisent moins et touchent donc des retraites plus faibles, que comptez-vous faire ?

Oui elles pâtissent d’interruptions d’activité liées aux congés maternité ou parental au cours de leur carrière nous leur permettons de valider beaucoup plus de périodes de congé maternité qu’elles ne le pouvaient jusqu’à présent. Nous décidons aussi qu’à partir de 2020, les majorations de retraite qui existent aujourd’hui notamment pour les parents de plus de trois enfants, seront distribuées pour bénéficier aux femmes et à partir du premier enfant et non plus du troisième. Ca va permettre de réduire les écarts. Ce qui explique aussi les faibles pensions c’est aussi le temps partiel.
30 % des femmes actives sont en temps partiel, c’est énorme, ça les précarise surtout pour certaines/ Elles ont des tout petits contrats de 15 heures par semaine et n’arrivaient pas à valider de trimestres pour leur retraite. Nous baissons donc le seuil d’heures à effectuer pour valider un trimestre qui permet de cotiser pour leur retraite. On valorise aussi les pensions de conjoints collaborateurs femmes d’agriculteurs ou encore qu’on tienne compte du temps qu’une personne aura passé chez elle pour s’occuper d’un enfant handicapé. C’est souvent la mère qui s’arrête pour s’occuper de son enfant. Elle va pouvoir valider et comptabiliser ces trimestres pour comptabiliser sa retraite.

Temps partiel choisi ou temps partiel subi, comment différencier les choses ? (Par Véronique Dubergé)

On ne met pas les deux configurations dans le même panier. Le temps partiel choisi peut constituer un progrès aussi, car il peut permettre de mieux articuler vie privée et vie professionnelle. On veut lutter contre le petit temps partiel avec ces journées émiettées comme pour les femmes de ménage ou les caissières. On veut imposer l’idée des horaires continus et faire en sorte que le temps de travail sur une semaine soit décent. Après vous aurez toujours des situations comme pour un job étudiant qui nécessite que ce travail ne soit que de quelques heures par semaine car il s’agit d’un revenu d’appoint.

Vous parlez d’égalité parentale , mais vous devez savoir qu’il y aura égalité que quand les pères prendront le congé parental a moitié des mères . Or pour ce faire il faudrait qu’ il y ait une allocation qui soit du montant du salaire du père et de la mère et non une allocation universelles qui fait que ce sont les mères qui prennent les congés… Elles ont des salaires inférieures aux hommes . Alors la vraie réforme c’est pour quand ? (Par Fabrice Hallais)

Au niveau d’un pays l’écart de salaire est de 27% comme on l’a rappelé. C’est différent au niveau d’un couple, qui se forme souvent dans les mêmes sphères puisque que l’écart est plutôt de 4% quand le couple travaille à temps plein. L’argument selon lequel si c’est 97% des femmes qui s’arrêtent de travailler et pas les hommes c’est parce qu’elles gagnent moins ne tient pas. C’est tout aussi difficile pour les femmes d’arrêter car l’indemnisation est faible. Il y a des comportements culturels et des schémas dans notre société selon lesquels il relève des femmes de s’occuper des enfants. Quand un homme veut prendre un congé parental il n’est pas forcément bien accueilli. Il faut engager un travail sur les mentalités et faire en sorte de réserver une partie du congé parental au père, une période sanctuarisée durant laquelle il s’occuperait de son enfant.

En Allemagne, qui est le modèle, il y a une meilleure indemnisation donc plus incitative…

Qui dit indemnisation plus importante dit utilisation de fonds publics. Ne vaut pas mieux pas plus utile de créer des places en crèche car on sait que l’interruption d’activité quand elle est trop longue est préjudiciable pour la femme ?  Est-ce qu’il n’est pas plus utile de l’inciter à ne pas rester trop longtemps à la maison ?

Il y a un blocage culturel.  Comment changer les mentalité et surtout comment être sûr que le père utilise le congé parental pour s’occuper de son enfant et pas pour faire autre chose, laissant ainsi la mère s’occuper de l’enfant en plus de son travail ? (Par  Diké, blogueuse)

La mère retourne au travail, donc tout le boulot ne lui reviendra pas. Il faut faire plus que la loi. Au moment de l’examen prénatal, le père doit avoir le droit de s’absenter pour être partie prenante, un acteur pour l’arrivée et l’accueil de l’enfant. Aujourd’hui, cela passe mal quand un homme demande à quitter le travail plus tôt quand un enfant naît alors qu’on ne le reproche pas aux femmes. Nous allons signer des conventions avec les entreprises, on lance des campagnes de prévention.

Un article lu dans Sud-Ouest en ‘Le Pays basque et les femmes ne sont pas à vendre’ relatait la dénonciation par plusieurs associations locales d’une publicité d’agence immobilière mettant en avant une jeune femme en soutien-gorge pour vanter l’immobilier. Ma question porte sur la sexualisation et érotisation des publicités, avec support de seins et fesses de femmes en grande majorité. Dans le cadre de l’égalité Homme-femmes proposerez-vous la parité ? avec autant de fesses et de torses d’hommes que de femmes sur les publicités et/ou un abaissement de la sexualisation/érotisation des publicités ? (Par Véronique Dubergé)

Ça manque de goût, de classe. C’est réducteur, ça confine à l’atteinte à la dignité de la femme. Ces pubs diffusent une vision de la société de la femmes. Il existe l’ARPP qui fait pas trop mal son travail. On peut faire retirer une pub quand on démontre qu’une pub atteint à la dignité de la femme,  un particulier peut la saisir.

C’est aussi devenu un argument politique ou de revendication, on le voit avec les Femen ou les sages-femmes de la maternité des Lilas qui se dévêtissent pour conserver leur emploi.

Je ne les mettrai pas sur le même plan. Que ce soit les Femen ou les sages-femmes il y a une prise de distance , du recul, de l’autodérision a plus de valeur; j’accueille d’un bon œil l’action des sages-femmes En revanche pour le reste le CSA doit avoir une nouvelle compétence pour contrôler les atteintes à l’image de la femme, que les programmes télés ne soient pas vecteurs de stéréotypes réducteurs. Il faut aussi définir une grille pour déterminer ce qu’est un stéréotype. Le CSA aura compétence sur une question comme sur la présence des expertes en nombre insuffisant sur les plateaux de télévision.

En tant que ministre des Droits des femmes, pouvez-vous vous exprimer sur les actes islamophobes et sexistes qui touchent les femmes musulmanes voilées ? (Par @fleurdecanne)

Je les condamne sans la moindre réserve et sans la moindre ambiguïté. Tous les actes de haine à l’égard d’une personne en raison de son identité et de ce qu’elle est profondément sont insupportables. Tous les services de l’Etat sont mobilisés sur ces affaires.

Pourtant certains ont pu percevoir un silence sur cette question ?

J’en ai conscience, je l’ai remarqué sur les réseaux sociaux en particulier mais la réalité c’est que la condamnation a été vive par celui qui est en première ligne Manuel Valls, dès que nous avons eu connaissance de ces affaires, tous les services de police se sont déployés pour retrouver les individus, le ministère de l’Intérieur en présence de représentants de mon ministère a reçu les victimes, celles d’Argenteuil. Nous avons conscience de la gravité de ces faits, ils sont inadmissibles. Je sais bien que les actes islamophobes ou anti musulmans ça revient au même ont augmenté mais une femme voilée agressée c’est tout aussi insupportable que l’agression d’une femme non voilée. Je ne crée aucune distinction. Je trouve que les actes de haine liés à la religion ou à l’origine l’ethnie des uns et des autres sont insupportables dans ce qu’ils disent d’exclusion, de rejet d’une partie de la société.

Comment les femmes peuvent obtenir la pension alimentaire quand leurs ex-maris repartent dans le pays d’origine,  je parle des pères démissionnaires ! (Par Jennane Najia)

Il s’agit de cas fréquents, lors de la séparation d’un couple, c’est souvent le père qui disparaît. Nous allons mettre en place une garantie publique pour le paiement de pension alimentaire car nous sommes devenus un pays où le sport national est de ne pas payer ces pensions. 40% des pensions ne sont pas payées ou le sont irrégulièrement. Beaucoup de familles monoparentales plongent dans la précarité à cause de cela.  La garantie qu’on construit c’est que dès le premier mois de non-versement de pension la Caisse d’allocations familiales se substitue en versant 120 euros par enfant et par mois.

Des pères organisent leur insolvabilité,  allez vous mettre plus de moyens permettant par exemple de faire une saisie sur salaire pour ces pères défaillants ?

Nous allons allouer des moyens supplémentaires aux CAF et leur donner la possibilité de croiser des fichiers, y compris bancaires, donc ça va assez loin, pour saisir sur salaire ou sur prestations sociales. Pour les pères à l’étranger nous allons promouvoir la Convention de la Haye dans plus de pays puisqu’elle permet de lutter contre ce phénomène. Nous allons confier à une caisse d’allocations familiales en France  la responsabilité de chercher ces débiteurs défaillants partis à l’étranger, elle deviendra ainsi une caisse de référence pour centraliser ces informations.

Je souhaite attirer votre attention sur la misogynie sur Internet. Le côte virtuel permet aux gens de de  tenir des propos extrêmement violents, sans être inquiétés. Nous avons dénoncé avec d’autres féministes un site qui fait l’apologie du viol depuis un an et demi. Cela fait dix mois que nous l’avons signalé au ministère de l’Intérieur, rien n’a été fait. La page vient juste d’être désactivée. Pourquoi le directeur de publication et l’éditeur du site n’ont pas été poursuivis ? Que comptez-vous faire pour lutter contre le sexisme ? (Par Diké, blogueuse)

Il ne doit pas y avoir d’impunité. Je me suis engagée à lutter contre les hashtags racistes, homophobes, antisémites sexistes sur Twitter. Twitter qui relève plutôt du droit anglo-saxon doit avoir quelques limites. Le réseau social est en train de répondre à nos demandes de révéler à la justice l’identité de ceux qui ont rédigés les messages les plus haineux.
Il faut aller plus loin, mon projet de loi prévoit que les images sexistes puissent être signalées sur la plateforme du gouvernement.

Quand on s’attaque aux dérives sexistes on s’attaque à la conséquence, il faut le faire évidemment mais quand est-ce qu’on va s’occuper d’éducation et favoriser les interventions scolaires d’associations comme c’est le cas pour la sécurité routière ?

Est-ce le rôle de l’école de prodiguer cet enseignement ? (Par Vincent Ménauge)

L’égalité ça ne s’hérite pas, ce n’est pas inné ça s’apprend. On apprend bien à respecter les règles. Apprendre aux enfants dès le plus jeune âge qu’il n’y a pas de hiérarchie de valeurs entre filles et garçons, que l’on ne doit pas se sentir limitée dans ses rêves et opportunités car on est une fille et pas un garçon et vice-versa. C ‘est une mission majeure, d’autant plus dans une école mixte depuis plusieurs décennies mais qui au fond n’ a pas pensé cette mixité et se vit comme neutre. On voit bien que les filles et les garçons ne sont pas traités de la même manière. On n’attend pas les mêmes choses, les mêmes pré-requis, compétences, performances d’une fille que d’un garçon. Tout ça a des conséquences sur la construction des individus et ce qu’ils sont à leur arrivée sur le marché du travail.

Y compris sur l’orientation ? Il y a moins de filles dans les filières scientifiques par exemple.

Il n’y a rien de plus difficile que de désintégrer un préjugé, n’attendons pas que les préjugés s’installent dans la tête de nos enfants. Dès cette rentrée scolaire on met en place une expérimentation dans dix académies. De la fin de la maternelle à la fin de la primaire des activités ludiques vont permettre de s’interroger sur ce que c’est d’être une fille, un garçon, pourquoi certains métiers, pourquoi certains sports sont réservés aux garçons ? Plus tard, au collège et au lycée surtout, il y aura une éducation à la sexualité, mise en place en 2001. Il faut faire en sorte que des associations comme le Planning familial entrent dans les établissements scolaires car ils ont développé une expertise utile à un âge où les relations filles garçons sont complexes et qu’aussi les premières violences naissent. Si on veut prévenir ces moments de violences il faut instaurer des relations de confiance et les interventions de ces associations qui savent en parler peuvent être utiles.

De quel budget la « Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif » dispose-t-elle ? Par exemple, des crédits seront-ils débloqués et fléchés pour l’éducation à la sexualité et la déconstruction des stéréotypes à l’école pour former et rémunérer les intervenant-e-s ? (Par Elise Devieilhe)

On a signé une convention à chaque niveau  il faut des enseignants formés pour ce faire. La refondation de l’école initiée par le ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon prévoit la  formation continue des enseignants, et dans le cadre de cette formation il y aura des modules d’éducation de lutte contre les stéréotypes. Ainsi les enseignants seront au moins sensibilisés à ces questions a minima.  Lors de la recherche de stage en 3e les enseignants devront faire découvrir aux filles des métiers dits masculins auxquels elles n’auraient pas pensé et vice-versa. C’est une occasion en or de faire ouvrir les yeux au monde aux élèves et de corriger ces inégalités. Comme je l’ai dit il faudra aussi faire rentrer plus facilement les associations dans les établissements scolaires. Quant au financement, il vient des 5 ministères associés et certaines collectivités locales.

Faïza Zerouala

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