Je trouve curieux le fait de ne pas aller voter, alors que c’est le fondement même de la démocratie. Et je me sens d’autant plus concernée par l’abstention chez les jeunes de banlieues, comme elle est apparue aux présidentielles de 2002. Pourquoi ne vont-ils pas voter ?

J’ai interrogé plusieurs personnes et les réponses données sont souvent les mêmes. En premier lieu, ce qui manque aux jeunes, c’est la communication. Les politiques s’expriment dans un langage alambiqué et il est dur d’en percevoir le contenu. De cette façon, leurs discours sont complètement inopérants. Il y a une sorte de communication imparfaite: les jeunes n’arrivent pas à être attirés par les politiques, et ceux-ci ne parviennent pas à entendre le message des jeunes.

Ensuite, ils ne font qu’haranguer les foules. En plus d’être élitistes, ils sont ennuyeux et soporifiques. Comment peut-on comprendre et attirer les jeunes si déjà se trouve une barrière dans la compréhension du discours ? Il faut que les politiques soient plus actifs, plus à l’écoute et moins « parfaits » en quelque sorte.

Après les questions de discours, il y a la corruption. « Les hommes politiques, de droite ou de gauche, sont tous corrompus, ils ne pensent qu’au pouvoir et s’en fichent pas mal de nous», dit Marie, élève de terminale. « Ils sont tous démagogues ! » ajoute Olga, élève de 1ère. Il est vrai qu’il est parfois dur de croire avec ferveur aux politiques, avec des affaires telles que « Clearstream ». Plutôt qu’une mission d’aide au peuple, ils donnent une image d’hommes perfides, fallacieux et avides de richesses.

Il y a aussi le fait que certains jeunes ne s’intéressent point à l’actualité : «Je n’aime pas regarder le journal, ça me déprime, il ne montre que des atrocités », explique Audrey, 20 ans. Beaucoup refusent de voir la vérité et les problèmes de notre pays en face, ils préfèrent donc s’abstenir.

Pour eux l’actualité s’apparente plus à un film d’horreur qu’à la réalité.

 

De plus, il y a ceux qui trouvent que le vote est une perte de temps : « De toute façon on ne sera pas entendu », dit un élève. « J’avais apporté mes papiers pour m’inscrire, mais on m’a dit que ce n’était pas possible car il manquait un petit papier. Elles m’ont parlé méchamment et je n’y suis pas retourné. » On peut donc être découragé par de simples démarches administratives.
 

Enfin, j’ai voulu savoir si l’abstention était quelque chose d’héréditaire mais les réponses ont été très hétérogènes. Il est vrai que les parents qui ont une éducation politique vont la transmettre à leurs enfants: « Chez moi tout le monde vote, c’est comme ça, c’est une tradition, je ne me vois pas la rompre », me dit Alexandra, élève de 1ère. En revanche, dans l’autre sens, ce n’est pas si clair. « Chez moi on parle pas politique, c’est quelque chose pour les gens riches », me dit Mehdi, élève de terminale. Mais d’autres acquièrent l’éducation politique avec les médias, les livres, l’école… « Mes parents ne sont pas nés en France, ils n’ont jamais voté, mais moi depuis toute petite je m’intéresse à la politique et à l’actualité et je vais voter. Cela n’a rien à voir avec l’éducation! », me dit Sylvie, élève de prépa. Ainsi, l’intérêt politique n’a pas l’air d’être seulement une tradition.

Je n’en reste pas moins convaincue que le vote est une puissante arme du citoyen. Selon moi, c’est un des seuls moyens de se faire entendre, de montrer ce que l’on veut pour notre pays, et je ne pense pas que les causes que j’ai énumérées soient une raison de s’abstenir. Ce ne sont à mon avis que des prétextes pour ceux qui sont insoucieux de l’avenir du pays. Chez moi, personne ne vote et ce n’est pas pour autant que je vais faire pareil. Au contraire, je vais aller voter pour leur monter que c’est accessible à tous et qu’il n’y a pas besoin d’être un génie pour se forger une opinion.

Yaël Wilner (Lycée Jean Zay)

Yaël Wilner

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