Alors que des violences urbaines ont éclaté dans plusieurs villes de la banlieue parisienne ces derniers jours, en réaction au viol que Théo a subi de la part de policiers à Aulnay-sous-Bois, François Hollande se rend ce matin à Aubervilliers. Un déplacement dans cette séquence « banlieues » que le Bondy Blog ne couvrira pas. Voici pourquoi.

Ce lundi, François Hollande sera à Aubervilliers pour un déplacement axé sur l’emploi des jeunes. Mais le Bondy Blog, lui, n’y sera pas. La logique voudrait pourtant que nous soyons les premiers à attendre le président de la République dans cette ville dont nous couvrons l’actualité à longueur d’année, et ce d’autant plus qu’il s’exprimera sur des thématiques qui nous sont chères et qui nous paraissent essentielles.

La logique voudrait pourtant que nous soyons là, dans cette ville qui a tant de choses à dire à celui qui lui a promis l’emploi, le droit de vote des étrangers et le récépissé contre les contrôles discriminatoires au faciès ; dans cette ville où le chômage bat des records, où la pauvreté explose et où les jeunes et les moins jeunes sont, comme ailleurs, traumatisés, indignés et pour l’essentiel révoltés de ce qui est arrivé à Théo et de la mort d’Adama Traoré.

Mais nous n’y serons pas. Parce que, du haut de notre maigre expérience d’une dizaine d’années, nous ne savons maintenant que trop bien ce que sont ces déplacements d’hommes politiques en banlieue. On imagine même la réunion de communicants à l’Elysée dresser le profil-type de cette escapade ultra-périphérique. Bah oui, Aubervilliers, ce n’est pas trop loin : idéal pour se caler entre un rendez-vous avec Jean-Marc Ayrault à 8h30 et une réunion sur le plan Cancer à 11h30 (c’est très sérieux, c’est même écrit à l’agenda officiel du président).

Du coup, misons sur 9h30 pour arriver à Aubervilliers. Oui, on sait, il y a écrit 9h à l’agenda officiel, mais : 1) Jean-Marc Ayrault parle lentement, et on imagine qu’il a beaucoup de choses à dire au président en ce moment 2) le centre-ville d’Aubervilliers est complètement bouché à cette heure-là, à cause des travaux du métro. Bref. D’ici à 11h et le retour à l’Elysée, cela fait à peine une heure et demi pour “s’adresser aux jeunes des quartiers”. Un peu maigre pour un des enjeux majeurs du quinquennat mais surtout de la vie des gens.

Du coup, on sait un peu comment cela va se passer. Le président va entrer sous le crépitement des flashs, il va serrer la main au directeur de la mission locale, aux élus locaux (avec une petite bise pour Elisabeth Guigou, la députée d’Aubervilliers) et aux quelques jeunes qui auront été harmonieusement placés-là pour l’occasion. Il va poser quelques questions dont il écoutera à peine la réponse sur la Garantie jeunes, un dispositif qu’il a initié et dont Aubervilliers s’est fait l’un des meilleurs élèves de France.

S’ensuivra une prise de parole du président, devant les micros, sur les innombrables bienfaits de cette Garantie jeunes. Et puis, François Hollande prendra la parole de façon très solennelle pour parler aux jeunes des quartiers, dans un contexte d’émotion en soutien à Théo et de violences urbaines un peu partout dans la région. Le tout diffusé en direct (puis en boucle) sur les chaînes d’information en continu, sous l’angle : « François Hollande s’adresse, en banlieue, aux jeunes des quartiers populaires ». Ou encore « François Hollande au chevet de la banlieue ». Ou « François Hollande joue la carte de l’apaisement ». C’est au choix.

L’idée de ce billet n’est évidemment pas de dire que ce que dira le président n’aura ni sens ni valeur. Nous écouterons ce qu’il aura à dire et à envoyer comme signaux et comme réponses concrètes à la colère et aux interrogations de nos quartiers. Peut-être y aura-t-il des propositions en phase avec les attentes des habitants, et tant mieux. Mais nous refusons, au moins pour cette fois, de jouer le jeu de cet éphémère moment de communication, pensé dans une « séquence » banlieues de l’actualité et destiné à faire une belle image pour les médias.

Car, ce matin, François Hollande ne verra rien, ne sentira rien d’Aubervilliers. Il ne marchera que quelques mètres entre sa voiture présidentielle et l’entrée de la mission locale, avenue de la République, entouré d’une cohorte d’élus, de gardes du corps et autres accompagnateurs en costume-cravate. C’est à peine s’il jettera un coup d’oeil à la cité « Lénine » et ses bâtiments, juste au-dessus, à ses ascenseurs qui ne fonctionnent pas toujours, à ses mamans qui galèrent, à son côté un peu glauque et à ses trafics de drogue et autres vols-portières qui en minent le quotidien.

On nous dit même, à l’heure où on écrit ces lignes, que l’entretien de la façade de la barre d’immeubles avait été particulièrement soigné ce lundi, et que « la cité brillait », pour une fois. Mais cela n’a évidemment rien à voir avec la venue du président de la République. Un peu blasés, nous avons donc jugé que tout cela ne valait pas la peine. Puisque le plus important, c’est l’image télévisuelle qui ressortira de cette excursion à Aubervilliers, nous la suivrons, nous aussi, à la télévision.

Ilyes RAMDANI

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