Je me suis baladée dans les quartiers de Lille, pour connaître les principales préoccupations de ses habitants et leur avis sur les prochaines présidentielles. Dans le quartier de Wasemmes, l’un des quartiers les plus populaires de la ville, situé dans le sud, j’ai rencontré Ahmed, un homme d’affaire américain de New York, d’origine algérienne. Il dirige ce fast-food hallal, Mac Dolma, qu’il est venu ouvrir pour ensuite le laisser à sa famille qui réside en France, avant de rentrer chez lui aux USA.

Il vit depuis 25 ans aux Etats-Unis et porte un regard très critique sur la France et son gouvernement actuel. De ce qu’il a observé depuis qu’il est ici, c’est « qu’un immigré est toujours considéré comme un immigré même s’il a la nationalité Française ». Il condamne ainsi le délit de faciès en mettant en exergue qu’à compétence égale une personne d’origine étrangère aurait moins de chance de décrocher un emploi.

Alors que, selon lui, aux États-Unis, ce qui compte, ce sont les compétences et non la couleur de peau. Ils voient beaucoup de personnes issues des minorités réussir et habiter de belles résidences dans des quartiers chics. « Ce qui n’est pas le cas en France, où les gens issus de l’immigration sont tous parqués dans les mêmes quartiers défavorisés », souligne-t-il.

Pour lui la solution ce n’est pas de verser un quelconque RSA. Selon Ahmed, il n’y a pas de rêve français, rien ne pousse au travail. Pour cet entrepreneur, les allocations familiales versées aux femmes les incitent à mettre au monde plus d’enfants, pour gagner de l’argent et « cela les rend paresseuses ». En parlant un instant avec Ahmed, on s’aperçoit que ses idées politiques sont un melting pot entre la gauche, la droite et le parti républicain.

Dans le quartier de Lille-Sud, je rencontre deux jeunes : Sidibe et Ali. La principale préoccupation de Sidibe et Ali c’est le chômage. Ils travaillent certes de temps en temps en intérim, mais ce n’est pas suffisant pour pouvoir se construire, avancer. Ali ajoute même qu’ils sont « les bouche-trous » des entreprises qui ont besoin d’une aide ponctuelle pour ensuite les « jeter ». « Qu’ils nous enlèvent le RSA, j’en ai pas besoin de leur 450 €, qu’ils me donnent juste un boulot même à 600 €, au moins on est en activité et on ne galère pas », s’insurge Ali. Côté Politique, ils ne croient pas trop au changement même s’ils se qualifient comme appartenant idéologiquement à la gauche.

Mais pour Ali, au fond, droite ou gauche,  ils seraient tous dans le même sac, ils ne comptent donc même pas voter. Quant à Sidibe, lui compte bien voter, pour lui ce droit reste important.

Maryline, 57 ans en préretraite, ne s’intéresse plus à la politique car pour elle « C’est tous la même chose, c’est leur pouvoir, ils ne pensent qu’à eux. C’est leur salaire d’avance, leur place d’abord, nous on est sur le côté. ». Maryline a travaillé 20 ans dans la confection et a dû se reconvertir dans le tourisme et la restauration après un licenciement économique dû aux fermetures des usines. A son âge, il est difficile de retrouver un emploi dit-elle, alors pour joindre les deux bouts elle travaille au Club-Med ou dans des cafés-brasserie. Côté politique, elle pense qu’un jour il y aura une révolution. Pour elle, « il est trop tard pour remonter la France, avec toutes ses usines qui ont fermé que ce soit dans la confection ou la filature». Elle ne vote donc plus depuis 24 ans, la politique, elle l’a mise de côté.

Elle ne se sent proche ni de la gauche ni de la droite, il manquerait quelque chose selon elle. Dans la même idée qu’Ahmed, Maryline pense aussi que l’Etat gaspille trop d’argent dans les allocations familiales, et que « certaines familles ne feraient des enfants que pour ça ». Elle préconise des contrôles, car il y aurait trop de personnes qui travaillent au noir.

Elle est très vite arrêtée dans son élan par Assétou, cette jeune femme avec qui elle discutait avant que je ne vienne m’assoir à côté d’elles « Et ceux qui magouillent des millions d’euros, qu’est-ce que t’en penses ? C’est encore pire! Il faut tout le temps diaboliser les pauvres ou les étrangers, les familles nombreuses, etc. Les hommes politiques sont encore plus pourris que les autres. Je trouve ça injuste de dire que c’est tel groupe qui fait que l’économie est en train de sombrer. Il faut toujours qu’on recherche le coupable idéal! » lui rétorque-t-elle.

Les deux femmes ne sont pas du tout du même avis. Assetou se sent sans cesse stigmatisée, elle qui est d’origine africaine et de confession musulmane de surcroît. Parfois elle se sent française et d’autres non quand « on diabolise les étrangers ». Pour elle, que ce soit au niveau des politiques ou au niveau des problèmes que Maryline met en relief, il faut trouver des solutions.  Même si elle ne se reconnaît dans aucun parti, elle va voter mais la réponse qui reste en suspend, prononcé en cœur par les deux femmes c’est « Pour qui ? ».

Chahira Bakhtaoui

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