Comme aux quatre coins de l’Ile-de-France, c’est sous un soleil radieux que les habitants des Mureaux se sont réveillés en ce dimanche 10 avril. Entre 8 heures et 9 heures, les rues sont encore désertes. Au bureau de vote Maurice Ravel, situé en plein cœur du célèbre quartier des Musiciens, il n’y a pas foule. « Il y a eu une vague de 30 personnes dès 8 heures puis ça s’est calmé, confie l’un des assesseurs. Avec le ramadan, les gens ont certainement veillé tard. Il y aura plus de monde cet après-midi. »

Une faible participation le matin du vote

A 10 heures, le taux de participation était de 6,33% sur l’ensemble des bureaux de la ville. L’heure à laquelle Aissata a choisi de se présenter au Pôle éducatif Molière du quartier de la Vigne Blanche. A 19 ans, elle vote pour la première fois. « Mon père nous a toujours sensibilisés sur l’importance de voter, affirme-t-elle. Il s’en fiche pour qui on vote. L’essentiel, c’est que l’on vote. Il veut que l’on profite de la démocratie pour choisir notre futur. J’ai suivi la campagne via les réseaux sociaux. Je trouve les programmes accessibles même s’il y a parfois des mots barbares que l’on ne comprend pas trop. Avec les gilets jaunes et le covid, les derniers mois ont été très mouvementés. »

Malgré ce sentiment d’une France fracturée et en ce jour tendu où l’extrême droite n’a jamais été aussi menaçante, la jeune fille semble confiante. « Si l’extrême droite passe, on ne pourra pas aller plus bas. Mais je ne m’en fais pas trop. C’est impossible que ça arrive car ce serait contraire aux droits de l’homme. Moi je dis : vivons, et puis voilà ! »

Le plus gros problème, c’est l’abstention.

En bas des marches, Rachida, accompagnée de sa nièce et de son neveu, s’est également motivée pour venir glisser son bulletin dans l’urne. « Je ne suis plus tellement l’actualité depuis un petit bout de temps car je trouve cela hyper anxiogène, il y a trop de messages négatifs, avoue-t-elle. J’ai eu envie de mettre une distance entre moi et toutes ces informations. Je préfère prendre le parti de déconnecter mais ça ne m’empêche pas d’avoir ma petite idée pour qui voter avec les quelques infos que j’ai. En discutant avec un chauffeur VTC hier soir, j’ai cru comprendre qu’il ne fallait pas être optimiste. Le plus gros problème, c’est l’abstention. Après, on peut peut-être espérer des gens qu’ils se bougent pour faire barrière à l’extrême droite. »

Une ville stigmatisée au niveau national

Au tour d’Ibrahim, qui descend l’allée adjacente, de rebondir : « Il faut arrêter de stigmatiser les quartiers populaires. Aux Mureaux, il n’y a pas d’islamisme radical ou de séparatisme comme ils aiment bien le dire. Cela ne veut strictement rien dire. On sait vivre ensemble. La preuve. »

Rien d’étonnant d’entendre Ibrahim s’exprimer ainsi quand on sait que le chef de l’Etat était venu aux Mureaux à l’automne 2020 pour y présenter son projet de loi sur le séparatisme. Pourtant souvent citée en exemple pour ses réussites et ses initiatives (ndlr : jobs d’été aux adolescents, médiathèque ouverte le dimanche, …), la ville des Mureaux parie notamment sur la rénovation urbaine en cours et l’émergence d’espaces verts et autres jardins partagés. A l’instar du renouvellement urbain des Musiciens dans la même idée que celui opéré pour l’écoquartier Molière pour favoriser les échanges et lutter contre l’enclavement…

Il y en a marre de voter contre quelqu’un. Un jour, on aimerait bien voter pour. 

La tentation Mélenchon

On poursuit le chemin. Contrairement à l’ambiance qui règne dans le pays, le temps est agréable. Au pied d’une épicerie de la galerie marchande extérieure des Bougimonts, il semble qu’on en ait vu d’autres. Fatalistes, Abdel et Amrit n’y vont pas par quatre chemins : « On ne se sent pas représentés, faut dire la vérité. Cette présidentielle, c’est une bataille d’égos et non de la politique. Année après année, c’est de pire en pire. Et maintenant voilà que la parole se libère, les gens d’extrême droite s’assument avec Zemmour à la télé. Il y en a marre de voter contre quelqu’un. Un jour, on aimerait bien voter pour. La plupart des gens se désintéressent de plus en plus de la politique, même si on a des amis qui vont voter Mélenchon. »

Direction le centre-ville et le bureau de vote numéro 1 situé dans le hall de la Mairie. Souriante, l’adjointe à la culture Souad Ammouri Mostafi confie avoir vu davantage de personnes âgées dès le premier rush à 8 heures. Et le maire, François Garay, où est-il ? « Il vient de partir faire la tournée des bureaux », me dit-elle.

Non loin, le long de l’avenue Paul Raoult, cette fameuse rocade qui sépare le centre ancien aux tours des années 1960, on croise Gérard, posé sur un banc en plein cagnard. « Moi, j’ai déjà voté, à 8h10. J’aime bien me poser ici, regarder ce qu’il se passe. Les élections ? Pfff. Vous savez, je ne sais pas si ça va changer grand-chose. »

A deux pas, sur l’aire de jeux du Parc Molière, un père de famille et ses trois enfants joue au football sur un city stade. Mais la plus belle séquence de la matinée est ailleurs. Il est quasiment 11 heures et la foule est là. Devant moi. Au pied de l’église Notre Dame des Neiges. C’est le dimanche des Rameaux. Celui qui précède Pâques. Et des familles de toute couleur de peau, de tout origine, et de tout quartier convergent vers le curé qui les attend dehors. « Vous avez vu ça, c’est beau hein », s’exclame Jean.

L’action est à l’initiative de la communauté catholique des Mureaux en partenariat avec le Rocher Oasis des Cités, une association d’éducation populaire connue de Bondy à Marseille pour impulser des actions autour du vivre ensemble. « Il y a une très bonne relation intercultuelle entre les différentes religions dans la ville, poursuit Jean. Il y a beaucoup d’échanges, de visites des lieux de culte, de lectures des textes importants pour chacune des religions chaque mois, et ce entre les deux imams, le curé catholique et des pasteurs protestants. » Un beau symbole de paix pour entamer la mi-journée. À midi, le taux de participation était de 18,33% aux Mureaux, contre 20,85% dans le département des Yvelines.

Florian Dacheux

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