Comme en 2017, c’est sur les notes de l’Hymne à la joie de Beethoven que le Président élu a fait son entrée sur le Champ-de-Mars, après une deuxième victoire sur l’extrême droite. Emmanuel Macron a remporté l’élection avec 58,54% des suffrages exprimés.

Mais il y a cinq ans, celui qui venait d’être élu plus jeune Président de la Vème République à 39 ans, avait traversé l’esplanade du Louvre seul, d’une démarche lente et solennelle. Une scène de presque quatre minutes qui lui avait valu quelques moqueries.

Cette fois-ci sur la même bande sonore, il a choisi d’apparaître main dans la main avec sa femme Brigitte Macron, tous deux entourés d’enfants et d’adolescents des membres de son équipe de campagne. Le message est clair : montrer par l’image, sa promesse de priorité donnée à la jeunesse. Malgré la victoire, à l’image des adolescents aux côtés du Président, l’atmosphère est sage. Loin des grands messes de victoires électorales.

Une chorégraphie symbolique et politique organisée au millimètre.

 

Le calme d’une nouvelle victoire face à l’extrême droite

En début de soirée, malgré le ciel nuageux, les lumières du soleil couchant percent derrière la Tour Eiffel. Pas loin de trois mille soutiens auxquels s’ajoutent mille trois cent journalistes accrédités s’amassent devant les écrans et le pupitre encore vide. Seuls quelques timides chants « Macron Président ! » ou encore : « Et un, et deux et cinq ans de plus ! »  viennent déranger le calme du début de soirée dans le 15e arrondissement.

On s’attendait à un score plus serré. On avait vraiment peur de l’extrême droite

Il faut attendre 19 heures 50, à dix minutes de l’annonce des résultats pour que la scène s’anime. Ambroise Méjean, Président des Jeunes avec Macron lance la soirée en annonçant l’imminence des résultats.

Quelques minutes plus tard, le compte à rebours est lancé, les écrans géants diffusent France 2 en direct. A 20 heures, sans grande surprise, le visage du Président sortant est découvert. S’ensuivent quelques minutes d’un triomphe modeste. L’extrême droite a perdu, le soulagement se fait ressentir mais la joie est mesurée. Les applaudissements retombent assez vite. Seulement quelques minutes après l’annonce des résultats, le DJ de la soirée fait résonner One more time des Daft Punk dans les enceintes du Champs de Mars pour tenter d’insuffler une ambiance de fête.

La tour Eiffel choisie pour envoyer un message de carte postale au monde, dans un pays divisé comme jamais. © Névil Gagnepain.

Une victoire historique pour le meilleur et pour le pire

Emmanuel Macron est réélu avec une avance finalement assez nette sur sa rivale, plus de 58% des voix. Une perte de presque huit points par rapport au second tour de 2017 (66,10%) mais accueillie comme un soulagement ce soir tant l’extrême droite de Marine Le Pen se faisait plus pressante que jamais. Une jeune militante s’étonne même de la marge : « On s’attendait à un score plus serré, cette année on avait vraiment peur de l’extrême droite. Au final, les Français sont allés voter et ils ont fait le bon choix. »

Pourtant la victoire n’est pas si brillante. L’abstention est au plus haut depuis 1989 (28,2%, soit trois points de plus qu’en 2017). Ce qui fait de Macron le Président le moins bien élu en termes de pourcentage de suffrages exprimés depuis George Pompidou. Pourtant, la victoire du candidat de la République en Marche restera historique : dans la Ve République, jamais un chef de l’Etat n’était, avant lui, parvenu à se faire réélire au suffrage universel hors période de cohabitation.

On est là surtout pour voir l’ambiance, ce qu’on voulait c’est surtout éviter Le Pen.

Comme en 2017 aussi, le Président est conscient d’avoir bénéficié d’un vote de barrage face à Marine Le Pen et non uniquement un vote d’adhésion. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché en arrivant derrière le pupitre à la nuit tombante : « Je sais que beaucoup de compatriotes ont voté pour moi non par adhésion à mes idées mais pour faire barrage aux idées de l’extrême droite.  Je veux les remercier et leur dire que j’ai conscience que ce vote m’oblige pour les années à venir. Je suis dépositaire de leur attachement à la République ».

Macron salué pour « sa gestion de la crise sanitaire »

Même dans la foule qui a fait le déplacement dans le XVème arrondissement de Paris dimanche soir pour assister au triomphe du candidat, certains ont voté sans conviction, comme Etienne, un électeur de 31 ans : « on est là surtout pour voir l’ambiance, je suis pas trop militant. Ce qu’on voulait c’est surtout éviter Le Pen. Ce qu’on attend du deuxième mandat ? La même chose que le premier, une bonne communication et pas grand-chose d’autre ».

Je trouve que la façon dont il se comporte face à cette guerre est rassurante.

Une retenue quant aux attentes autour du deuxième mandat assez partagée malgré les efforts de mise en scène grandiloquente. Quand on demande aux personnes présentes ce qu’il faut retenir du premier mandat, la gestion de la crise sanitaire est sur toutes les lèvres : « Je trouve que le gouvernement a très bien géré la crise sanitaire. C’est une crise que l’on a jamais connue avant, ils ont fait de leur mieux pour limiter la casse et pour permettre à tout le monde de s’en sortir. Ils ont débloqué beaucoup d’aides », explique Marion, 23 ans.

La gestion de la crise ukrainienne aussi est un motif de satisfaction pour Marion « Je trouve que la façon dont il se comporte face à cette guerre est rassurante, j’aurais eu très peur si Marine Le Pen avait dû faire face à cette situation ». Mais niveau promesses, ça grince. Si Marion souhaite « qu’il continue la politique qu’il mène depuis cinq ans », quand on lui demande ce qu’elle pense des grandes réformes qu’il a promis d’engager, elle se montre plus hésitante : « la retraite à 65 ans je ne suis pas vraiment d’accord, comme faire travailler les allocataires du RSA, je ne pense pas que ce soit une bonne idée ». 

Macron promet « une grande nation écologique », malgré un programme qui peine à convaincre

Marc, 45 ans est conquis par le premier mandat du Président, et à la question de l’évolution de sa politique dans le second mandat, il évoque tout de suite ses attentes sur l’écologie : « j’espère que dans les cinq années qui viennent, le Président va faire plus pour l’écologie qui est un des enjeux principaux de notre époque. Macron l’a dit dans son discours, il veut faire de la France une grande nation écologique ». 

Je suis venue ce soir pour voir la défaite de Le Pen, mais je n’ai pas voté pour Macron au premier tour.

Si Emmanuel Macron a effectivement évoqué la question écologique plusieurs fois dans la soirée, le sujet avait pourtant été étrangement absent tout au long de sa campagne. Le Réseau Action Climat (RAC) regroupant une trentaine d’associations, qui avait créé un comparateur des programmes des candidats sur la question écologique avait trouvé celui du président sortant : « incomplet » et « parcellaire » et seules la planification écologique et la taxe carbone aux frontières ont pu obtenir ses grâces.

Un fossé entre la posture du candidat et son programme qui n’a pas échappé à Elise, 21 ans : « Je suis venue ce soir pour voir la défaite de Le Pen, mais je n’ai pas voté pour Macron au premier tour. On n’avait pas d’autre choix que de voter pour lui aujourd’hui ». Malgré tous les efforts de mise en scène, la jeunesse présente au Champ-de-Mars et celle qui regarde les cinq prochaines années à venir, n’est plus dupe. Et ça, même Emmanuel Macron le sait.

Névil Gagnepain

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