Mi-novembre, PSA Peugeot Citroën faisait encore la Une des JT.  Toujours le même refrain : fermeture d’usine, plan social, suppressions de postes… Philippe Varin dément, Nicolas Sarkozy confirme : pas de plan économique, ni fermeture d’usine. Et la fermeture du site d’Aulnay, qui assure la production de la C3 ?  « Pas d’actualité » selon Philippe Varin, PDG du groupe. Une réponse qui ne satisfait les employés du site de Seine-Saint-Denis.

Situé juste derrière la cité de la Rose des Vents (les 3000), le site PSA d’Aulnay fait partie des plus grosses entreprises du département. Dans l’immense parking vide du constructeur automobile, un homme, Jean-Pierre Mercier, responsable CGT à PSA Aulnay et au niveau du groupe. Il a 43 ans, et voilà 15 ans qu’il travaille à la chaîne pour cette société. « Quand Nicolas Sarkozy, Philippe Varin et Eric Besson disent qu’il n’y aura pas de plan social, ils mentent » affirme-t-il. Le syndicaliste peine à croire les déclarations et les promesses étant donné les suppressions de postes qu’il voit au quotidien.

L’intervention de Nicolas Sarkozy est loin de l’avoir rassuré, « ça nous a confirmé qu’il allait y avoir un plan social. Il nous refait le coup de Gandrange » dit-il. Pour lui, PSA Aulnay fermera ses portes en 2014. La CGT avait divulgué, il y a quelques mois, le document officiel qui atteste de sa fermeture, ainsi que celui de Selvenord.  « Philippe Varin, sur PSA Aulnay, n’a jamais menti. Il n’a pas dit toute la vérité » ajoute-t-il.   Une situation délicate qui déteint sur l’ambiance en interne, « les salariés sont écœurés de ce qui se passe. »

Une semaine du matin, l’autre semaine du soir, de 6h46 à 14h37 ou de 14h37 à 22h28, 21 minutes de pause à prendre en deux fois et une demi-heure à consacrer au repas, tel est son quotidien . Un « travail très dur, pénible » pour Jean-Pierre Mercier qui gagne 1 600 euros net par mois (lissé sur 12 mois, primes comprises). Il décrit des collègues, qui, à 35ans « ont déjà des problèmes d’articulation…certains n’arrivent même pas à serrer la main », à cause de la répétition des mêmes gestes au quotidien. « Quand on entend les discours à l’extérieur qui disent qu’on est des fraudeurs c’est écœurant. »

Ahmed Berrazzel est cariste et délégué syndical chez PSA Aulnay. Jeune homme de 30 ans, il est embauché depuis 11 ans. Avec lui, M’bark Harfaoui, opérateur et délégué du personnel. Il a été embauché en 1974, il y a 37 ans déjà… M’bark Harfaoui fait partie des premiers salariés arrivés dans les années 1970. A l’époque, PSA partait à la recherche d’employés en Afrique du Nord. Il se souvient avoir été embauché jeune, « 90% des employés venaient du Maghreb…Ils nous ont accueillis les bras ouverts » se souvient-il. On sent l’émotion dans sa voix, un homme intimidé qui regarde au loin tout en parlant, comme pour ressasser de lointains souvenirs.

Les entretiens d’embauche de l’époque étaient assez surprenants. Il fallait porter des sacs ou carrément jouer de la flûte d’après l’ouvrier : « si tu sais jouer de la flûte t’es un berger, donc t’es con on t’embauche » m’explique Ahmed Berrazzel. Dans les débuts, les salariés n’avaient pas le droit d’acheter de journal, pour se syndiquer il fallait « se cacher dans les toilettes », si la CGT distribuait un tract alors les ouvriers concernés se faisaient « tabasser ». Sans parler du syndicat patronal, la CSL à l’époque, qui faisait pression sur les employés. « Ils avaient des contacts partout » selon M’bark Harfaoui.

Il se souvient de  « la grève de la dignité » en 1982. Une grève aussi appelée le « printemps de la dignité » où les employés ont invoqué le respect envers leur personne. Le syndicaliste se rappelle des 4 000 employés réunis sur le parking de PSA Aulnay, des 3 employés décédés. Il n’oublie pas non plus la grève de 1995-1996, qui avait duré 3 semaines. Ce qu’il a du mal à comprendre actuellement, c’est les propositions de départ à la retraite.

Son collègue Ahmed est d’accord avec lui, « ils forcent les gens à partir. Pour les remercier, on leur donne 20 000 euros ou plus pour qu’ils aillent en retraite. On sait que l’usine va fermer mais ils vont l’annoncer après les présidentielles » raconte Ahmed Berrazzel. Lui aussi ne croit pas aux affirmations du Président de la République et d’Eric Besson, étant donné que PSA doit justifier les milliards que l’Etat lui a prêtés il y a quelques années. « Tous les mois ils suppriment des postes » affirme Ahmed. Des postes qu’ils doivent désormais partager entre eux, faire le même travail en un nombre restreint. « Les cols blancs seront aussi licenciés » ajoute Ahmed.

Le jeune homme de 30 ans, pourtant délégué syndical, a connu une période très sombre. « Pendant un an et demi, j’ai eu toutes les galères du monde. » Ahmed commence à s’affirmer dans son travail, à prendre la parole, il est félicité par ses collègues, applaudi, on lui dit qu’il parle bien. S’en suit une longue période de courriers recommandés avec périodes de mise à pied alternées. On lui reproche d’avoir injurié des collègues à plusieurs reprises, « des insultes hard, j’pourrais même pas dire ça à mon pire ennemi ! » explique le jeune ouvrier.

Un jour il est convoqué au CE pour une demande de licenciement. Ahmed se souvient de ce jour, le 9 décembre 2010, un jour de neige où ses collègues l’ont accompagné, certains venant même de très loin pour le soutenir. Il me montre un texto de son collègue Julien, un message de soutient qu’il garde encore dans son téléphone aujourd’hui. Ses collègues l’ont aussi aidé financièrement, pour compenser ses journées de mise à pied qui ont conduit à une baisse significative de son salaire à la fin du mois.

« Ici tu dois pas t’affirmer, tu dois fermer ta bouche, Ben non ! J’ai un cerveau, une bouche, je parle si je veux, si je ne suis pas d’accord je le dis ! » estime Ahmed qui vit avec 1 500 euros par mois, primes comprises. « J’ai été augmenté de 20 euros en 10 ans » me dit-il le sourire en coin. Son collègue, M’bark Harfaoui gagne entre 1750 et 1800 euros par mois, primes comprises, avec bientôt 38 ans d’ancienneté.

Si ça se passe aussi mal pourquoi rester à PSA ?  « Du travail il n’y en a pas partout et quand on touche à mes valeurs, mes principes, je le combat, répond Ahmed, on ne demande pas la charité, on demande un salaire correct. Et puis comment tu peux quitter des gens comme ça ? », affirme-t-il en parlant de ses collègues qui l’ont soutenu.

Peu d’espoir pour ces employés qui demandent une preuve écrite signée par le PDG, l’Etat et les syndicats et pouvoir finaliser la C3 jusqu’en 2016.  « Dans deux ans je me vois en lutte » observe Jean-Pierre Mercier. M’bark Harfaoui n’espère pas grand-chose, « la seule solution c’est que les ouvriers se battent. ». « Une chance à saisir : les présidentielles », pense Ahmed.

Contacté par téléphone, le service presse de PSA a accepté de répondre à nos questions. La fermeture  du site d’Aulnay « n’est absolument pas d’actualité. » Concernant les suppressions de postes dans cette même usine, PSA n’en voit pas et aurait dû faire face à un « sur-effectif identifié » et ajoute qu’ « il est normal d’adapter sa production. » Concernant la signature d’un accord écrit concernant l’usine de Seine-Saint-Denis, le service presse reste bref : « Je ne peux pas vous répondre, je n’ai pas assez d’éléments et je n’ai pas eu de retour. » Qui vivra verra…

Imane Youssfi

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