A Clichy-sous-Bois, la nouvelle équipe municipale menée par Claude Dilain (PS) est déjà au charbon. Le 15 mars, quelque minutes après son élection de maire adjoint à la Vie associative, Medhi Bigaderne, 26 ans, accompagné de Fatima Hani, 36 ans, élue maire adjointe au Logement, ont rendez-vous chez une famille, dans la cité de La Forestière, où un incident a eu lieu la veille. 

Medhi et Fatima sont issus du collectif citoyen AC Le Feu, né au lendemain des révoltes urbaines de 2005. Eux et trois autres membres, élus conseillers municipaux de la majorité, font pour la première fois leur entrée en politique avec l’étiquette « Mouvement affirmation », créée pour les militants du collectif ayant fait campagne pendant les municipales, « afin de conserver la vocation initiale d’AC Le Feu », précise Medhi.

Au terme de la cérémonie d’investiture, le maire adjoint m’accorde un moment avant d’aller en mission. « La politique régit la société dans laquelle on vit aujourd’hui, dit-il. Mon engagement à la mairie de Clichy-sous-Bois me donne le pouvoir de décider et passer à l’action. » L’animateur de jeunesse poursuit : « J’aurai plein de choses à proposer. Mais ça ne se fera pas sans consulter les habitants ! ». Le combat est donc loin d’être terminé pour ce garçon qui « travaille jour et nuit, depuis les émeutes de 2005, pour être arrivé à cette place aujourd’hui », témoigne sa mère Ouardia, toute émue de voir son fils élu. Elle compte fêter cela autour d’un grand repas à la maison.

Claude Dilain, le maire sortant, et sa liste de gauche ont remporté l’élection, haut la main, dès le premier tour, avec 65 % des 50 % d’électeurs Clichois. Pour autant, il veut multiplier le pouvoir de développer la ville. Et ce, à l’image de la construction de la ligne du tramway, validée par le Conseil régional. Le premier magistrat mène désormais une équipe de 11 adjoints et 35 conseillers municipaux : autant d’anciens que de nouveaux collaborateurs ; parmi les trois élus UMP et les deux Modem dans l’opposition, on remarque Olivier Mato, professeur des écoles et ex-candidat UMP, et Mohamed Dine, l’ex-candidat du Modem. « Notre poids restera dans la consultation et la contestation », affirme ce dernier. Et Olivier d’ajouter qu’il va « lutter pour faire instaurer une police municipale et aménager des parcs de jeux pour les enfants ».

Dans la majorité, Mohamed Bellahcene, le président de la mosquée, est appréciée par « sa sagesse et son sens de la laïcité ». Claude Dilain affirme aussi que l’une des conséquences positives des émeutes de novembre 2005, « c’est la mobilisation des gens comme les militants d’AC Le Feu, jusque là éloignés de la vie politique, qui ont décidé de s’engager ». La sélection des cinq membres d’AC Le Feu aurait « fait des jaloux », selon Éric Raoult, le député de la XIIe circonscription ; « la liste n’a pas été simple à négocier », acquiesce Claude Dilain.

Aujourd’hui, là où les cinq membres d’AC Le Feu sont acteurs des décisions politiques, Fatima Hani, qui compte conserver son métier de secrétaire, apprécie son élection pour se donner « les moyens de répondre concrètement aux doléances recueillies lors du tour de France d’AC Le Feu, en 2006, assure-t-elle. Je le ferai au nom du Mouvement affirmation ». Si Mohamed Tiba, un autre compère, étudiant de 28 ans, ne s’était jamais imaginé faire partie, un jour, du Conseil municipal, sa sœur Hanane (une ancienne camarade de lycée), fière de son ascension, trouve là, « la bonne manière de rallier la politique et le monde associatif ».

Dans cette ville de 28 000 habitants, la vitre entre les mondes associatif et politique semble donc brisée. Reste à savoir en effet, si les contraintes aux échelles départementale, régionale et nationale peuvent être surmontées.

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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