Ce qui devait arriver arriva : vendredi 17 mai 2006, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 367 voix contre 164, le projet de loi sur le Code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) proposé par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy.

367 députés pensent ainsi que durcir les règles du regroupement familial est une bonne solution, qu’il faut supprimer la carte de séjour délivrée au-delà de 10 ans de résidence sur le territoire français, qu’il faut durcir les conditions du mariage mixte comme les conditions de séjour des ressortissants européens, etc. Ils soutiennent la mise en place d’un « contrat d’accueil et d’intégration » dans lequel les immigrés potentiels s’engageront à apprendre la langue de Molière et à respecter les lois de la République contre quoi ils obtiendront, peut-être, une carte de résidence.

Le Sénat examine la proposition de loi aujourd’hui (6 juin). Celle-ci a de fortes chances d’aboutir, au grand dam de milliers de personnes qui se trouvent en situation régulière ou en situation irrégulière et qui, visiblement, ne correspondent pas aux « critères » avancés par Nicolas Sarkozy qui a choisi de promouvoir des immigrés modèles, repérés pour leur talent. Un léger goût de casting de Star Academy…

Alors, allons-nous accepter que des personnes, que nous côtoyons au quotidien, se fassent expulser du jour au lendemain ? Car, à Bondy ou ailleurs, qu’on le sache ou qu’on l’ignore, des personnes en situation irrégulière travaillent, « s’intègrent » comme beaucoup aiment dire, envoient leurs enfants à l’école de la République, cette République qui ne veut pas d’eux mais pour laquelle ils se battent pourtant ; un combat sans relâche pour pouvoir enfin, un jour, vivre sans cette lourde crainte quotidienne de se faire contrôler par les forces de police et pouvoir obtenir le droit de séjourner sur le territoire français. Et Mr Sarkozy, lui-même fils d’immigré hongrois, d’affirmer haut et fort, « Si certains se sentent gênés d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas ». Nicolas n’est peut-être pas conscient que l’immigration est pour beaucoup une solution pour fuir la pauvreté d’un pays rongé par la guerre civile, la misère…Et puis, tant pis pour les milliers de familles qui ont déjà été déchirées par l’expulsion de parents sans-papiers, d’enfants scolarisés, et ce en cours d’année scolaire. Selon le Ministre de l’Intérieur, le nombre de sans papiers en France se situe dans une fourchette comprise entre 200 000 et 400 000 personnes. Avec la probable promulgation de la loi d’ici l’été, ce seront autant de familles qui seront disloquées.

C’est pour cela que des initiatives de solidarité voient le jour un peu partout, grâce au combat de nombreuses associations. Ainsi, par exemple, samedi 13 mai, entre 11 000 et 35 000 manifestants se sont mobilisés à Paris contre le projet de loi Sarkozy.

En attendant, il ne faut pas désespérer et baisser les bras. Il est possible que les associations présentes sur le terrain depuis de nombreuses années parviennent à se faire entendre et obtiennent au moins le rétablissement de la régularisation automatique des étrangers présents depuis plus de 10 ans sur le territoire français. Finalement, c’est à chacun de se mobiliser à sa façon pour contrer une législation décidément peu soucieuse des droits et libertés fondamentales des immigrés, et plus universellement encore, de l’Homme.

 

Par Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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