C’est à la fin de l’entretien que l’information lui est revenue. Une des raisons pour lesquelles il a écrit un livre politique. « Je suis journaliste à Libé, en charge de la gauche, c’était important que mon premier livre soit politique. On m’a souvent proposé d’écrire mais sur les quartiers, pourquoi ? Moi mon travail c’est suivre la gauche donc j’écris sur un homme politique de gauche ».

Rachid Laïreche a choisi François Ruffin parce que lorsqu’il a écrit son portrait pour le quotidien en mars 2019, il s’est dit que la personnalité de l’insoumis (qui n’a, soit dit en passant pas encore apporté son soutien à Jean-Luc Mélenchon) méritait un peu plus de signes. Et aussi parce que les gens lui demandaient quels rapports il entretenait avec lui.

Un portrait intime

Le portrait est intime et si vous faites partie des quelques égarés, comme moi, qui aiment lire des livres politiques et des biographies de ministre de second plan en fin de mandat, celui de Rachid Laïreche va vous paraître assez rafraichissant et presque déroutant. On saute de rencards en rencards avec le député de la Somme. Le journaliste demande à l’élu à quoi il pense comme dans une série B et vogue de rencontres en rendez-vous annulés avec son entourage. Alors on s’est demandé si Rachid Laïreche ne s’était pas un peu attaché « je n’étais pas attaché à lui et je ne me suis pas attaché, je n’étais pas fan en arrivant et je ne le suis pas en sortant. C’est mon bouquin, je dis ce que je pense et mon objectif c’est de comprendre un mec, pas de le faire tomber ».

Je n’étais pas fan en arrivant et je ne le suis pas en sortant.

Le journaliste a fait le choix de ne pas recueillir la parole de celles et ceux qui souhaiteraient ne la confier qu’anonymement. « Je ne voulais pas mettre des gens qui passent et disparaissent et puis il y a plein de personnes qui parlent sur les gens sans les connaître ». Il assume entièrement ce choix et rappelle qu’à travers son livre, il a voulu raconter un peu la France, la politique et les rapports que peuvent entretenir les journalistes avec la classe politique.

Rachid Laïreche s’amuse à préciser que depuis la sortie du livre, il n’a eu aucune nouvelle de François Ruffin, « je le savais, et puis de toute façon qu’est-ce qu’il va me dire ? C’est pas le genre de mecs qui commentent ce qu’on dit de lui ». 

Ce n’est pas facile de déterminer le « genre de mec » qu’est François Ruffin. Surtout qu’il donne l’impression de ne pas être dans la communication, se présente et parle comme beaucoup de Français, loin du profil type du député que l’on peut voir à gauche comme à droite. «Il est toujours à l’écart partout. Il ne veut pas ressembler aux autres politiques, il fait même tout pour ne pas leur ressembler et parfois, il force le trait ».

C’est en cela que le livre de Rachid Laïreche nous apprend le plus de choses avec une plume qui, si elle se veut proche, n’est jamais complaisante. Recueillir la parole de François Ruffin a été un travail de longue haleine, un an (et une pandémie) se sont écoulés entre l’accord de principe du député et les premiers échanges avec le journaliste. Cette difficulté à parler de lui (venant d’un homme qui aime pourtant qu’on parle de lui), la journaliste Merième Alaoui aussi autrice d’un livre, dans un registre différent, sur l’homme politique y avait déjà été confrontée.

François Ruffin ou la politique par la mise en scène

« La revanche des bouseux » explore le passé de François Ruffin et nous permet de mieux comprendre son besoin irrépressible de se mettre en scène, lui qui n’a pas eu un parcours de rêve comme sa sœur ou qui a accepté depuis longtemps qu’il ne serait jamais un écrivain de talent. « Il aurait aimé être un Houellebecq de gauche mais lui-même dit qu’il est mauvais ».

Ce besoin de se mettre en scène ne se fait pas seulement au profit de François Ruffin mais aussi des causes qu’il défend, celle des femmes de ménage étant la dernière en date avec le film « Debout les femmes » actuellement dans les salles. « Il a apporté quelque chose pour les classes populaires, c’est important le 13ème mois pour les femmes de ménage de l’Assemblée Nationale. Son film, ok c’est un peu démago mais c’est touchant, il se met toujours en scène mais il fait ».

« Il sauve les gens pour se sauver lui-même », c’est ce que quelqu’un a dit à Rachid Laïreche un jour sur Ruffin. On entre presque dans le champ de la psychanalyse mais comme les échanges entre le journaliste et l’écrivain donnent parfois l’impression d’une thérapie, il est pertinent de finir là-dessus.

Latifa Oulkhouir

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