MUNICIPALES 2014. Mouna Viprey ne finit pas ses phrases. Elle veut à la fois tout dire et contrôler ses propos, sourit et détaille son programme. Qui est cette candidate, qui se dit pragmatique, progressiste et de gauche ? Rencontre.

Ancienne adjointe à l’éducation à la Ville de Montreuil, ancienne encartée au Parti socialiste, Mouna Viprey a lancé sa campagne en avril 2013 sous l’étiquette « Élire Montreuil ». Installée depuis 2002 dans la ville, elle s’est portée candidate aux législatives de 2002 et 2007, toutes deux remportées par Jean-Pierre Brard. Elle sera finalement élue sur la liste de Dominique Voynet aux municipales de 2008, contre les consignes de son parti, dont elle sera exclue. En 2010, elle quitte ses fonctions de première adjointe à l’éducation, parce qu’elle n’est plus d’accord avec la Maire écologiste.

De nouveau candidate, elle prépare déjà un peu son second tour, tape sur Voynet qui se représentera pas, affirme que sa seule adversaire c’est Manon Laporte (la candidate UMP) et tacle au passage Razzy Hammadi pour son manque d’ancrage local. Mais assure que les autres candidats (excepté Laporte donc)  « sont des concurrents au premier tour et des partenaires potentiels pour le second. Ça sera aux Montreuillois de départager au premier tour entre nous. Et ceux qui seront en meilleure position au soir du premier tour ont vocation à rassembler les autres. »

Avant de savoir si elle sera rassembleuse ou rassemblée, Mouna Viprey occupe le terrain. Comment s’est fait son choix politique de Montreuil ? Un mélange entre l’envie de s’engager politiquement, le choix de son ancien parti et une coïncidence personnelle (le premier poste de son mari était à Montreuil).

Mieux connaître les candidats, leur vision de la ville, c’est aussi savoir où ils vivent, depuis quand ils habitent Montreuil, ce qu’ils font à leur heure perdue. Mouna Viprey ne cèdera pas : « Je n’ai pas d’endroit préféré à Montreuil. J’adore par exemple le Parc Montreau. Et tous les parcs de Montreuil d’ailleurs. Le site des mûrs à pêche est un vrai trésor. On est dans l’effervescence de la vie parisienne, du bétonnage, etc. C’est juste un endroit assez paradisiaque et assez surréaliste. C’est un site qui n’est pas assez mis en valeur pour que ce soit une belle vitrine pour Montreuil. »

Comment se finance une campagne quand on n’est pas adossé à un grand parti politique ? Le plus grand groupe de l’opposition (dix élus) a les moyens. Chaque conseiller municipal, payé 200 euros et elle-même en tant que vice-Présidente à l’intercommunalité où elle perçoit gagne 1 500 euros mettent leurs émoluments à disposition de la campagne. « Nous avons décidé, en termes de financement, que nous mettrions la totalité de nos indemnités d’élus dans un pot commun. Et ces indemnités serviront à financer la campagne. Au total, ça fait 3 500 euros par mois. »

Sur l’étiquette, Mouna Viprey se dit progressiste et pragmatique. Une gauche décomplexée ? « Être de gauche ça se prouve, ça ne se décrit pas. C’est dans les actes. » C’est aux autres de dire si elle est de gauche ou si elle ne l’est pas. Elle décrit sa gauche comme « une gauche qui vit avec son temps. Une gauche qui est attentive aux préoccupations du quotidien et qui y répond sans tabou. Une gauche qui dit « il faut laisser respirer la ville ». Au prochain mandat, on construira ce que nous impose la loi, mais il y a un rattrapage important sur les équipements. Construisons des écoles, rénovons la voirie, rénovons des grands axes. »

Les tabous, selon elle, sont ceux du logement, auxquels il faut maintenant préférer les équipements, école en tête. Autre enjeu : la sécurité. « C’est une question qui préoccupe aujourd’hui à Montreuil. Montreuil n’est pas épargnée. Il y a le sentiment et le ressenti des gens. Mais  il y a aussi la réalité, croit-elle savoir. Aujourd’hui, il n’y a pas un quartier qui est épargné par de l’arrachage de bijoux, des plus âgées au plus jeunes, des sacs à mains, des cambriolages. » Pour lutter contre, elle propose un partenariat de confiance assez étroit avec la préfecture, le commissariat et mentionne la mise à pied du directeur de la tranquillité : « Pour les Montreuillois, c’est la double peine : ils paient quelqu’un mais ils n’ont pas le service. Et pour la personne mise à pied, qui n’a fait que ce qu’on lui a demandé, on imagine le stress, l’angoisse. »

Sa priorité pour l’éducation, c’est l’augmentation de nombre de classes et de places pour accueillir les élèves. « Le système scolaire est grippé. On frôle l’ethnicisation scolaire dans certaines de nos écoles à Montreuil. Alors qu’il y a une volonté dans le logement social, que l’accès au logement est difficile, on a réussi à faire les classes moyennes dans les quartiers. Mais ils ne mettent pas leurs enfants dans les écoles. Résultat : ils se côtoient, mais ils ne vivent pas ensemble. Que les parents ne se côtoient pas c’est déjà un vrai problème. Que les enfants ne se côtoient pas, ça veut dire qu’ils ne jouent pas ensemble, qu’ils n’ont pas les mêmes activités. »

Question emploi, elle regarde du côté de Pantin, plus dynamique avec autant d’entreprises pour moitié moins d’habitants. Pourtant la compétence est gérée par l’intercommunalité. Elle ne nie pas la discrimination : « Le taux d’emploi des jeunes est plus élevé dans nos territoires. Ceux qui ont une origine réelle ou supposée d’étranger, à qualification égale, leur taux de chômage est deux fois plus élevé. A Montreuil, on est dans le territoire le plus pauvre de France mais qui s’inscrit dans la région la plus riche de France. Cherchez l’erreur. » Mais son pragmatisme revient : « Je ne dis que ce sont tous des anges et que du matin au soir ils sont discriminés. Mais je veux croire que la grande masse n’a qu’une envie comme tous les Français, comme tous les concitoyens d’être formés, d’avoir du boulot, d’avoir un toit. » Ce n’est qu’une fois que leurs besoins fondamentaux sont comblés qu’on peut leur parler d’infrastructures sportives et culturelles. « On est un citoyen une fois qu’on gagne du fric à la fin du mois, comme tout le monde« , conclut-elle.

Si elle affirme qu’elle n’augmentera pas les impôts, « c’est un engagement de campagne : nous ne toucherons pas à la fiscalité pendant toute la durée de ce mandat », elle sait qu’elle doit composer avec une ville diverse, que la solidarité est possible si elle est alimentée par les impôts des bobos parisiens, dont l’installation est autant décriée que désirée. « On a comme objectif de garder notre classe moyenne, on se battra pour notre classe moyenne, car c’est elle qui participe au financement de la solidarité. »

Mouna Viprey prend soin de s’adresser à tous les électeurs … de gauche. Répondront-ils à son appel ?

Bouchra Zeroual

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