C’est sous les bavardages que l’amphi D de l’université Paris XIII qu’est arrivée Rachida Dati. Les discussions vont bon train, on se retourne toutes les trente secondes pour voir entrer l’ancienne garde des Sceaux. Il y a du monde, beaucoup plus d’étudiants que de professeur. L’amphi étant à son comble, certains devront rester debout tout en haut pour l’écouter. Après une demi-heure de retard, la voici arrivée. Tous les regards se tournent vers l’entrée de l’amphi. Très simple, une veste de tailleur noire, un haut blanc, un jean et des chaussures à talon. L’air timide et souriante, elle est présenté par le président de l’université Paris XIII et le directeur de l’UFR Droit, sciences politiques et sociales. La rencontre s’est organisée il y a très peu de temps et peu de communication a été réalisée.

Rachida Dati prend la parole. Le silence se fait entendre. On entend juste les petits clichés des appareils photos et téléphones portables. Le public est attentif, les étudiants prennent note du discours de l’élue. « Il est important de venir à la rencontre des universitaires. On a une expérience à partager » dit-elle.  Sans tarder, elle entre dans le vif du sujet : la réforme de la justice est-elle nécessaire ? Elle entame alors son discours en dressant son propre bilan. « Pendant ces deux ans, j’ai mené 30 réformes qui ont abouti » affirme-t-elle.

Elle commence par la loi de lutte contre la récidive, celle qu’elle a entamé juste après les présidentielles de 2007, enchaîne avec la loi sur la rétention de sureté, la responsabilité pénale, en passant par la mise en place du juge des victimes, la parité installé chez les procureurs généraux sans oublier la « fameuse réforme qui a fait couler beaucoup d’encre, celle de la carte judicaire ». Elle revient sur ses échecs, son expérience en tant que magistrate. On est loin de la dame de fer, loin de la femme accro aux défilés Dior et au luxe. L’ancienne garde des Sceaux a décidé de jouer sur la proximité.

Fin du discours, applaudissements, place aux questions. Amel, étudiante à l’IEJ (Institut d’étude judiciaires) de Villetaneuse, l’interroge sur la suppression du juge d’instruction. Rachida Dati offre une longue réponse. « Je suis assez satisfaite de sa réponse, raconte Amel, mais elle dévie souvent et détaille d’autres choses pas forcément en rapport mais ça lui permet de réfléchir à ce qu’elle va répondre ». Une autre question revient beaucoup dans l’assemblée, celle de la commission d’office. Comment l’améliorer et revaloriser le travail des avocats commis d’office. On reconnait des étudiants en droit, certainement inquiet de ce que leur réserve le monde du travail. Un avocat peut être convoqué à 13 heures et peut attendre l’audience jusqu’à minuit. « Le problème c’est qu’on ne sait jamais combien de temps va durer un procès. Il n’y a pas de solution miracle » déclare-t-elle. Elle n’est pourtant pas contre une amélioration.

Après les questions, place aux éloges. Une jeune fille dans la salle, la félicite pour son travail et regrette qu’elle ne soit pas restée au ministère de la justice. Rachida Dati avoue qu’être ministre laissait peu de place à de la « souplesse », sans entrer dans le détail elle fait comprendre qu’elle a tenté de ne pas être « déstabilisée » par les récentes polémiques. Mais cela lui a été difficile. « J’ai aussi eu un bébé qui a bouleversée ma vie personnelle mais c’est aussi un cadeau de la vie » raconte-t-elle avec un grand sourire en ajoutant « quand vous êtes une femme on ne vous pardonne rien ».

« On ne va rien vous donner, je vous le dis », poursuit-elle, « c’est vous qui faites le monde de demain, il faut vous engager ». Des conseils que les deux Raja, l’une en master de droit public et l’autre en master de droit des affaires ont bien entendu. Pour elles, « c’était un très bon discours. Elle donne envie de réussir. Elle ne nous a pas pris de haut, elle est vraiment humble, simple et gentille » affirment ces deux étudiantes. Ufuk, étudiant en licence de droit se dit « surpris », « je ne pensais pas qu’elle viendrait, elle nous a éclairé sur les modifications de la justice, ca complète nos cours ». Mais son camarade Achour est loin d’être du même avis « elle a plus parler d’elle, de ce qu’elle avait fait. Elle a tourné autour du pot ».

Imane Youssfi

Imane Youssfi

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021