MUNICIPALES 2014. Avec un score chétif de 9,7% des voix, il a été le grand perdant du premier tour à Montreuil. Depuis, Razzy Hammadi n’a fait aucune déclaration. Bouchra l’a rencontré quelques jours avant cette défaite claquante.

Son autoportrait commence par son « engagement associatif dans les quartiers populaires de Toulon, le mouvement des jeunes socialistes, le combat contre le contrat première embauche, le combat contre le changement de statut de la poste. » Son choix s’est porté sur Montreuil, après un échec aux municipales de 2008 à Orly (94) et une réussite aux législatives de 2012 à Montreuil et Bagnolet. « Montreuil, c’est d’abord c’est un choix professionnel. Contrairement à beaucoup d’autres candidats, toute ma vie n’a pas été faite que de politique professionnelle. Bien au contraire d’ailleurs, car j’ai une activité professionnelle : mon cabinet d’études que j’ai installé à Montreuil » dit-il. Activité professionnelle qu’il n’exerce plus depuis son mandat de député : « quand j’ai été élu député, j’ai transmis mon entreprise à mes salariés et y compris l’immeuble, rue du Capitaine Dreyfus. »

Il habite rue Jules Ferry, quartier de la Croix de Chavaux à proximité du métro, mais précise : « je déménage prochainement pour rejoindre un peu plus les hauts de Montreuil (…) Quartier Paul Signac. » Le nom de la rue indique en effet un quartier un peu plus au nord, mais plutôt le centre-ville. Son endroit préféré ? « Le parc des Guilhands, parce que de Montreuil, il permet de dominer Paris. »

Avant de détailler ses trois priorités qui sont : « évidemment [pour nous] l’éducation, la culture et le développement économique. », il s’attarde sur deux choses qui marquent sa différence avec les autres listes : le Grand Paris et l’absence de lien avec les précédentes équipes municipales.

« On est les seuls, affirme-t-il, à pouvoir travailler avec le Grand Paris, à revendiquer que Montreuil doit être un acteur du Grand Paris. » Pourtant Patrice Bessac, candidat Front de Gauche, promet « un maire adjoint, qui avant même la mise en place du Grand Paris, consacrera 100% de son mandat à la préparation de cet enjeu ». Pour le candidat PS, cette mesure n’est pas pertinente : « Le Grand Paris demain va animer l’ensemble de l’équipe municipale. C’est ne rien comprendre au fonctionnement du Grand Paris et aux enjeux qu’il constitue pour Montreuil que de dire ‘’je vais avoir un adjoint au Grand Paris’’, puisque ça doit mobiliser l’ensemble de l’équipe municipale. » Il souligne que son projet est soutenu par les Présidents de la Région, du Conseil général et de la Communauté d’agglomération.

Son projet pour le Grand Paris s’articule donc avec des élus de son bord, qu’il côtoie en tant que parlementaire ou collègue de parti. Suffirait-il de voter PS pour que le Grand Paris soit une réussite pour les Montreuillois ? La réponse tarde un peu, mais l’attaque ne se fait pas attendre : « Ce n’est pas une question de communiste, de socialiste ou d’écologiste puisque la preuve : Montreuil et Bagnolet étaient deux villes communistes. Pour autant la seule chose que nous ayons en commun au-delà du quartier de la Noue, qui n’a jamais bénéficié d’un renouvellement urbain à la hauteur de ce qu’il mérite, c’est un parc. Et bien même sur ce parc, ils n’ont pas été capables de trouver un nom commun, puisque du côté Montreuil il s’appelle le Parc des Guilands et du côté Bagnolet il s’appelle Jean Moulin. »

Sa seconde différence significative, celle qu’il détaille spontanément, est qu’il n’a pas siégé au conseil municipal. « La grande différence c’est qu’on ne fait pas partie des histoires du passé. Toutes les listes, sauf la nôtre, sont issues des luttes fratricides de la gauche de ces 25 dernières années. Les gens qui m’ont rejoint ne font pas partie de cette histoire-là. Enfin, ce n’est pas une liste d’appareil, où nous sommes le logo. Cette liste c’est une liste de compétences fortes, que ce soit le président de l’association des commerçants de la ville, que ce soit Bruno Rebelle, l’ancien directeur général de Greenpeace, que ce soit le directeur de l’IUT » dit le candidat.

Sur l’éducation, qui continuerait à être le premier poste budgétaire de la ville, d’abord la réforme des rythmes scolaires : « on pense qu’il faut la meilleure des réformes pour nos enfants. Et donc pendant deux mois, on relancera une concertation. Nous souhaitons faire la réforme des rythmes scolaires à la rentrée prochaine. D’autre part, nous souhaitons remettre à l’endroit ce qu’aurait dû être le début de la discussion c’est-à-dire une réflexion sur les contenus pédagogiques avant de discuter des formats et des horaires et développer des parcours environnementaux, des parcours culturels, des parcours citoyenneté qui soient à disposition de chaque enfant. »

Sur la culture, Razzy Hammadi propose le développement d’une Scène des Musiques Actuelles (SMAC), dont il énumère les bénéfices, accessibles pour toute ville de 100 000 habitants : « C’est des financements, c’est de la diffusion, c’est de la production, c’est de l’hébergement d’artistes, c’est de l’artiste en résidence, c’est de la création et c’est de la représentation. » Le choix du lieu, certainement autour de la Croix de Chavaux entre l’ancien Méliès et le conservatoire, n’est pas décidé. « Je ne crois pas en cette idée du maire qui décide tout seul dans son bureau » dit-il.

Pourquoi pas une SMAC dans le Haut Montreuil ? Il dit lui-même qu’« il y a très peu de structures culturelles qui, dans les quartiers populaires de Montreuil, sont soutenues ou qui tout simplement existent ». Et justifie son choix pour la Croix de Chavaux : « c’est un des seuls endroits où tout le monde se croise. Il y a le métro, etc. L’approche qui consiste à dire pour amener tel objet culturel auprès des populations il faut le mettre en bas de la barre d’immeuble, c’est quelque chose qui n’est pas pertinent. »

Bouchra Zeroual

 

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