Alors qu’une grande partie des victimes des attentats avait moins de trente ans, les Français ont soudain pris conscience de l’importance de la politique extérieure de leur gouvernement. La jeunesse semble être plus que concernée dans ce contexte lourd et grave. Ce sont eux qui seront les détenteurs de l’avenir, leur responsabilité est lourde. Durant les élections européennes de 7 juin 2009, le taux d’abstention était de 72 % chez les 25-34 ans. Il était de 66 % au premier tour des élections législatives de 2012. A chaque fois, les jeunes constituent la plus grande part de ce taux d’abstention. Va-t-il en être autrement pour ces élections qui comportent une toute autre dimension ?
Une jeunesse qui ne semble pas intéressée par la politique
La plupart des jeunes interrogés ne savaient pas que des élections allaient se dérouler. Ils semblent se désintéresser de la politique et sont totalement désabusés. Seules les élections présidentielles les interpellent, mais ils ne se sentent pas pour autant représentés par une personnalité ou un parti politique.
« Les attentats n’auront pas spécialement d’impact sur mon intention de vote, affirme Jérémy, 20 ans. Il y en a eu et il y en aura toujours. Peu importe la personne qui sera au poste de Président, elle sera toujours orientée vers les richesses et continuera des actions militaires à l’étranger ». « Je n’ai pas d’opinion politique, que ce soit pour n’importe quelle élection en général, donc les évènements ne vont rien orienter du tout. Très honnêtement je préfère voter blanc, mais me déplacer quand même. Les votes blancs sont comptabilisés dans les résultats, ça montre que je n’ai pas vraiment d’avis et que les programmes ne me correspondent pas », soutien Julie, 22 ans. Lola, 24 ans, n’envisage pas d’aller voter aux régionales « mais si ça avait été le cas il n’y aurait eu aucun impact pour ma part. Je suis en plein partiels, je n’ai pas la tête à ça. C’est triste à dire, mais ce n’est pas ma priorité. Quand j’aurai fini mes études, dans quelques mois, j’irai voter ».
Quentin 19 ans, ne s’intéresse pas tellement à la politique « et ça ne changera rien à mes opinions politiques. Je sais bien que ce genre d’attentats fait monter la peur, mais je pense qu’il faut rester sur ses positions ». Salim 22 ans « Les élections de ce week-end, très honnêtement peu importe le côté vers lequel nous allons, il n’y a pas assez de retombées à mon échelle pour que cela m’intéresse ».
Plus d’espace de débats et d’implications pour les jeunes comme solution ? 
Pour prendre le contrepied sur ces témoignages, il était important d’aller voir un jeune très investi politiquement, qui est au contact d’autres jeunes et qui comprend le désintérêt de certains d’entre eux. Guénolé Fournet a 23 ans et il est responsable à la vie des départements pour les jeunes communistes. « Les élections régionales sont compliquées pour les jeunes, bien avant les attentats. On s’est rendu compte qu’il y avait plus de 60 % des jeunes qui ne savaient pas que des élections avaient lieu dans moins d’un mois. L’abstention pointait son nez comme dans toutes les élections, hormis les présidentielles et les municipales qui sont plus phares ».
Malgré ce manque d’informations, Guénolé insiste sur la thématique de la paix, qui semble résonner chez beaucoup de jeunes et les pousser à se mobiliser. « Cette jeune génération qui a grandi dans la crise n’a pas envie de vivre dans la guerre. Nous pensons que la question de la paix pour cette génération va être un des plus grands dénominateurs communs que l’on puisse trouver. Nous travaillons avec beaucoup d’associations de jeunes sur cette question-là et pour le moment il y a beaucoup d’échos ».
Pour ce militant, ouvrir des espaces de discussions et d’implications pour les jeunes pourrait les sensibiliser davantage à la question politique et aux élections. Sauf que le climat actuel n’est pas le plus opportun. Les attentats et l’émotion qu’ils suscitent occupent énormément l’espace et le débat public, étouffant même les prochaines élections régionales. « Nous pensons que ces élections auraient dû être repoussées. Sous le choc du week-end, nous voulions faire un tract et ouvrir des espaces de discussions dans les facs, lycée et CFA pour échanger avec les jeunes de ce qu’il s’est passé. Il faudrait continuer à faire cela avec les élections régionales. Essayer de poser des questions sur ce qui concerne notre quotidien, l’apprentissage, les transports. C’est aussi un moyen d’ouvrir un espace de débat et d’implication pour les jeunes, pour qu’ils ne restent plus sur la touche. »
Une jeunesse fataliste et désintéressée par la politique 
Tous les jeunes interrogés sont très lucides sur ce qu’il se passe politiquement, mais cela ne semble pas pour autant les pousser à aller voter. Ils n’ont pas le réflexe d’aller au bureau de vote, ce n’est pas pour eux une nécessité : « Les autres ne vont pas voter comme moi. Je suis l’exemple type de l’étudiante qui préfère se consacrer à ses études et qui n’estime ne pas avoir le temps pour aller voter. Il y a peut-être un problème de priorité » estime Lola 24 ans. Même lorsqu’il est question d’une possible majorité pour le FN, ils ne ressentent toujours pas ce besoin, expliquant que « les autres » ne voteront pas pour eux : « Je pense que les gens auront la présence d’esprit de ne pas voter pour Marine Le Pen », espère Jeremy 20 ans.
Les raisons invoquées au sujet de cette décision de ne pas prendre part à la vie politique sont souvent les mêmes : « Pour aller voter, il faut connaître son sujet » ; « je n’ai pas regardé les programmes ». Ils pensent qu’ils n’en savent pas assez pour aller voter, comme si cela était seulement réservé à un groupe de citoyens particulièrement informés. Sinon, certains adoptent un discours fataliste, comme Jérémy : « Quelle que soit la personne, ça ne changera absolument rien ». Ne faudrait-il alors pas, comme le dit le militant Mouvement Jeunes Communistes, ouvrir des espaces de débats et d’implication pour informer suffisamment ces jeunes ?
Cécilia Gouttes

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