Dans la XIe circonscription de Trappes-Elancourt, la candidature de Safia Otokoré aux prochaines élections législatives fait des vagues. Désignée par le Parti Socialiste aux dépens d’acteurs locaux comme Jamal Yalhaoui, ce catapultage sème le trouble parmi les militants socialistes.

Quel est votre rôle dans l’équipe de Ségolène Royal ?

Comme chaque socialiste, je la soutiens et je veux qu’elle gagne. Je m’implique par exemple en l’accompagnant, j’ai été avec Ségolène Royal lors de son voyage à Dakar. Sur certaines questions comme le sport, je lui dis ce que je pense. Mais je ne joue pas un rôle particulier. Je participe à la tournée pour Désirs d’avenir.

Vous êtes à l’origine conseillère régionale de Bourgogne. Comment se fait-il que vous vous retrouviez aujourd’hui en banlieue parisienne, dans la circonscription de Trappes ?

Le PS a voulu faire émerger la parité puis la diversité à l’Assemblée Nationale. C’est pourquoi la moitié des circonscriptions, qui, à un moment donné, ont appartenu à la gauche, a été réservée à des femmes ainsi qu’à des personnes issues de la diversité. Malek Boutih, Faouzi Lamdaoui et moi-même en sommes des exemples. C’est ce phénomène là qui a joué.

Quelle est votre implication dans cette circonscription ?

Et bien, j’y habite. Mes enfants y sont scolarisés. Je rencontre les citoyens en faisant du porte-à-porte et grâce, aussi, aux réseaux des militants. J’ai également la permanence du PS dans la circonscription. Mais ce n’est pas une élection pour être maire ou conseiller général. C’est une élection pour un mandat de député, ça ne demande donc pas les mêmes compétences, ni la même présence.

Toute l’histoire du PS est faite de parachutage ! Ségolène, Rocard, Jospin, Hollande ont été parachutés. Cela fait partie de notre politique. Maintenant, je comprends, c’est vexant pour un militant local qui a la prétention et la légitimité de vouloir se porter candidat. Oui, il est vrai que j’ai été parachutée parce que je suis noire et que je suis une femme, et j’assume. Mais d’un autre côté, quand on dit que l’on veut une Assemblée à l’image de la France telle qu’elle est, il faut bien de l’action volontariste et c’est ce que le PS tente de faire.

Ne craignez-vous pas d’être, à terme, assimilée et réduite au simple standard de « candidate issue de la diversité » ?

Si, bien sûr. Mais encore une fois j’assume ! Lorsque j’ai été conseillère régionale de Bourgogne, j’ai été élue parce que j’étais une femme noire. Mais tout dépend de la manière dont vous voulez vous imposer. La question, c’est le combat que vous voulez porter. Je n’ai pas envie de porter un combat pour une population noire. Tout réside dans la recherche d’un certain équilibre. De toute façon, aujourd’hui et pour quelques années encore, on continuera d’être jugé en fonction des apparences.

Ouarda Karaï est comme vous, une figure de la diversité au PS : la voyez-vous plutôt comme une alliée ou comme une rivale ?

On n’a pas toujours défendu la même ligne politique puisqu’au départ, Ouarda était au NPS. Elle est ensuite venue à nos côtés. Nous sommes socialistes avant tout. Je la vois comme une camarade. Pourquoi la verrais-je comme une rivale, parce qu’elle est arabe ? Au contraire, je pense que plus on sera nombreux, plus ça deviendra normal et banal. Je suis amie avec Malek Boutih et Faouzi Lamdaoui.

Si vous êtes élue députée et que votre parti acquiert la majorité parlementaire, quelle sera la première mesure législative que vous proposerez ?

Je souhaiterais proposer une loi propre au statut des élus : faire en sorte qu’on ne puisse plus occuper de poste politique à hautes fonctions après l’âge de 70 ans.

Trouvez-vous que le PS présente un retard par rapport à l’UMP en matière de représentativité des minorités visibles ?

Pas du tout. On a eu Kofi Yamgnane, premier député noir sous Mitterrand. Mais aujourd’hui, nous ne sommes pas au pouvoir ! Vous ne pouvez pas nous le reprocher.

Mais le PS a été au pouvoir durant deux septennats, vous ne pouvez pas le nier ?

Tout dépend de quel point de vue on se place… (son conseiller intervient : Regardez dans les Conseils Généraux, le PS doit avoir une vingtaine d’élus contre deux pour l’UMP. Et puis, l’UMP n’a pas de candidat). Vous voulez parler de conseillère comme Rachida Dati ? Mais Rachida Dati est payée par l’UMP, c’est différent, ce n’est pas une femme politique. Par contre, au niveau des cabinets, des présidents de régions, des salariés et personnels, sincèrement oui, le PS a du retard. En revanche, le PS est beaucoup plus en avance pour ce qui est de s’entourer et de faire émerger une classe politique minoritaire.

Justement, que pensez-vous des femmes et hommes politiques issus de l’immigration à l’UMP, comme Jeannette Boughrab ou Azouz Begag ?

Tant mieux. Ca prouve au moins que lorsqu’on est issu de l’immigration, on n’est pas forcément de gauche. Il y a même des Noirs au Front National. Ce qui me déplaît chez ces personnes, c’est qu’elles se disent de gauche, cela brouille un peu les cartes et je trouve que ce n’est pas bon pour la démocratie. Je pars du principe que lorsqu’on adhère à un parti, on a d’abord des convictions. En ce qui concerne Azouz Begag, je considère que l’on ne peut pas quitter le PS pour devenir un ministre de droite. On ne peut pas acheter vos convictions. À sa place, je serais restée et j’aurais fait en sorte d’avoir l’investiture au sein du PS.

Êtes-vous Pour ou Contre :

– le financement par l’État des lieux de culte ? Euh…pour.

– le cumul des mandats ? Contre. Si Ségolène passe, il sera supprimé.

– les lois de quotas ? Contre.

– L’abaissement de la responsabilité pénale des mineurs à 10 ans ? Contre.

– la police de proximité ?  Pour.

Hanane Kaddour

[Cet entretien s’est déroulé le 18 février 2007. Le 22 février, Ségolène Royal a rendu public le nouvel organigramme de son équipe de campagne. Safia Otokoré ne fait plus partie du nouveau]

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021