Quel est le rôle de l’Acsé ? L’Acsé est, depuis 5 ans, le bras armé de la politique de la ville. Elle est aussi son volet humain. L’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) prend en charge les bâtiments, l’Acsé s’occupe des habitants. La  vie du quartier, l’emploi, le lien social mais aussi l’éducation, sont nos priorités. Notre mission : améliorer le quotidien des habitants des quartiers.

Comment êtes-vous devenue présidente de l’Acsé ?

J’ai candidaté.

Pourquoi avez-vous candidaté à l’ACSE ?

Je suis issue du privé. J’ai toujours travaillé, j’ai même monté deux sociétés. Mais en parallèle, j’ai toujours milité dans des associations. Quand je vois les gens en difficulté, j’éprouve ce  besoin de les aider, d’être dans l’action.

De quels moyens disposez-vous pour accomplir vos missions ?

L’Acsé dispose de 1000 agents sur le terrain et d’un budget de 420 millions d’euros. Huit millions d’habitants profitent de son action.

Pourtant peu de personnes connaissent votre existence…

Notre agence souffre d’un problème de notoriété, je dois le reconnaître.  Mais il y a des associations qui existent, qui nous connaissent, qui peuvent relayer l’information. Une recherche sur internet afin de trouver un financement pour un projet vous fera, j’en suis sûr, arriver sur le site de l’Acsé.

Les grosses associations, disposant de professionnels du montage de dossier, vous connaissent sûrement.  Mais les jeunes des quartiers qui veulent bâtir un projet ont-ils entendu parler de vous ?

Il y  a des représentants de l’Acsé dans les quartiers. Je suis sûr qu’en allant dans les préfectures, on vous parlera de notre agence. Notre travail c’est aussi d’aider les gens à monter des dossiers de subvention. Des professionnels sont là pour les aider. Nous sommes preneurs de bons projets.  Je vous invite à faire remonter l’information, à faire connaître les associations ou les structures qui auraient besoin de nous.

Lever des fonds est de plus en plus compliqué pour les associations.  En période de crise économique, ne sont-elles pas des variables d’ajustement budgétaire ?

Il existe des conventions pluriannuelles d’une durée  de trois ans, pour que les associations puissent voir venir. Ainsi, ne se pose pas chaque année pour elles, la question du financement. Quand à dire que les associations sont une variable d’ajustement, je ne suis pas d’accord avec vous. Certes, il y a une baisse de budget, mais celle-ci touche tous les services de l’Etat, pas seulement les associations dans le champ de la politique de la ville.

Quels sont les critères pour juger qu’une association mérite un financement ?

Il y a une évaluation des résultats.  Si l’association a déjà bénéficié d’une aide, on cherche à savoir comment a été utilisé l’argent public. La qualité du projet compte surtout. Pour ma part, la priorité, c’est l’emploi. Je vais monter un club d’entreprises.  Nous serons un relais, un lien entre le public et le privé.  Identifier les postes à promouvoir et mettre en relation l’offre et la demande sera, entre autres, les buts de ce club.

Comme Pôle emploi ?

Contrairement à Pôle emploi,  l’Acsé cible plus particulièrement les quartiers.

Un projet d’entreprise pour se finaliser, il ne manque souvent pas grand-chose, deux ou trois mille euros. Une somme que beaucoup de jeunes entrepreneurs ont du mal à trouver…

Les structures  pour ces financements existent, mais le réseau manque.  Le club d’entreprises que je veux créer vise à mettre en relation les jeunes, les entreprises et les financeurs. Plus on est éloigné des acteurs économiques, moins on est efficace.

Quelles sont vos actions en matière d’éducation ?

On finance des classes préparatoires, on identifie des jeunes au lycée et on les accompagne, on œuvre également dans les internats d’excellences… Et surtout nous disposons du programme de réussite éducative, un programme apprécié par tous (élus, parents, écoles, associations etc.) et qui replace l’élève au centre.

Face aux besoins, n’est-ce pas un goute d’eau dans la mer ?

Voir le verre à moitié vide ce n’est pas bon. Je crois que les petits ruisseaux font de grandes rivières.

Maintenant que la Halde n’existe plus, l’Acsé peut-elle agir contre les discriminations ?

l’Acsé peut promouvoir les talents et lutter contre les représentations négatives mais notre travail n’est pas de remplacer la Halde. Ma priorité, je le répète,  c’est l’emploi. Le travail, c’est pouvoir faire des projets, nourrir sa famille, ce pourquoi on se lève le matin. Je ne pense pas qu’en tant que présidente de l’Acsé, je vais résoudre le problème de l’emploi en France. Mais nous pouvons être une impulsion, un levier.

Avez-vous déjà été discriminée ?

Oui, quand j’étais plus jeune. J’avais postulé pour un emploi, j’ai été prise mais on m’a demandé de changer mon prénom. Je n’étais pas d’accord, j’ai donc refusé leur offre. N’oublions pas qu’en cherchant du travail, on n’est pas seulement demandeur, on offre également un service, un savoir faire, parfois très recherché. Je croyais en moi.

Propos recueillis par Nordine Nabili, Joanna Yakin et Idir Hocini

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